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Vincent Hein, Pékin, le 4 juillet 2010

Je prends un café noir très allongé et le temps d’écrire un peu sur le toit aménagé en terrasse d’un des petits bars de Nanluoguxiang. 
Entre un plaqueminier et un arbre à soie majestueux et sous des parasols installés à la hussarde, sont jetées comme ça quelques tables rondes et des chaises de jardin poussiéreuses, moulées dans le plastique vert rustaud de la marque Heineken.

Tout est bancal, bricolé, tout semble chiffonné et pourtant, je sens ici une familiarité, une complicité, une contiguïté très forte entre les choses, et pour rien au monde je ne voudrais défaire l’équilibre subtil de ce désordre idéal. Dans un coin c’est un amoncellement de planches encore pleines de clous et rassemblées en fagots, de sacs à gravats, de cordes et de pots de peinture vides, poisseux et rouillés. Dans un autre, c’est un seau à glace cabossé, un compteur électrique dont le ventre est ouvert, un tricycle d’enfant sans guidon et flanqué au pied d’un massif d’azalées japonaises en fleur qui pousse comme il peut, dans un grand bac d’argile grise et à côté d’un canapé en faux velours brun taupe, éreinté d’avoir passé l’hiver puis le printemps dehors. Le patron se gratte une fesse, s’évente, puis chasse une mouche avec un vieux journal d’annonces immobilières qu’il a plié en deux. Un de ses employés débranche le téléviseur tout neuf qui a certainement servi à retransmettre le match d’hier soir, et à une table voisine, d’ailleurs, quatre étudiants allemands en maillot de la Fuβballnationalmannschaft fredonnent encore, discrètement mais ensemble, une sorte de chanson pour supporters victorieux.

Ce matin, après avoir terminé le Retour en Inde de Patrick Boman – que j’ai beaucoup aimé pour ses justesses de style et de vues - je suis allé récupérer l’exemplaire d’Au Hasard et souvent de Sébastien Lapaque, que j’avais commandé à la librairie du Centre culturel français. J’ai repensé ensuite à mes trois jours aux Etonnants Voyageurs, mais surtout à cette soirée pétaradante, rigolarde et gastronomique que nous avons passée avec Sébastien justement, Olivier Maulin et quelques autres au Café Breizh sur le petit port de Cancale. Ce soir-là, la lune avait dressé le couvert, la Manche promettait des voyages à venir et l’amitié qui passait entre nous, la carte extraordinaire de Bertrand Larcher, les bons vins, les cidres et les poirés artisanaux bus sans aucune modération, se sont chargé de fabriquer de merveilleux souvenirs.

Ma montre indique maintenant 16h02 et je suis sûr qu’il fait plus de trente-cinq degrés. Les cigales pékinoises chantent ce qui ressemble à une messe en la majeur. Le vent est chaud, très sec et se pose sur mes épaules avec des prévenances de plaid anglais. Une lumière d’Est découpe, épure et donne du relief à tout. Le ciel a choisi ses bleus dans les papiers gouachés d’Henri Matisse et moi je me réjouis d’être là, en dessous, sur cette terrasse, vivant, en ce dimanche d’été chinois.

Vincent Hein

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