"Quand les écrivains redécouvrent le monde"

 
Fiches Auteurs
 

MABANCKOU Alain

Congo

publié le 18 mars 2010.
partager : 
  envoyer :  envoyer l'article par mail   imprimer :  Version imprimable de cet article

Toutes les versions de cet article :  icone_drapeau   icone_drapeau 



- Biographie
- Bibliographie
- Présentation de Ma soeur Etoile

Biographie

JPEG - 19.4 ko
Alain Mabanckou, Haïti 2007
© Gael Le Ny

Alain Mabanckou est depuis 2005 et l’attribution du Prix Ouest-France Etonnants Voyageurs à son œuvre Verre Cassé un ami du festival. Il revient cette année avec son nouveau roman, Black Bazar, paru aux éditions du Seuil en 2009.
L’imaginaire littéraire d’Alain Mabanckou est marqué par une géographie multiple. Après l’Afrique et le Congo Brazzaville de Verre Cassé, c’est dans un Paris vivant et populaire que se centre l’action de ce dernier livre où se croisent des personnages tels que Roger, franco-ivoirien, Vladimir, camerounais, et le narrateur, du Congo Brazzaville, faisant ainsi de questions actuelles brûlantes telles que les problèmes raciaux et la place de l’immigré africain en Europe, l’occasion d’une écriture mêlant tonalités et genres avec plaisir. Et toujours on retrouve ce sens inné de l’humour, cette gourmandise du verbe et de la verve, car l’écriture d’Alain Mabanckou est au carrefour de trois continents, un écrivain monde par excellence...
Ce regard, cette mobilité d’écriture, Alain Mabanckou les doit sans doute à son propre parcours. Arrivé en France au cours de ses études universitaires de droit des affaires il passa son enfance et son adolescence au Congo Brazzaville, à Pointe Noire capitale économique du pays qui restera le creuset, la mémoire de son inspiration d’écrivain. En 1995, il reçut le prix de la Société des Poètes Français et son premier roman, Bleu-Blanc-Rouge, paru en 1998 obtient le Grand Prix littéraire d’Afrique Noire. En 2001, il quitte la France et son emploi à la Lyonnaise des Eaux pour les Etats-Unis. Cette expérience américaine va lui permettre de s’adonner pleinement à sa passion pour l’écriture et l’enseignement grâce à une résidence d’artiste en 2001, et un premier poste d’enseignant en 2002 à l’université du Michigan-Ann Arbor comme professeur de littératures francophones pendant 4 ans. Il est aujourd’hui professeur au département d’études francophones et de littératures comparées à l’Université de Californie-Los Angeles, UCLA.
Son roman, Verre cassé paru aux éditions du Seuil en 2005 fait sensation dans l’actualité littéraire francophone. Il reçoit la même année le Prix des Cinq Continents de la Francophonie, le Prix Ouest-France / Etonnants Voyageurs et le Prix RFO du livre. Salué à la fois par la critique et le public, ce roman est adapté au théâtre en 2009 et traduit dans une demi-douzaine de langues. En 2006, Alain Mabanckou est de nouveau salué par la critique avec le roman Mémoires de porc-épic, qui reçoit le prix Renaudot, le prix Aliénor d’Aquitaine et le prix de la rentrée littéraire française.
En parallèle de ses activités d’écrivain, Alain Mabanckou consacre son énergie à la rencontre et la découverte d’autres écritures, avec son blog d’abord, Le crédit a voyagé, espace vivant de dialogue et de réflexion sur l’actualité où se croisent des identités littéraires telles qu’Achille Mbembe et Eugène Ebodé, et ensuite comme traducteur, avec en 2008 aux éditions de l’Olivier la parution de Bêtes sans patrie, roman traduit de l’américain d’origine nigériane Uzodinma Iweala, qui prend pour narrateur un jeune enfant soldat. En 2007 Alain Mabanckou fait paraître un essai Lettre à Jimmy : A l’occasion du vingtième anniversaire de ta mort, consacré au grand écrivain américain James Baldwin.

Alain Mabanckou est enfin signataire et l’un des chefs de file du Manifeste pour une littérature monde initié par Michel Le Bris et Jean Rouaud. Il était présent au colloque sur la littérature monde qui s’est déroulé à l’université de Tallahassee en février dernier.

In english
En español


Liens :

- le site d’Alain Mabanckou.
- le blog d’Alain Mabanckou


Bibliographie :

Romans :
- Demain j’aurai vingt ans (Gallimard, 2010)
- Black Bazar (Seuil, 2009)
- Mémoires de porc-épic (Seuil, 2006) Prix Renaudot 2006
- Verre Cassé (Seuil, 2005)
- African Psycho (Le Serpent à plumes, 2002)
- Les Petits-Fils nègres de Vercingétorix (Le Serpent à plumes, 2002)
- Et Dieu seul sait comment je dors (Présence africaine, 2001)
- Bleu-Blanc-Rouge (Présence Africaine, 2000)

Jeunesse
- Ma soeur Etoile (Seuil Jeunesse, 2010)

Essais :
- Lettre à Jimmy (Fayard, 2007)

Poésie :
- Tant que les arbres s’enracineront dans la terre (Mémoire d’Encrier, 2004)
- Quand le Coq annoncera l’aube d’un autre jour (L’Harmattan, 2000)
- La Légende de l’Errance (L’Harmattan, 2000)
- Les arbres aussi versent des larmes (L’Harmattan, 1997)
- L’usure des lendemains (Nouvelles du Sud, 1995)

Recueil de nouvelles
- Dernières nouvelles du colonialisme, Vents d’ailleurs, 2006.

- Retour au sommaire


Demain j’aurai vingt ans Pointe-Noire, capitale économique du Congo, dans les années 1970. Le narrateur, Michel, est un garçon d’une dizaine d’années qui fait l’apprentissage de la vie, de l’amitié et de l’amour, tandis que le Congo vit sa première décennie d’indépendance sous la houlette de « l’immortel Marien Ngouabi », chef charismatique marxiste. Les épisodes d’une chronique familiale truculente et joyeuse se succèdent, avec ses situations burlesques, ses personnages hauts en couleur : le père adoptif de Michel, réceptionniste à l’hôtel Victory Palace ; maman Pauline, qui a parfois du mal à éduquer son turbulent fils unique ; l’oncle René, fort en gueule, riche et néanmoins opportunément communiste ; l’ami Lounès, dont la sœur Caroline provoque chez Michel un furieux remue-ménage d’hormones ; bien d’autres encore. Mais voilà que Michel est soupçonné, peut-être à raison, de détenir certains sortilèges…
Au fil d’un récit enjoué, Alain Mabanckou nous offre une sorte de Vie devant soi à l’africaine. Les histoires d’amour y tiennent la plus grande place, avec des personnages attachants de jeunes filles et de femmes. La langue que Mabanckou prête à son narrateur est réjouissante, pleine d’images cocasses, et sa fausse naïveté fait merveille.

Lire l’article que nous lui consacrons.


Présentation de Ma soeur Etoile

J’avais dix ans en ce temps-là. Pendant la saison sèche, je quittais en cachette mon lit, j’ouvrais doucement la porte de notre maison et je sortais. Je n’avais plus peur des fantômes et autres créatures méchantes qui profitent de la nuit pour épouvanter les enfants. Je m’asseyais au milieu de la cour, je levais la tête bien au-dessus de moi afin de mieux contempler le ciel parce que ma mère me disait que ma soeur habitait là- haut, au milieu des anges. Et puis, soudain, il y avait une étoile, une toute petite étoile qui brillait plus que les autres. Je l’observais avec attention. Je la voyais se déplacer, me faire des signes, me sourire, disparaître un moment entre deux nuages avant de réapparaître. Cela m’amusait, et je souriais à mon tour. Je savais que cette étoile était ma soeur morte deux ans avant ma naissance. Je lui avais donné un petit nom : “Ma Soeur- Étoile”. Assis dans la cour, je commençais donc à parler à cette étoile, à ma soeur. Je lui donnais les nouvelles de chez nous, j’avais peur qu’elle ne soit pas au courant de tout ce qui se passait ici-bas depuis qu’elle était morte… Ma Soeur-Étoile m’écoutait avec attention. Je lui disais que papa avait changé de moto et travaillait toujours chez les Blancs, à l’hôtel Victory Palace. Il ramenait à la maison des livres que les Blancs jetaient dans les poubelles de l’hôtel après les avoir lus. J’expliquais à Ma Soeur-Étoile que la dernière fois papa avait ramené un livre étrange qui m’avait fait presque pleurer : c’était Le Petit Prince, un tout petit livre de l’écrivain-aviateur Antoine de Saint-Exupéry. Dans ce Petit Prince que j’avais lu plus de dix fois, il s’agissait de l’histoire de quelqu’un qui était perdu très loin, très loin de tout lieu peuplé. Tout à coup, ce type égaré s’était retrouvé en face d’un gamin venu de nulle part et qui lui demandait de lui dessiner un mouton ! Je ressentais de la pitié pour ce petit garçon qui n’avait sans doute jamais vu un mouton. Un soir, j’avais d’ailleurs expliqué à Ma Soeur-Étoile que je me prenais maintenant pour ce petit garçon venu de nulle part et que je voulais aussi que quelqu’un me dessine un animal gentil, un animal comme dans le petit livre d’Antoine de Saint-Exupéry… Et puis, une semaine après, toujours au milieu de la nuit, j’ai bien regardé avec attention le ciel. Même si toutes les étoiles semblaient se reposer dans leur lit de nuages, j’ai remarqué que Ma SoeurÉtoile s’agitait beaucoup. Elle clignotait. Elle tournait autour d’elle. Elle était donc très occupée, presque nerveuse. Ses gestes étaient pourtant précis. Je ne l’avais jamais vue dans cet état d’excitation. (…)


- Retour au sommaire

Argumentaire de Black Bazar :

Le héros de Black Bazar est un dandy africain de notre temps, amoureux des cols italiens et des chaussures Weston, qui découvre sa vocation d’écrivain au détour d’un chagrin d’amour. Naviguant entre complainte et dérision, il brosse avec truculence un tableau sans concession de la folie du monde qui l’entoure. Tour à tour burlesque et pathétique, son récit va prêter sa voix à toute une galerie de personnages étonnants, illustrant chacun à leur manière la misère et la grandeur de la condition humaine. Un roman à la verve endiablée, tournant le dos aux convenances et aux idées reçues, par l’une des voix majeures de la littérature francophone actuelle.

Revue de presse Black Bazar :

Télérama Ouest France Africultures Jeune Afrique Le Parisien Le Figaro L’Express RFI Le Nouvel Observateur L’Humanité L’Humanité

- Retour au sommaire

Argumentaire de Lettre à Jimmy :

Né à Harlem en 1924, mort à Saint-Paul de Vence en 1987, noir, bâtard, homosexuel, écrivain, James Baldwin a combattu sans relâche la ségrégation raciale. Mais ce n’est pas à ce titre que l’admire Alain Mabanckou. Dans cette longue lettre qu’il lui adresse post-mortem, il salue en Baldwin l’esprit libre qui refusa, en littérature comme en politique, que sa lutte mène au repli communautaire. L’hommage épistolaire se mue alors en échange complice ; citations de l’œuvre du maître et commentaires se confondant presque pour rappeler qu’il n’est d’homme qu’universel. Alain Mabanckou et James Baldwin avaient bien des choses à se dire. L’un comme l’autre, ils n’acceptent que deux identités : celle d’écrivain, et celle d’être humain.

Portfolio

Alain Mabanckou, Haïti 2007 © Gael Le Ny Alain Mabanckou, Haïti 2007 © Gael Le Ny Alain Mabanckou, Etonnants Voyageurs 2007 © Gael Le Ny
débats audios

 
débats vidéos

Dimanche - 15h45 : Derrière le rire
 

avec : Patrick RAMBAUD, Alain MABANCKOU, Andrea VITALI, Dai SIJIE


 
 
 
 
 
Saint-Malo
Suivre la vie du site RSS 2.0