"Quand les écrivains redécouvrent le monde"

 
Fiches Auteurs
 

LE MEN Yvon

France

publié le 24 avril 2006.
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- Biographie
- Bibliographie
- Présentation de Le Tour du monde en 80 poèmes

Biographie

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Yvon Le Men
© Yan le Neveu

Depuis son premier livre Vie (1974), écrire et dire sont les seuls métiers d’Yvon Le Men. Il est l’auteur d’une œuvre poétique importante (Le jardin des tempêtes, en 2000) à laquelle viennent s’ajouter quatre récits : Le petit tailleur de short (1996), La clé de la chapelle est au café d’en face (1997), On est sérieux quand on a dix-sept ans (1999), Besoin de Poème (2006) et deux romans Elle était une fois (2003) et Si tu me quittes, je m’en vais (2009).

A Lannion où il vit, il crée, en 1992, les rencontres intitulées « Il fait un temps de poème ». Etonnant voyageur, il travaille au festival du même nom et de Saint-Malo à Bamako, de Sarajevo à São Paulo, il se fait le passeur des poètes et des écrivains. En 1997, il y crée un espace poésie. De 2006 à 2008, il a publié une chronique hebdomadaire dans le journal Ouest-France : « Le tour du monde en 80 poèmes ». Ses textes, livres ou anthologies, sont traduits dans une douzaine de langues.

Par ailleurs, depuis de nombreuses années, il travaille dans les écoles, avec les enfants pour lesquels il a écrit Ouvrez la porte aux loups (Gallimard, 1994), Le loup et la lune (Rougerie, 2001) et Douze mois et toi (Milan, 2005).


Article de presse récent : Le Figaro - Livres : Poètes, coûte que coûte et Le Figaro - Livres : « Les poings dans mes poches crevées »


Bibliographie :

Récit et Prose :
- Besoin de poème : lettre à mon père (Seuil, 2006)
- On est sérieux quand on a dix-sept ans (Flammarion, 1999)
- La clé de la chapelle est au café d’en face (Flammarion, 1997)
- Le petit tailleur de short (Flammarion, 1996)

Roman :
- Si tu me quittes, je m’en vais (Flammarion, 2009)
- Elle était une fois (Flammarion, 2003)

Poésie :
- Le Tour du Monde en 80 poèmes (Flammarion, 2009)
- Vingt ans – Poèmes 1971 - 1976 (La Passe du Vent, 2009)
- Chambres d’écho (Rougerie, 2008)
- Un carré d’aube (Rougerie, 2004)
- Presqu’une île (photographies Georges Dussaud) (Editions Ouest-France, 2004)
- Le loup et la lune (Rougerie, 2001)
- Le jardin des tempêtes (Flammarion, 2000)
- L’écho de la lumière (Rougerie, 1997)
- La patience des pierres suivie de L’échappée blanche (Rougerie, 1995)

Jeunesse :
- Douze mois et toi (Éditions Milan, 2005)
- Ouvrez la porte aux loups (Gallimard, 1994)

Entretiens :
- A ciel ouvert - avec Jacques Darras (La passe du vent, 2010)
- Toute vie finit dans la nuit - avec Claude Vigée (Parole et Silence, 2007)
- Fragments du Royaume - avec Michel le Bris (La passe du vent, 2000)
- Une rose des vents - avec Christian Bobin (Parole d’aube, 1994)

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Présentation de Le Tour du monde en 80 poèmes

La poésie ne s’arrête pas aux frontières. C’est pour cela qu’Yvon Le Men a choisi, dans le sillage de Jules Verne et de son héros le gentleman anglais Phileas Fogg, de traverser à nouveau les mers et de proposer cette fois-ci un tour du monde en 80 poèmes et presque autant de pays. De l’Antiquité à nos jours, de l’Afrique du Sud au Venezuela, de la Hollande à la Grèce en passant par l’Irlande, l’Espagne, le Brésil, la Pologne, c’est un atlas inédit que l’on découvre poème après poème. Au cours de la traversée, on croisera Sapphô, Emily Dickinson, Katherine Mansfield, Pasolini, Issa Kobayashi, Constantin Cavafy, Tarjei Vesaas, mais aussi Seamus Heaney, Nuno Júdice, Mahmoud Darwich, Claude Vigée, Nicolas Bouvier... Cette anthologie est une heureuse invitation au voyage.

Extrait de : Le Tour du monde en 80 poèmes

Aujourd’hui l’Italie avec Michel-Ange
Peintre, sculpteur, architecte, né en 1475, mort en 1564, Michel-Ange, dont les principales sources d’inspiration furent la Bible et La Divine Comédie, travaillait ses poèmes, comme ses statues, à larges coups de ciseau, avec l’impétuosité d’une force de la nature.
Ayant un cœur de souffre, une chair d’étoupe, des os de bois sec, une âme sans guide et sans frein, un désir hardi, une appétence démesurée, Une raison aveugle, débile et boiteuse, il n’y a pas lieu de s’étonner si, parmi les embûches et les pièges dont le monde est plein, je m’enflamme comme un éclair au moindre feu que je rencontre.
Si je naquis ni sourd ni aveugle, mais capable de créer une œuvre d’art, si je peux vaincre la nature comme le font ceux qui savent s’exprimer sur un mode quelconque et tiennent du ciel même cette faculté, Cela provient de la même cause que ce qui me brûle et me ronge le cœur. La faute est à celui qui m’a destiné au feu.

Source : Poésies de Michel-Ange, traduction, Marie Dormoy, éditions spirale, Paris 1935

Commentaire :

Sur le papier où est écrit ce poème, se voient des dessins se rapportant au jugement dernier. On imagine, qu’avec un tel génie, un tel orgueil, Michel-Ange sût dresser un pont entre le ciel et l’enfer. Le grand peintre, le grand sculpteur, le grand poète, avait senti passer de près, de très près, le souffle de l’explosion entre la vie et la création. A son poème, qui semble avoir été écrit aujourd’hui, j’ajouterai, avec une immense humilité et une infinie fragilité, l’espérance de tenir, malgré tout, son démon en laisse, de n’être pas seulement un artiste de la faim, du manque mais aussi un poète du chant, de la danse au-dessus de l’abîme.

La Russie avec Aïgui
Né en 1934 au bord de la Volga dans un village tchouvache, entouré d’épaisses forêts, descendant des Huns, petit fils de sorcier, le poète Aigui est mort en 2006. Les désirs en art, a-t-il écrit, peuvent être extrêmement simples. Le simple désir de dire quelque chose de l’aspect de son pays aux autres hommes, d’autres paysages, d’autres cultures. Sa rencontre avec Pasternak, véritable père spirituel, en 1956, marque un tournant dans son écriture

La Mort

sans ôter de sa tête son foulard
se meurt maman
et pour la seule et unique fois
je pleure à la vue pitoyable

de sa robe tissée main

Ô comme sont paisibles les neiges
on dirait que les ont aplanies
les ailes du démon d’hier

ô comme sont riches les congères
comme s’il y avait dessous
des monts d’offrande
païennes

Et les flocons
sans cesse portent sur terre

les hiéroglyphes divins…

Source : Aïgui, par Léon Robel, Poètes d’aujourd’hui, Seghers, 1992.

C’est au chevet de sa mère qu’Aïgui a écrit ce poème. C’est à son chevet qu’il a travaillé à devenir poète, comme si, en passant par sa mort, sa mère changeait de maison et lui, de pays. Un pays où le silence de ses mots remplacerait le silence de la neige. Désormais sa mère habiterait dans ses livres, comme des flocons dans une boule de cristal.


Présentation de Si tu me quittes je m’en vais :

Un poète de vingt-cinq ans tombe amoureux fou d’une star de cinéma... qui n’en est pas une. C’est ainsi que Coralie, une drôle de Belge, débarque à Lannion avec son chien, son chimpanzé, son accent du Nord et sa folie douce. Mais les premiers moments de passion passés, tout se complique. Entre la Bretagne et la Belgique, débute une course poursuite torride et impossible.

Extrait de Si tu me quittes je m’en vais :

Je suis la femme aux couleurs du temps, ces mots, un matin, m’accueillirent dans la cuisine. Coralie les avait découpés dans un magazine. Elle avait découpé également trois autres publicités : une pour un coquetier de porcelaine, une pour des Wasa et une pour des couverts de chez Guy Degrenne. Guy Degrenne : le mauvais élève de la télévision celui qui, d’après la pub, avait échoué au certificat d’études mais réussi dans la vie. Elle adorait les histoires sentimentales en noir et blanc. Moi aussi, mais avec davantage de mots. Je n’avais plus ouvert de magazines féminins depuis que j’étais parti de chez ma mère. Elle était abonnée à Modes et Travaux et à Femmes d’Aujourd’hui dont je me disputais le feuilleton avec mon père : les aventures du commandant Bob Morane et de l’Ecossais rouquin et buveur Bill Balantine. Plus machos, on ne trouve pas ! Je suis la femme aux couleurs du temps. La phrase pendait au plafond, accrochée comme un tue-mouches à une poutre. Je ne la connaissais pas et la trouvais mystérieuse comme peut l’être une phrase de pub quand elle ne s’use pas trop vite. C’est moi, me dit-elle, en me prenant par les joues, et cette femme t’aime, ajouta-t-elle en me souriant à pleines dents qu’elle avait blanches et régulières.

Présentation de Vingt ans Poèmes (1971 – 1976) :

Pourquoi les publier si longtemps après leur écriture ? Presque quarante ans, deux fois l’âge du titre. Pour leur valeur poétique ? Ce n’est pas à moi de le dire, c’est au lecteur. Pour une raison, au moins, pour les blessures que je dénonçais hier, dans ces poèmes et qui sont encore plus vives aujourd’hui. Il y a quarante ans, j’exagérais. Aujourd’hui, si j’avais l’énergie de mes vingt ans, je serais sûrement plus violent. Heureusement, ma vie a plusieurs étages, elle ne dépend pas seulement de ceux qui la martyrisent. […] Hier je disais, non. Aujourd’hui, je dis parfois oui parce qu’hier j’ai dit non. Hier, sur scène, c’était la parole qui comptait, aujourd’hui, c’est le silence. Et quant à la poésie, elle est l’alliance des deux. Dans le respect mutuel dirait une langue qui, je l’espère, ne serait pas de bois.

Extrait de Chambres d’écho :

Evy et Claude

Elle est morte dans mes bras
dit mon vieil ami
mais avant dans ses yeux
et avant dans son corps

par où tout s’est passé
dans son corps
par où tout est parti

par ses poumons
sa gorge
sa tête

par l’atome
puis l’intérieur de l’atome
et par ce qui encore se divise

puis ce qui résiste à la division
la présence de celle qui n’est plus

et qu’on appelle l’absence
et qui s’appelle Evy.

Il en faut des oreilles
et des bouches

pour faire traverser le pont aux mots
des douleurs.

Je ne suis pas désespéré
tu me connais
je souffre

mais si la présence
en moi
résiste

alors je continuerai
nous continuerons

dit
mon vieil ami

avec qui je viens de parler
d’elle

et qui vient de m’inviter chez nous
comme il continue à le dire

chez elle sans lui

chez lui sans elle
qui parle d’elle
qui était avec lui

pendant toute une vie
toutes deux vies.

Je ne veux rien changer dans l’appartement
je veux son odeur dans l’odeur du bois
de l’armoire

je veux que tout reste comme avant
car rien n’est plus comme avant

je veux être
parmi elle

dans notre appartement.

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