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2015 : Une édition exceptionnelle

Par Michel Le Bris

« Le plus grand festival francophone du monde » titrait Grégoire Leménager dans
Biblio.Obs. « Pendant trois jours, la capitale mondiale de la littérature » pour Ouest-France. « La plus grande rencontre littéraire de notre temps » a écrit JMG Le Clézio. Ces qualificatifs sont peut-être un peu exagérés, mais ils traduisent bien l’enthousiasme, et l’émotion, suscités par ces trois journées.

Une édition exceptionnelle. Par l’énorme vague de lecteurs et de cinéphiles passionnés, attentifs, qui a submergé Saint-Malo trois jours durant, dont nombre d’écrivains présents nous parlent encore, presque incrédules. Par les auteurs invités, écrivains, cinéastes, photographes, musiciens, graphistes, qui ont fait de ces journées un moment de grâce, de générosité partagée, d’émulation intellectuelle, que l’on aurait voulu prolonger indéfiniment. Nous fêtions notre 25e anniversaire – 25 années d’une aventure littéraire pas ordinaire, que nous avions voulu marquer par un bel album détaillant chacune de ses étapes et pour tous les rédacteurs (pas moins de 55 écrivains mobilisés !) cela avait été un moment émotionnellement très intense, que de se replonger dans ce qui nous avait réunis au fil du temps. Mais cette émotion nous aura été rendue au centuple par les invités et le public, dont tant et tant tenaient à nous dire combien cette aventure avait été aussi la leur, et comme ces rencontres avaient compté pour eux. De voir le lundi, pendant trois heures, le grand auditorium bondé communier avec les auteurs sur scène, plus de mille passionnés venus reparcourir avec eux ces 25 années, avait de quoi faire battre le cœur plus vite… Et que nous étions loin, alors, de l’image que les médias si souvent nous renvoient de nous-mêmes, d’une France frileuse, repliée sur elle-même, sans plus d’élan ! Ces voix multiples venues de tous les continents ne dessinaient-elles pas les contours d’un autre monde, d’autres manières d’être, et de penser ? Jamais l’écart ne m’avait paru aussi grand, entre ce qu’exprimait cette communauté en fusion, public et créateurs mêlés, en ces journées et ce qui, à en croire les médias, serait nos préoccupations majeures – qui font, comme on dit notre « actualité ». Chaque être humain est plus grand que ce à quoi on veut le réduire – et c’est le sentiment de cette grandeur, éprouvé de rencontre en rencontre, qui faisait de ces journées quelque chose d’unique. Qui nous donne à tous l’énergie de poursuivre…

250 auteurs, 25 Bougies, 45 pays représentés, 500 heures de programmation
Plus que jamais, la conviction qui a guidé la naissance du festival il y a 25 ans était cette aPlus que jamais, la conviction qui a guidé la naissance du festival il y a 25 ans était cette année au centre de sa programmation :

  • Que ce sont les écrivains, les artistes, qui nous disent, nous donnent à voir l’inconnu de ce qui vient.
  • Que la création artistique témoigne de ce qu’il est en l’homme une dimension de grandeur qui le fait homme et le fait libre, irréductible au « produire » et au « consommer », une dimension proprement « poétique » à la racine même de « l’être ensemble » – ce que savent tous les fanatiques qui partout dans le monde s’acharnent à détruire les œuvres de l’esprit.
    Cette conviction, nos invités l’auront magistralement démontrée au fil des journées, devant des salles bondées. « Invention de la France », « République, laïcité – et culture(s) ? », « France une et plurielle », « Francophonie : une ère nouvelle ? » les multiples débats sur la langue (« Langue : alors tout fout le camp ? » avec Alain Borer et Alain Rey, « J’ai choisi le français » « Argot : invention langagière » « Français des uns, français des autres » « Entre les langues » « Écrivains, poètes : que traduisent-ils ? ») l’après-midi autour du prix Kessel sur l’artiste « gardien du sens des mots », la rencontre autour de l’histoire globale avec Sanjay Subramanyam, « Identités multiples, patries imaginaires », la rencontre sur le rythme entre écrivain et musiciens (« Le jazz est un roman ») sur le sport et la littérature (« Au grand théâtre du monde ») tout l’ensemble autour du thème d’un « monde très noir » (« Le retour du diable », « Gothique d’hier et d’aujourd’hui », « Années 30 : le retour ? », etc. avec la projection de quelques merveilles du cinéma des années 30, « Frankenstein », « le Docteur Jekyll » de Mamoulian, « The Black Cat » d’Ulmer, « Freaks » de Tod Browning) et le bonheur de longues rencontres avec Bertrand Tavernier venu par ailleurs dire sa passion pour le western. Tout l’ensemble proposé sur l’imaginaire de la science, les films (Patricio Guzman) comme rencontres avec Michel Serres, Jérôme Ferrari, Pierre Cassou-Noguès, Christophe Galfard, les rencontres « voyageuses » et « maritimes » avec des moments rares comme « Habiter le vaste monde » avec Gilles Lapouge, Lieve Joris, et Taiye Selasi… On n’en finirait pas d’énumérer les rencontres mémorables !

Saint-Malo, le rendez-vous des littératures francophones
Notre « Manifeste pour une littérature monde en français » avait été un acte de rupture, marquant l’exigence d’une vision nouvelle de la francophonie, que nous voulions voir perçue enfin comme un vaste espace-monde, espace d’échanges entre tous sur un pied d’égalité, sans plus de centre dominant. Cette vision nouvelle fut développée lors de multiples rendez-vous avec les auteurs venus du Québec, d’Haïti, du Congo, de la Caraïbe, de Côte d’Ivoire, du Mali, d’Algérie, du Maroc, d’Égypte, du Liban, de Suisse, ou de Belgique. Les présences de Mme Annick Girardin, Secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie, de M. Michel Robitaille, Délégué Général du Québec, représentant personnel du premier ministre pour la Francophonie, et de Mme Youma Fall, Directrice de la diversité et du développement culturel à l’Organisation Internationale de la Francophonie, ainsi que de Mme Christiane Taubira, ministre de la Justice, venue à titre privé, ont été l’occasion de souligner l’importance pour les auteurs présents du choix de la langue française, et d’un véritable espace monde en français. De beaux dialogues ont ainsi pu naître des rencontres programmées à la Maison du Québec, à l’Auditorium du Grand Large et dans de multiples salles. Ce fut l’occasion, pour de nombreux auteurs africains ou originaires de la Caraïbe de marquer avec insistance leur souhait de voir le festival se réimplanter prochainement dans leurs régions – la demande était particulièrement pressante de la part des écrivains haïtiens. Un souhait vivement partagé par les responsables du festival !

L’album des 25 ans
Il était important pour nous, afin que la mémoire de notre action ne se perde pas, de marquer cet anniversaire par un livre, tout à la fois récit détaillé de notre aventure aux quatre coins du monde et exposé en des pages intitulées « Idées force », des idées qui avaient été à l’origine du festival (en donnant les textes d’origine, avec leur date de parution) et de celles qui étaient nées des échanges rendus possibles par nos diverses éditions. 55 écrivains ont participé à l’aventure éditoriale – et pas un de ceux que nous avons sollicités n’a décliné la proposition, malgré les délais de livraison extrêmement courts.
Nous avons inventé un type de festival tout à fait original – qui se souvient que les formes que nous avons imaginées n’existaient pas en 1990 quand nous nous sommes lancés ? Nous avons bousculé beaucoup de préjugés, de positions de pouvoir, interpellé vivement le « milieu littéraire », particulièrement la critique littéraire, et beaucoup de nos idées se sont imposées au fil du temps, avec pour conséquence que l’on oublie aujourd’hui le combat qu’il fallut mener pour se faire entendre. Et à partir des « idées-forces » initiales nous avons conçu le festival comme une sorte d’immense intellectuel collectif : une manière de préciser, de débats en débats (300 débats par an, 25 années d’existence, pas loin de 4 000 auteurs invités !) une « pensée-monde » en mouvement. Nous voulions donc structurer cet album, riche d’une belle iconographie, autour de ces « idées-forces » développées, et datées. Grace à l’aide de Saint-Malo nous avons pu éditer l’album dans un temps record aux éditions Hoëbeke. Diffusé en librairie, ce livre-somme magnifiquement maquette n’a pas grevé le budget extrêmement serré du festival.

Saint-Malo, un festival de cinéma
Voilà maintenant plusieurs années que le festival est devenu un festival de cinéma, sous l’amicale pression, d’abord, de réalisateurs qui se sentaient en connivence avec l’esprit du festival. L’ouverture de la Grande Passerelle (la nouvelle Médiathèque) ajoutant trois auditoriums proches des cinq salles du Vauban a fait que se renforce ainsi un troisième pôle du festival (le premier centré sur le palais du Grand large, le second intra-muros) nous permettant de mieux articuler projection et rencontre.

Un festival de cinéma proposant pas moins de 100 projections. Mais un festival de cinéma pas comme les autres :
– par la multiplication, d’abord, de rencontres entre cinéastes, écrivains, photographes, illustrateurs : l’idée au cœur du festival, d’une « littérature-monde » ne valait-elle pas pour toute création artistique – à savoir que ce sont les artistes qui disent l’inconnu du monde qui vient ?
C’est cette idée qui a agrégé autour du festival cinéastes, photographes et artistes. C’est à leur demande à tous que nous avons donc veillé à multiplier les rencontres entre créateurs de différents modes d’expression. Et passionnantes auront été les convergences ainsi manifestées.
– par le choix des films proposés. Il ne s’agit pas pour nous d’imaginer un festival de cinéma parallèle au festival littéraire, mais bien de les mêler. Ce qui nous a conduits à organiser la programmation des salles en matinées et après-midi thématiques alternant projections et rencontres correspondant aux thématiques générales du festival – avec l’avantage de fluidifier ainsi la circulation du public.
L’évolution des écritures cinématographiques, surtout dans le domaine dit du « documentaire », nous encourage à aller de plus en plus dans cette voie d’une intégration. Les débats sur « l’écriture-monde », « fiction et non-fiction », sont de plus en plus passionnants, qui croisent des expériences dans des champs très divers. Un récent numéro du Nouvel Observateur présentait comme la nouveauté du moment ce que les Américains appellent « creative non-fiction » : cela nous ravit d’autant plus que nous développons la réflexion sur cette « creative non-fiction » depuis les débuts du festival en 1990 – le « travel writing » n’est-il pas l’expression la plus la plus frappante ? Ces réflexions, ces débats concernent aussi bien les cinéastes aujourd’hui que les écrivains et prennent d’autant plus d’importances que de nouvelles formes d’écritures cinématographiques se font jour, que nous mettons grand soin à suivre, et encourager.

Des Photographes aussi
(avec le concours de l’AFD)
Dès la première édition, Henri Cartier-Bresson, pleinement en accord avec l’idée à la naissance même du festival, nous avait donné une belle exposition. Ont suivi les plus grands noms et pour les mêmes raisons : Raymond Depardon, Sebastião Salgado, etc. etc. Au fil des ans, le festival est devenu un lieu de rencontre des photo reporters soucieux de croiser leur expérience et leurs interrogations avec celle d’autres artistes. Un autre partenariat avec l’Agence Française de Développement (AFD), qui décerne chaque année un prix exigeant (son jury rassemble des professionnels reconnus par tous) nous permet de présenter chaque année des expositions de très haut niveau – cette année, l’exposition de Marie Dorigny (« Main basse sur la terre ») prix AFD-Polka 2015 a fait l’unanimité.
Là aussi, les débats sont nombreux et intenses : crise du métier, envahissement des images « pub » et de leur esthétique, souci de rendre compte du monde. S’opposent ou dialoguent diverses écoles du regard. Sur la suggestion des photographes eux-mêmes, nous envisageons pour l’année prochaine de développer des diaporamas projetés lors de rencontres sur l’œuvre de tel ou tel photographe, système plus léger, complémentaire des expositions, permettant de multiplier la diversité des approches pour nourrir rencontres et débats – avec ce même principe de croiser écrivains, photographes, cinéastes. Et nous pourrions orchestrer tout cela autour d’un bel hommage à Robert Delpire, dont ce sera le 90e anniversaire.

La jeunesse
C’est pour nous un enjeu très important, même si toute une part de notre action n’est pas directement perçue par le public, ou les médias : dans une période où partout en Europe l’on constate un vieillissement du public des festivals littéraires, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour au contraire attirer les jeunes lecteurs. Avec succès. Dès l’automne nous travaillons avec les classes des lycées et collèges sur des thèmes fournis par des écrivains amis, pour des travaux qui trouveront leur conclusion au moment du festival, pendant les journées spéciales ouvertes aux scolaires en amont du festival. De même, nous consacrons beaucoup d’énergie à maintenir notre concours de nouvelles, qui concerne les 30 académies de France et d’Outre-mer, avec des résultats chaque année spectaculaires.
Se déroulant après les deux journées scolaires qui ont accueilli plus de 2 600 élèves de primaire et secondaire, le festival du livre jeunesse, très dynamique, a fait le plein de public que ce soit dans les ateliers ou les rencontres avec les auteurs ou les projections, alors que le concours national de nouvelles, organisé avec le concours du Ministère de l’Éducation nationale et présidé par Christian Grenier, a suscité pas moins de 6 000 inscriptions et 3 500 nouvelles ont été proposées aux différents jurys académiques.
Notre effort en direction du public dit par les éditeurs des « young adults » porte ses fruits, pour le plus grand bien du festival dans son ensemble. Car les thématiques qui les attirent sont des thématiques qui concernent directement les mutations culturelles en cours, et valent du coup pour tous les publics : retour des grandes forces mythologiques, signification du mouvement gothique (à nous de leur montrer la profondeur historique de ce thème) ce que met en jeu l’univers d’un Tolkien, par ex., le retour du conte, ou pourquoi les fées ? À quoi tient le mode des « super héros » ? Pourquoi le succès des séries TV ? etc. etc. Le mixage des films et des rencontres a des effets heureux mesurables. Tout cela rassemblé, notre refus des barrières entre les genres, nous permet de fixer un public jeune important et de lui offrir la possibilité de découvrir des auteurs qu’il ne connaissait pas.

Des prix littéraires de haute tenue
Le prix Ouest-France Étonnants Voyageurs, décerné par un jury de jeunes lecteurs de 15 à 20 ans s’est maintenant installé dans le paysage littéraire français – il n’est que de voir l’attention que lui porte le monde de l’édition. Et les livres couronnés depuis sa création démontrent la sûreté de jugement de ces jurys, au fil des ans. Le lauréat, cette année : Sylvain Coher, pour Nord, nord-ouest (Actes Sud)
Né l’année dernière, le prix « Littérature monde » créé par l’Agence française de développement (AFD) et Étonnants Voyageurs, couronne un livre écrit en français et un livre étranger traduit. Rappelons que le jury, présidé par Ananda Devi, est composé d’écrivains de très grande qualité : Boualem Sansal, Nancy Huston, Atiq Rahimi, Paule Constant, Dany Laferrière et Michel Le Bris. Les lauréats en auront été cette année Simone Schwarz-Bart pour L’ancêtre en solitude (Le Seuil), et Philip Meyer pour Le fils (Albin Michel)
Le prix Nicolas Bouvier est allé, par un vote unanime, à Paolo Rumiz pour Le phare, voyage immobile, paru chez Hoëbeke,
Le prix Kessel de la SCAM a été décerné à Éric Vuillard, Tristesse de la terre (Actes Sud)
Le prix Ganzo de poésie est allé à Valérie Rouzeau, poétesse de très grand talent
Le prix Gens de mer est allé à Nicolas Cavaillès auteur de Pourquoi le saut des baleines ? aux éditions du Sonneur, Le prix Compagnie des Pêches 2015 a été attribué à Josiane Guéguen pour Voyage au cœur du Seamen’s Club publié chez Géorama. Le prix Thermes Marins a été attribué à Zoé Lamazou & Victor Gurrey pour Une saison de chasse en Alaska aux éditions Paulsen

Mais aussi un festival a l’équilibre très fragile
Cette année, au résultat heureusement enthousiasmant, aura été éprouvante pour les nerfs. Mois après mois, nous aurons lutté pour notre survie, dans un contexte économique difficile. L’essentiel de notre temps aura été consacré à la recherche de nouveaux partenaires pour faire face et longtemps nous avons pensé que n’y parviendrions pas. Nous sommes allés à l’extrême de ce que nous pouvions trouver comme économies, allant jusqu’à la suppression de la moquette dans le Salon du livre et la réduction des captations vidéos des rencontres. Nos partenaires habituels ont bien compris la situation et nous ont apporté une aide précieuse. Le concours de Voyageurs du monde et de Terre d’aventure d’une part, l’aide dans la dernière ligne droite de deux mécènes, François Pinault dont on sait l’attachement à la Bretagne et de Richard Mille, ont éclairci l’horizon. Mais c’est l’afflux du public qui, au final, nous aura permis de terminer cet exercice à l’équilibre.

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