LE MEN Yvon

France

5 mars 2018.

Figure de proue de la poésie en Bretagne, compagnon de route du festival Étonnants Voyageurs, il est depuis vingt ans le passeur des poètes. Auteur d’une œuvre poétique importante, de récits et d’un recueil de nouvelles, il puise son inspiration dans les événements qui ont jalonné sa vie et dans les émotions vécues. Dans son dernier ouvrage paru, le deuxième tome de Les continents sont des radeaux perdus , Yvon Le Men est vibrant de légèreté et de justesse. Après avoir exploré l’espace clos de l’enfance, il « s’ouvre au dehors » et fait la part belle aux rencontres et aux paysages.

 

« En Bretagne, la parole est forte : les conteurs, les chanteurs, il existait donc un certain terreau. L’écriture, c’est la solitude et l’absence. La scène, c’est la présence, le partage. J’ai besoin de ces deux chemins. »

Depuis son premier livre Vie en 1974, écrire et dire sont les seuls métiers d’Yvon Le Men. Ce poète breton, né en 1953 à Tréguier, va à la rencontre des amoureux de la poésie pour partager avec le plus grand nombre sa passion des mots : dans les écoles, les salles de spectacles, et bien sûr au festival Étonnants Voyageurs, où il se fait le passeur des poètes et des écrivains du monde entier. Programmateur aux côtés de Michel Le Bris, il y instaure dès 1997 un espace dédié à la poésie. De sa chronique hebdomadaire publiée de 2006 à 2008 pour le journal Ouest France, il a tiré un livre, Le Tour du monde en 80 poèmes : une anthologie de 80 poèmes qu’il commente, fort de plus de trente ans d’expérience et de rencontres poétiques. Yvon Le Men, avec son incroyable ouverture au monde, ne cesse de prouver que la poésie ne s’arrête pas aux frontières.

Il est lui-même l’auteur d’une œuvre poétique importante à laquelle viennent s’ajouter quatre récits : Le petit tailleur de short (1996), La Clé de la chapelle est au café d’en face (1997), On est sérieux quand on a dix-sept ans (1999), Besoin de Poème (2006), deux romans, Elle était une fois (2003), Si tu me quittes, je m’en vais (2009) et un recueil de nouvelles Existence marginale mais ne trouble pas l’ordre public (2012). Proche du monde et surtout des êtres qui l’entourent, il puise son inspiration dans les événements qui ont jalonné son existence, dans les émotions vécues, et porte de sa voix une sincérité sans pareille : « On peut mentir dans la vie mais pas dans un poème ». Écrire, c’est aussi un travail de mémoire, comme pour redonner vie à ceux qui ne sont plus là. Pour Yvon Le Men, ce souffle vital est l’essence même de la poésie : « la poésie pour moi, c’est être au monde encore plus, ce n’est pas une évasion du monde ». En résulte une sensation vibrante qui émane de la lecture de ses textes : on se rappellera de l’émotion palpable qui s’empara de la salle lors de la poignante lecture de Chambres d’Echo par Denis Podalydès lors du festival en 2008.

Radié du statut d’intermittent du spectacle, accusé par Pôle Emploi "de voler dans les caisses du chômage", Yvon Le Men, fervent défenseur de la poésie, voit sa vie basculer lorsque cette organisation lui demande de rembourser des années d’indemnités. Le goût de la pauvreté remonte à la surface, la colère et l’incompréhension surgissent. Au jargon administratif, Yvon Le Men répond par des vers dans En fin de droits illustré par son ami Pef. Ce livre, loin d’être la complainte d’un homme aux prises avec l’administration, est en vérité un cri parmi tant d’autres. Par des mots simples, des phrases chocs et un ensemble drôle, ce long poème s’empare d’un thème qui nous concerne tous, le chômage, car :
« Qui a peur des chômeurs ?
Les futurs chômeurs
Qui se voient dans leurs yeux ».

Au printemps 2015, l’écrivain est en résidence durant 3 mois à Rennes, immergé à Maurepas, quartier populaire situé au nord-ouest de Rennes. Il en résulte une création narrant la vie de ces habitants, un livre-poème superbement illustré par le dessinateur Emmanuel Lepage, et chantant les expériences, les rencontres et les vies qui animent ce quartier. Entre les différentes nationalités et générations qui coexistent, surgit un long poème urbain et humain, clair et plein d’espoir. L’ouvrage, intitulé Les Rumeurs de Babel, sort en 2016 aux éditions Dialogues.

Dernière parution en date, le second volet de sa trilogie Les continents sont des radeaux perdus. Vibrant de légèreté et de justesse Le poids d’un nuage fait suite à Une île en terre. Après avoir exploré l’espace clos de l’enfance, il « s’ouvre au dehors » et fait la part belle aux rencontres et aux paysages.


Pour en savoir plus


Bibliographie :

Poésie :

Récit et Prose :

Roman :

Jeunesse :

Entretiens :

 

DERNIER OUVRAGE

 
Poésie

Le poids d’un nuage

Éditions Bruno Doucey - 2017

Un an après la publication d’Une île en terre, Yvon Le Men nous offre le second volume de sa trilogie, Le poids d’un nuage. L’heure n’est plus à l’espace clos de l’enfance, aux parents, aux voisins, mais aux fenêtres que l’on ouvre, aux portes que l’on pousse. L’oiseau ne chante plus sur son arbre généalogique, il vole désormais à la rencontre du monde. « On grandit… On s’ouvre au dehors », écrit le poète dans les premières lignes du livre. Et de raconter cette ouverture qui passe par les paysages : ceux qui dessinent le ciel et la mer de Bretagne, les rivières, les visages ; plus encore peut-être, ceux que les peintres ont imagés ou rêvés, que les écrivains ont nommés et animés. « Comme si notre œil pressentait que regarder c’est toujours regarder une première fois, pour la dernière fois. »

Extrait :

« C’est par le ciel
que les arbres se tiennent debout
dans mon regard
et ce vert
que je connais
tant
qui tant déborde de ma fenêtre
comme les mirages débordent de nos yeux
dans le désert »


Revue de presse :