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Comme dans un rêve

George invite machinalement le vieillard à entrer, et c’est précisément au moment où il referme la porte derrière lui qu’il remarque qu’aucune trace de pas n’imprime la neige.

Des milliers de questions emplissent alors la tête de l’écrivain, déboussolé par cette découverte pour le moins étonnante. Avant qu’il ne puisse s’en empêcher, son visage se crispe dans une moue dubitative et effrayée. Cependant George, qui n’est pas un homme du genre à se laisser dépasser par ses émotions, décide de garder ses interrogations pour lui et de se comporter avec cet inconnu de manière tout à fait courtoise car mieux vaut toujours faire croire à son ennemi qu’il peut nous contrôler lorsque cela est faux.
Il referme donc la porte, laissant le mystère derrière celle-ci. Lorsqu’il se retourne, avec un air de sympathie évidente pour le vieillard, ce dernier s’adresse de nouveau à lui :

  • Je devine ton inquiétude mon cher ami mais ne sois pas trop effrayé par cette situation, crois-le bien, je ne suis là que pour t’aider.
  • Soit ! Pas de problème ! Je peux sûrement vous offrir un café dans ce cas. La température est glaciale alors votre venue ici a dû être difficile.
  • Non, pas exactement… Mais peu importe ! J’accepte volontiers ton offre.
    George laisse alors l’invité juste derrière lui dans le grand salon vitré ouvert sur la cuisine de telle sorte qu’il peut le surveiller tout en allumant la machine à expresso.
    En récupérant les deux tasses, il regarde vaguement par la fenêtre… La neige tombe encore à gros flocons, créant une atmosphère des plus pesante alors que le soleil commence à décliner derrière l’épaisse couche de nuages blanchâtres. George ressent alors un sentiment étrange… celui d’être comme enfermé sous une cloche formée par l’épaisse brume.
    George est tellement absorbé par cette contemplation qu’il en oublie le vieil homme qui lui crie du canapé où il s’est installé :
  • Tout va bien ?
    George déboule alors dans le salon, les deux tasses fumantes à la main :
  • Oui… Excusez-moi, je me suis perdu dans mes pensées…
  • Pas de soucis mais au lieu de réfléchir au temps qu’il fait, tu ferais bien d’essayer de deviner qui je suis…
  • Mais je ne crois pas vous connaître…
  • Pourtant si, crois-moi, nous nous connaissons très bien ! Mais je ne te dirai pas qui je suis… Ce serait bien trop ennuyeux ! Ajoutons un peu de mystère… Tu devras deviner mon identité !
    C’est à ce moment-même que la sonnette retentit une nouvelle fois. Décidément… La journée est loin d’être terminée avec tous ces va-et-vient inhabituels !
    Après s’être excusé auprès de son invité, il se précipite à la porte avec une certaine appréhension… mais, comme il se l’était promis, il ne laisse rien transparaitre de l’incertitude qui l’habite.
    En ouvrant la porte, il découvre une jeune femme d’une trentaine d’années, emmitouflée dans un habit de randonné. Son visage semble être taillé dans la perfection elle-même surtout grâce à des yeux magnifiques, d’un bleu océan dans lesquels n’importe qui aurait envie de se noyer.
    George reste quelques instants bouche-bée face à cette beauté sans égal. Alors, aveuglé par l’apparence de la jeune femme, il l’invite à entrer sans même lui demander quoi que ce soit et surtout sans remarquer que cette fois encore, la neige ne peut témoigner de l’arrivée de cette étrangère qui n’a laissé aucune trace…
    Une fois rentrés, George interroge enfin la femme sur son identité :
  • Je vous ai vite fait rentrée parce que le temps est comparable à la fin du monde ce soir ! Mais du coup, je ne vous ai même pas demandé ce qui vous amenais dans mon humble demeure !
  • C’est moi, je suis confuse, je débarque comme ça alors que l’on ne se connaît même pas ! Vous devez vraiment me prendre pour une folle avec mes vieux habits et mon visage gelé ! Enfin bref, je devrais peut-être me présenter. Je m’appelle Madeleine Hostellet et je suis venue dans votre petit coin perdu pour faire une randonnée avec mes amis mais il se trouve que nous nous sommes, comme qui dirait, perdus de vue ! Du coup, j’étais complétement déboussolée en plein milieu de la forêt alors que la nuit vient de tomber… Et puis, j’ai aperçu votre maison depuis le bois alors j’ai sauté sur l’occasion parce que très honnêtement, je ne suis pas sûre que j’aurais tenu beaucoup plus longtemps sous toute cette neige.
  • Dites donc ! En voilà une histoire ! Ma pauvre, vous avez dû être terrifiée toute seule au beau milieu de… nulle part en fait !
  • Oui un peu mais heureusement j’ai trouvé votre maison à temps monsieur…
  • Oh ! Excusez-moi, j’en oublie de me présenter : je m’appelle George Verdier mais vous pouvez m’appeler juste George.
  • Enchantée alors George !
  • Moi de même Madeleine !
    Alors que les deux jeunes gens continuent de discuter, le vieil homme se lève, vient à leur rencontre et déclare d’un ton sec qui détonne clairement de celui utilisé jusqu’à présent :
  • Bonjour Mademoiselle. Peut-être serait-il bien d’offrir de quoi se rafraichir à madame ? Sans vouloir te donner d’ordre George, bien sûr !
  • Oh ! Oui, vous avez entièrement raison ! Je vais montrer la salle de bain à Madeleine, retournez dans le salon, j’arrive tout de suite.
    George accompagne donc la nouvelle venue à l’étage, dans une chambre très spatieuse avec une salle de bain attenante. Il lui dit d’emprunter ce qu’il lui plait dans une commode placée là. Madeleine remercie donc grandement son hôte avant de se retirer dans la salle de bain.
    George, en redescendant les escaliers, tombe nez-à-nez avec son deuxième invité qui l’attend avec un air grave :
  • Méfie-toi d’elle… Tu lui fais trop confiance en trop peu de temps… Laisse-moi te donner un conseil : ne te laisse pas hypnotiser par son charme angélique ou tu courras à ta perte !
  • Vous ne savez vraiment pas ce que vous dites ! Pourquoi vous croirais-je après tout ? Je vous accueille sans même connaître votre identité alors ne vous avisez pas de critiquer mes fréquentations ou bien vous devrez vous trouver un autre abri pour la nuit !
  • Très bien… Puisque tu l’entends ainsi… Mais tu verras ce que je te dis !
    George est bien trop gentil pour pouvoir ne serait-ce qu’imaginer jeter ce pauvre vieil homme dans le froid en pleine nuit mais en même temps, cet homme n’a vraiment aucune gêne ! Il s’invite chez lui dans des circonstances plus qu’étranges et après il ose le juger ! On marche vraiment sur la tête ! Tout en continuant de déblatérer intérieurement, les deux hommes s’assoient en silence dans le salon où l’hôte allume la télévision pour pallier ce silence pesant.
    Quand tout à coup, l’arrivée de Mademoiselle Hostellet coupe nettes toutes les pensées de George. Il n’a d’yeux que pour elle. Elle est encore bien plus magnifique que tout à l’heure, elle a retiré ses vieux vêtements et a opté pour un simple jean bleu et un pull à col roulé noir. Sa coiffure aussi a changé : ses cheveux noirs sont relevés en un vague chignon qui fait ressortir ses yeux toujours aussi bleus et envoûtants.
    Ce moment d’adoration est celui choisi par le vieillard pour demander à aller se coucher. George trouve d’abord cette idée étrange étant donné qu’il n’est que 19h30 et qu’ils n’ont pas encore mangé mais il ne proteste pas et montre sa chambre à son invité. Il manque cependant de vigilance et oublie de demander au vieil homme son identité tant ce dernier l’a contrarié. Il n’a qu’une idée en tête, que celui-ci s’en aille, mais impossible dans ce froid : il faut attendre le matin !
    De retour dans le grand salon, les deux jeunes gens entament une conversation passionnante, si bien que ce n’est qu’à 21h que George propose à Madeleine qu’ils mangent. Le jeune homme, qui n’avait jamais été très bon en cuisine s’en excuse avant de faire chauffer une casserole d’eau bouillante pour préparer la seule chose qu’il sait faire : des pâtes.
    Alors que Madeleine est assise en silence à la table de la cuisine, elle observe minutieusement le plan de travail, comme à la recherche de quelque chose… Mais George ne remarque pas ce comportement étrange car il est absorbé dans la contemplation du paysage par la petite fenêtre de la pièce, comme un peu plus tôt dans la soirée. La neige qui continue de tomber n’est plus lourde comme quelques heures auparavant, elle semble légère et gracieuse comme si elle pouvait protéger la maison en l’entourant de calme et de quiétude. Le manteau blanc de plus en plus épais est bombé et voluptueux et George n’a qu’une envie c’est aller jouer dedans comme il le faisait étant enfant. Ce tableau qui était si sinistre en début de soirée s’est comme métamorphosé à l’arrivée de Madeleine pour devenir un havre de paix. Jamais George ne s’était senti si bien dans cette maison et il se dit alors : « Et si elle restait, et si elle faisait pour toujours de ce toit un endroit accueillant et magique ? »
    Il n’y a aucun doute possible : George est amoureux. Mais cette soudaine admiration n’est-elle pas un peu étrange ? En tout cas, ce n’est pas ce que semble penser le principal concerné qui imagine déjà se marier avec cette inconnue…
    George pris dans sa rêverie ne se réveille qu’au moment où le minuteur sonne pour lui signaler que les pâtes sont prêtes à être servies. Ils mangent alors tranquillement, continuant leur discussion, le jeune homme toujours absorbé par l’éclat bleuté des yeux de son amie.
    La soirée se déroule ainsi, dans une ambiance détendue et apaisée jusqu’à ce que Madeleine s’endorme paisiblement sur le canapé, la tête posée sur l’épaule de son nouvel adorateur. Ce dernier est alors pris d’un élan frénétique qui le pousse jusqu’à son bureau pour écrire.
    Cette page, restée blanche depuis longtemps, va enfin s’animer sous la plume de George ! Il se trouve inspiré par cette révélation amoureuse comme s’il avait attendu ce coup de génie depuis toujours. Il se met à écrire des pages sans s’arrêter et avec une telle facilité que sa main et son esprit ne semblent plus lui appartenir. Il conte sa rencontre avec Madeleine et la décrit dans les moindres détails, n’omettant aucunes des touches de perfection qui la composent, aucun des reflets émanant de ses pupilles, aucune de ses mimiques adorables. Il veut qu’en le lisant chacun soit capable d’imaginer l’idéal de tous ses traits.
    Alors qu’il finit déjà d’écrire sa cinquième page, il est interrompu dans sa transe par le vieil homme qui ouvre brusquement la porte du grand bureau avant de la refermer aussitôt et de s’écrier :
  • Cela ne peut plus durer ! George, il faut que tu saches la vérité !
    George, surpris par cette soudaine apparition reste alors bouche-bée n’ayant même pas le cœur d’arrêter les délires de ce pauvre fou.
  • Je sais que tu dois me trouver fou et tu as tes raisons, je veux bien l’admettre… Mais écoute-moi, je t’en prie. Le vieil homme arrête quelques instants son discours comme pour obtenir l’approbation de George, toujours muet. D’abord, laisse-moi te dire qui je suis… A bien y réfléchir, j’aurais peut-être dû te le dire plus tôt mais tu m’aurais sûrement jeté dehors sans même y penser… Je suis l’officier Simon Chauvet !
    Devant cette révélation, tout revient brusquement dans l’esprit de George jusqu’ici embrumé. Cet homme est bien celui qu’il prétend être et il l’a déjà vu… dans sa tête ! Il l’a créé de toute pièce ! Il a lui-même imaginé ce personnage bougon, ce vieillard qui est bien plus malin qu’il n’y paraît lorsque vient le moment d’élucider le mystère qui a tenu en haleine tous les lecteurs des romans dont il fait partie ! Car oui, cet officier est bien le personnage central des romans de George, il résout les affaires comme personne et l’écrivain l’a créé dans l’optique de le revoir chaque jour dans son esprit comme un ami dont il écrirait les aventures.
  • Mais… Simon… Comment peux-tu être ici ? Tu n’es pas réel…
  • Oui ! Je le sais bien mais je suis venu te rendre visite pour t’aider avec ton roman !
  • Je ne comprends plus rien…
  • Tu n’as pas besoin de comprendre, juste de m’écouter : il faut que tu partes ! Cette femme, elle est le personnage de ton futur roman mais cette fois, c’est toi la victime ! Elle est là pour te tuer ! Regarde les pages que tu viens d’écrire, tu es en train de la créer, tout comme tu m’as créé, moi !
    Avant même que George n’ait le temps de dire quoi que ce soit, la femme fatale qu’est Madeleine, rentre dans le bureau, armée d’un couteau de cuisine volé plus tôt et tue brusquement le pauvre officier. Ce dernier tombe raide sous les yeux horrifiés de George, qui a l’impression de perdre un ami de longue date. Mais il ne peut pas se laisser surmonter par l’angoisse qui le gagne car Madeleine traverse déjà le bureau, la lame dans sa direction.
    George, réfléchis ! Vite ! Trouve une solution ! Tu es malin ! Tu peux le faire ! Elle ne te tueras pas aujourd’hui !
    Toutes les possibilités passent alors dans la tête du jeune homme en une fraction de seconde ; quand, tout à coup, il se souvient d’une chose… Il n’y avait pas de traces de pas et ces deux invités, ce sont des personnages, ils ne sont pas réels ! Tout cela n’est qu’un rêve ! Et dans les rêves, on ne peut pas mourir…
    George arrache donc le couteau des mains de la jeune femme et le plante au creux de sa poitrine.
    Il se réveille en sursaut, transpirant et essoufflé, sur sa chaise de bureau. Il fait jour, la neige s’est arrêtée de tomber, il n’y a pas un bruit dans la grande maison, tout semble calme comme après une violente tempête.
    Après quelques minutes d’incompréhension, il se souvient de cette nuit atroce. Quel cauchemar ! Comment a-t-il pu imaginer de telles horreurs ?
    Il baisse la tête sur le bureau et découvre une page toujours irrémédiablement vide, mais, pour une fois, il en est très heureux ! Cela lui prouve bien que toute cette histoire n’était que le délire de son esprit en manque d’imagination. C’est ce qu’il se dit… puis il sort du bureau et arrive dans le salon où il découvre sur la table basse deux tasses encore sales, celles-ci même dont s’étaient servi les « invités » de son « rêve ». C’est impossible !
    Pris d’un élan de panique il se précipite dehors… La neige immaculée de la veille est marquée de petits pas sanglant qui s’éloignent peu à peu de la maison…
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