"Quand les écrivains redécouvrent le monde"

 
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CHAMOISEAU Patrick

France

publié le 6 avril 2009.
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Principalement connu pour son travail sur la langue créole à laquelle il rend hommage en saluant son inventivité inépuisable, Patrick Chamoiseau est l’un des écrivains majeurs de la Caraïbe. Lorsqu’il signe en 1989 avec Jean Bernabé et Raphaël Confiant, deux autres grands noms de la littérature caribéenne, un Éloge de la créolité, c’est un véritable coup de tonnerre qui s’abat sur les Antilles. Mettant à mal de nombreux stéréotypes, ce livre s’inspire des théories de la négritude développée par Sédar Sanghor et Aimé Césaire tout en allant plus loin en revendiquant une identité antillaise. Il a depuis signé plusieurs autres essais et notamment Lettres créoles, un essai sur la littérature antillaise, pour lequel il a retrouvé Raphaël Confiant et vient de publier avec Édouard Glissant, L’Intraitable beauté du monde.

Né en 1953 à Fort de France, Patrick Chamoiseau s’imprègne dès l’adolescence des lectures caribéennes. Après des études de droit et d’économie en métropole, il devient travailleur social, d’abord dans l’hexagone puis en Martinique. Intéressé par l’ethnographie et les travaux d’Edouard Glissant, il se penche sur les formes culturelles disparaissantes de son île natale mais aussi sur le dynamisme de sa première langue - le créole - qu’il a dû abandonner dès l’école primaire.

En 1986, il publie son premier roman, Chronique des sept misères qui remporte le prix Kléber Haedens ainsi que celui de l’île Maurice. Trois ans plus tard paraît Solibo Le magnifique, dans lequel il s’intéresse à la recherche d’une identité martiniquaise à travers les pratiques culturelles du passé. En 1992, c’est la consécration et la reconnaissance du monde littéraire. Il obtient le prix Goncourt pour son roman Texaco - futur succès mondial -, brassant souffrances et espérances de trois générations de Martiniquais, sous l’esclavage, pendant la première migration vers l’Enville et aujourd’hui. Considéré comme l’inventeur d’un nouveau style linguistique, il emploie un langage accessible aux lecteurs de la métropole qui contient cependant des éléments propres à la culture créole. Maintes fois récompensé, cet écrivain engagé, qui travaille aussi pour la (re)connaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité, s’est essayé à tous les genres, de l’essai au théâtre en passant par le roman, le scénario de film où la littérature jeunesse. Il a ainsi signé les scripts de Passage du milieu et de Biguine réalisés par Guy Deslaurier et vient de publier un nouveau roman, Les neuf consciences du Malfini, chez Gallimard.


Bibliographie :

Romans
- Les Neuf consciences du Malfini (Gallimard, 2009)
- Un dimanche au cachot (Gallimard, 2007)
- Une enfance créole (Gallimard, 2006 - Coffret en 3 volumes) :
Tome 1 : Antan d’enfance
Tome 2 : Chemin-d’école
Tome 3 : A bout d’enfance

- Biblique des derniers gestes (Gallimard, 2002)
- Texaco (Gallimard, 1992)

Essais
- Manifeste pour les" Produits" de Haute Nécessité, ouvrage collectif (Galaade, 2009)
- L’intraitable beauté du monde. Adresse à Barack Obama, avec Édouard Glissant (Galaade, 2009)
- Quand les murs tombent - L’identité nationale hors la loi ?, avec Edouard Glissant (Galaade, 2007)
- Elmire des sept bonheurs : confidences d’un vieux travailleur de la distillerie Saint-Etienne, photographies de Jean-Luc de Laguarigue (Gallimard, 1998)
- Écrire en pays dominé (Gallimard, 1997)
- Martinique (Richer, 1994)
- Lettres créoles, avec Raphaël Confiant (Hatier, 1991)
- Éloge de la créolité (Gallimard, 1989)

Littérature jeunesse
- Le commandeur d’une Pluie (Gallimard, 2002) illustration de William Wilson
- Emerveilles (Gallimard jeunesse, 1998)

Théatre
- Manman Dlo contre la fée Carabosse (Editions Caribéennes, 1982)

Autres
- Martinique vue du ciel : Trésors cachés et patrimoine naturel (HC Editions, 2007)


Présentation des Neuf consciences du Malfini :

« C’était au temps de ma splendeur barbare. Je provenais de loin, me laissant transporter par ces vents de nulle part qui rabotent les îles de la mer caraïbe, et j’allais je ne sais où, cherchant un territoire propice à l’apaisement des songes… »
Un Malfini, grand rapace assuré de sa magnificence, découvre un jour l’existence des colibris, surtout du Foufou, le plus extraordinaire de cette engeance, venu s’échouer sur son aire. Sidéré par cette découverte, le grand oiseau dérive dès lors dans l’incompréhension, le mépris, la haine, l’incertain, l’admiration souffrante. Fasciné par l’incessante activité, la singulière intelligence et la liberté souveraine de l’oiseau minuscule, il s’interroge sur le territoire, le langage, l’altérité : « Je compris à quel point les vies se tiennent, combien nulle n’est centrale, plus digne, plus importante. Elles se lient, se relient, se relaient et se relatent avec les mêmes couleurs. Et je compris combien, à la base de la vie, il y avait encore une infinité de vies et de vibrations, de possibles en devenir, de devenirs possibles… » Le maître des vents approche la vraie nature de la grâce et de la beauté. Puis, dans une exaltation de tous ses sens, développés comme des consciences, il engage sa puissance et son existence elle-même au service du « petit maître », pour affronter à ses côtés le lent désastre écologique qui se profile. Bien plus tard, au lendemain d’un cyclone, le Malfini se pose dans le jardin de Patrick Chamoiseau pour lui conter cette aventure extraordinaire qui a bouleversé son rapport au monde…
Tout à la fois fable naturaliste, geste épique et méditation philosophique, ce roman initiatique élabore une défense et illustration de l’imaginaire et une poétique du vivant qui s’attache à la conscience écologique.

Présentation de Un dimanche au cachot :

Un dimanche de pluie, une petite fille se réfugie sous une voûte de pierre, dans le jardin du foyer qui l’a recueillie. Terrassée par une souffrance indépassable, elle reste prostrée dans l’ombre et ne veut plus en sortir. On sollicite alors Patrick Chamoiseau, écrivain, Marqueur de Paroles, et surtout éducateur en matière de justice. Mais tandis qu’il vient au secours de l’enfant, il devine ce qu’elle ignore : cette voûte de pierre n’est autre que le plus effrayant des vestiges. C’est un cachot dont les parois balisent une ténébreuse mémoire, qui dérive loin dans les impensables de l’Histoire, dans l’intransmissible de l’esclavage, ce crime sans châtiment.
Désemparé, l’éducateur lui raconte d’abord ce qui lui vient à l’esprit (sous les auspices de Faulkner, Saint-John Perse et Glissant). S’ensuit une histoire de chair et de sang, une tremblante évocation qui se déplace dans le réel et l’imaginaire, dans le présent et les temps anciens de l’Habitation où vivait L’Oubliée, l’esclave rebelle... Car c’est l’œuvre du Marqueur de Paroles de capter les signes et les traces, les langues et les cultures, de considérer les présences qui nous habitent, ce qui s’est abîmé ou s’est effacé, et qui pourtant nous fonde et nous initie... Qui sait ce que le cachot le plus effrayant peut refléter, ou libérer, de l’éclat du monde ?

débats audios

 
débats vidéos

Lundi - 14h30 : Fables

avec : Jean ROUAUD, Patrick CHAMOISEAU, Björn LARSSON, Bernard GIRAUDEAU


 
 
 
 
 
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