Dernière dimension

Ecrit par Léa Fabre (2nde, Lycée Sud Médoc de Le Taillant-Médoc), sujet 2. Publié en l’état.

"- Et bien allons-y ! s’écria t-il

"- De quoi parlez-vous lieutenant ? interrogea Fred, le directeur, perplexe.

Rémi s’aperçut qu’il avait pensé à voix haute... Le rouge lui monta aux joues.

"- Et bien, dit-il, vous ne croyez pas qu’il faudrait que je jette un coup d’œil à votre jeu ?

"- Comment dire…, hésita Fred en cherchant ses mots..., c’est qu’il n’est pas encore au point, c’est pour cela que nous avons fait appel à des personnes compétentes…

"- Compétentes ? coupa Rémi, compétentes ? Ce sont des gamins !

Il écarta les bras en désignant les quatre adolescents, qui se recroquevillèrent sous l’éclat de sa voix.

"-Si vous envoyez des enfants dans un jeu « à risque », je peux bien y aller !

En disant ces mots, Rémi se tourna face à l’énorme ordinateur et sans regarder Fred, il continua :

"- Vous ne voudriez pas que ça se sache, pas vrai ? On pourrait vous accuser de tout si on ne retrouve pas la petite. Personne ne croira qu’elle a disparu de cette façon. Je pense que la majorité des réponses sont dans votre jeu.

Cette phrase fut suivie d’un long silence. Puis le directeur, qu’on sentait prêt à éclater, répondit d’une voix rauque, dissimulant mal sa colère :

"- Allez-y, mais je ne suis pas garant de votre sécurité !

Un mince sourire satisfait s’étira quelques secondes sur le visage de l’inspecteur.
Après bon nombre d’essais infructueux, il se résigna à demander de l’aide pour enfiler le casque et programmer la partie. Un des adolescents se leva, et sans un mot régla les paramètres et lui posa des électrodes sur le crâne. Juste au moment de lancer le jeu, le gamin qui de près, lui paru plus âgé, lui murmura à l’oreille :

"- Bonne chance. Nous ne pourrons pas communiquer mais tous vos mouvements seront retransmis par la caméra de l’écran, donc pas de bêtises.

Il hésita avant de continuer, mystérieux :

"- Une dernière chose : faites attention, le virtuel peut être plus dangereux que le réel.

Et le jeu débuta.

Tout d’abord ce fut le noir complet, puis une lumière aveuglante. Il se retrouva assis par terre au milieu d’un bois. Il était vêtu d’une chemise en toile crasseuse, d’un pantalon troué et de mocassins trop serrés. Quelle ambiance, on s’y croirait vraiment, pensa-t-il en se regardant. Il en aurait presque ri tellement il se trouvait ridicule dans cet accoutrement. Qu’est-ce qu’il faisait là, à chercher une fille perdue dans un jeu vidéo ? Ça n’avait pas de sens. C’est alors qu’il aperçut une montre digitale à son poignet. Pas trop d’époque, remarqua-t-il. Mais ce qui le préoccupa le plus c’est ce qu’il y avait dessus : « niveau n°1, trouver le village, attention... »
Il y avait une petite icône dessinée après, mais impossible de savoir à quoi elle correspondait. On aurait dit une épée, ou une massue, il ne savait pas trop... Il fronça les sourcils. Il aurait dû écouter les informations des gamins tout à l’heure, mais comme d’habitude il n’avait pas pu attendre.

Bon, de toute façon je n’ai pas le choix ; alors c’est parti, on verra bien. Au pire je recommencerai du début, se rassura t-il. Voilà un avantage des jeux vidéos : on a toujours plusieurs chances, on peut se faire tuer une fois, trois fois et repartir frais et dispo.

Il marcha tout droit pendant dix minutes. Au début, c’était comme s’il était dans le corps d’un autre, pas très confortable et long à réagir à ses demandes. Il en devenait maladroit et il finit par se prendre le pied dans une racine. Et Boum ! Il s’écrasa face contre terre. La douleur le submergea au niveau de la cheville. Mais comment était-ce possible ? Il ne pouvait pas avoir mal, son corps était toujours dans la salle assis sur un canapé ! Pourtant la douleur était bien réelle.

Crac ! Il se releva d’un bond. Sa cheville lui rappela brutalement qu’elle n’appréciait pas ce traitement. Cinq hommes d’une trentaine d’années l’encerclaient. Il sentit la peur affluer sous sa peau, son cœur battre plus vite. Ils étaient armés de longs couteaux de chasse, une lueur menaçante dans leurs yeux vides...Bip !Bip ! Il regarda sa montre :

« armes mortelles n°1, 5 adversaires, expérience 0, armes en possession : 0, obligation du recours à la ruse. TR »

Ok, ça ne le rassurait pas du tout. D’après la montre ce serait des adversaires faciles. Sauf qu’il n’avait pas d’armes. Au secours. C’est tout ce qui lui passa dans la tête pendant les trente secondes suivantes. Les hommes chargèrent ensemble, leurs couteaux levés reflétant leurs pupilles vides.

Agir. Agir vite. Un frisson d’adrénaline le parcouru. Il se jeta entre les jambes de celui qui arrivait devant lui, et décocha un bon coup de pied aux endroits stratégiques...il récupéra au passage un long couteau laissé tomber par l’homme.

« Bip !Bip ! « armes en possession : 1, mortelle n°1 ».

Il agrippa une branche basse et se hissa dans un arbre. En bas les hommes se percutèrent et s’effondrèrent avant de disparaître dans une pluie de pixels.

« Bip ! Bip ! « mission n°1 accomplie, TR passé avec succès, passage au n°2 »

Pffiou ! Il soupira. Il s’en était sorti, du moins pour l’instant. Il n’aurait jamais cru qu’un jeu vidéo aurait pu être aussi réel, et aussi physique ! Par contre il ne comprenait pas la signification de « TR ». Sûrement une appellation propre au jeu. L’adrénaline retombée, il sentit un liquide chaud dans sa manche, et un tiraillement violent dans l’épaule le fit tressaillir. Le couteau d’un des hommes l’avait entaillé et, pas de doute, il ressentait la douleur tout comme pour sa cheville qui recommençait à le tirailler. Il sourit. Quelle blague, lui qui depuis deux ans n’avait connu que la routine de petits délinquants cachés dans la ville. Sa ville, dont il connaissait tous les endroits secrets, obscurs. Et voilà qu’il se retrouvait largué dans un lieu inconnu, qui plus est dans un Moyen Age reconstitué !

Quelques minutes à peine après être descendu de son arbre et avoir enveloppé son bras avec un bout de sa chemise, tant bien que mal, il arriva dans un village. Une petite dizaine de chaumières étaient construites de part et d’autre d’un chemin de pierre, dans le souci d’une symétrie inconnue. Des forgerons, des paysannes, des enfants crasseux piaillant, des chiens, et des cochons allaient et venaient sur l’allée, vaquant à leurs occupations quotidiennes. Cette scène semblait normale au premier abord, si l’on excluait qu’elle datait du Moyen Age. Pourtant, à s’y attarder davantage, les personnages répétaient toujours les mêmes gestes, comme s’ils étaient condamnés pour l’éternité à courir après un but qui s’éloignait toujours. Leurs yeux étaient vides, sans expression, sans âme. C’est alors qu’il aperçut une silhouette qui se détachait du reste. Il en était sûr : c’était Lucie ! Elle se retourna, une lueur paniquée brilla dans ses yeux. Elle détala.

Perplexe, il se mit à claudiquer à sa suite, sans espoir de la rattraper. Pourquoi le fuyait-elle ?
Soudain, l’image se flouta, et les personnages se figèrent. Plus aucun bruit ne parvenait à ses oreilles à part un bourdonnement sourd. Qu’est-ce qui se passait encore ? Il était encore libre de ses mouvements mais le temps semblait arrêté. Il regarda sa montre. Elle clignotait, et le niveau du jeu ne cessait de changer. Tantôt il était niveau 10, tantôt niveau 30. Apparemment quelque chose bloquait le système, mais pas complètement sinon il ne pourrait pas se déplacer. Cette « panne » l’avantageait beaucoup, car la seule personne encore en « vie » à part lui, c’était Lucie.
Clac ! Il sursauta. Intrigué, il se dirigea vers l’origine du bruit. Il se retrouva bientôt devant une chaumière sans porte. Bizarre, bizarre… Il tâta les murs à la recherche d’une poignée, en vain. Il commençait à s’énerver sérieusement quand il vit des traces boueuses, à intervalles réguliers, sur un des murs. Pas de doute, quelqu’un était monté récemment sur le toit ! Il prit appui entre les interstices des pierres et se hissa péniblement à cause de ses membres meurtris sur le toit de paille. Et il bascula !
Il s’attendait à tomber à l’intérieur d’une maison, et il se retrouva dans une vaste salle d’un château. Miraculeusement il n’avait plus mal nulle part, donc il se releva d’un bond. Il regarda le plafond et il resta bouche bée plusieurs secondes essayant de comprendre ce qui venait de lui arriver : le plafond était à quatre ou cinq mètres au-dessus de sa tête, mais surtout il était en pierres.

« Mais c’est quoi ce bordel à la fin ?! », s’écria t-il, au bord de l’énervement.

Il s’avança à l’intérieur, prudemment. Peut-être que la fille était à l’intérieur ? Mais pourquoi l’avoir entraîné ici ? Il entra dans une salle immense, quasiment vide. Ses pas résonnaient sur le sol avec le fracas du tonnerre. Il se plaqua contre le mur et écouta.

Oui, il entendait le bruit d’une respiration irrégulière autre que la sienne, essoufflée. Là ! Derrière une énorme armoire, quelque chose avait bougé ! A moins que ce ne soit l’ombre du bureau ? Il balaya du regard la pièce.

"- Calme-toi, respire doucement…, réfléchis !

La salle devait faire environ une centaine de mètres carrés . Quelques meubles y étaient éparpillés, abîmés et certains retournés, comme si un combat féroce avait eu lieu un instant plus tôt.

Bon, on bouge tout doucement, pensa-t-il, et on s’approche tranquillement de la source du bruit.

Il n’était qu’à quelques pas de l’armoire, quand la respiration s’arrêta. Il se figea, les muscles tendus prêt...à quoi justement ?

Un craquement sinistre retentit. L’armoire se mit à tanguer dangereusement, et s’abattit dans un fracas assourdissant. Rémi eut tout juste le temps de se décaler avant que le meuble ne s’écrase au sol. Une ombre blanche bondit de derrière l’armoire : Lucie. Cette façon de courir sans presque toucher le sol, était tellement étrange ! Il lui courut après, jusqu’à arriver au bout d’un couloir étroit où réussit à la bloquer. Elle se retourna doucement et le fixa dans les yeux. Pour la première fois il put l’examiner du regard. Ses yeux brillaient d’une lueur étrange, comme possédée, et ses cheveux châtains, électriques, étaient hérissés autour de son visage. Elle portait une robe blanche. Elle paraissait être adulte, loin de l’adolescente décrite par les témoins. Mais surtout, ce qui attira son attention, c’était l’énorme couteau qu’elle serrait dans sa main droite.

Bip !Bip ! « TC. Bonne chance. »

C’était sa montre qui fonctionnait à nouveau. Lucie profita de ce moment d’inattention pour se jeter sur lui. Il para le coup de couteau avec celui qu’il avait récupéré lors de l’épreuve précédente. Non ! Il ne voulait pas se battre, il voulait la ramener !

"- Écoute moi, je ne te veux pas de mal ! Je suis venu te chercher pour te ramener dans le monde réel. Je m’appelle Rémi, je suis policier. Toi, c’est Lucie n’est-ce pas ? »

"- Tuer intrus, lui répondit Lucie, d’une voix métallique

Et elle chargea. Son couteau frôla sa nuque et s’arrêta à quelques centimètres seulement. Emportée par son élan, elle tomba sur Rémi, et ne bougea plus. De longues secondes s’écoulèrent. Rémi repoussa Lucie qui tomba sur le dos, le couteau de l’inspecteur planté dans sa poitrine.

"- Non ! Non ! Qu’es que j’ai fait ?

Il s’agenouilla à coté d’elle en la secouant. Elle ouvrit les yeux, et elle sourit.

"- Lucie c’est bien toi ? Je suis désolé je ne voulais pas,…

"- Chut, chuchota-t-elle, vous m’avez libérée, vous ne comprenez pas ?, c’est moi qui me suis jetée dessus pour redevenir moi même. Elle se mit à parler très vite, C’est une nouvelle méthode de conditionnement. On vous met dans des situations de plus en plus bizarres pour vous éprouver physiquement et mentalement, et ils vous rendent fous pour combattre les prochains. Pour le rendre plus discret, et pour pouvoir recruter plus de monde ils l’ont camouflé en jeu vidéo. » Sa voix prit plus de force quand elle ajouta :

"-C’est une révolution du monde virtuel, un tournant de l’humanité ! Plus besoin d’entraînement réel ! Je me suis portée volontaire pour être le premier humain à le tester. D’ailleurs…

"- Mais pourquoi ?, la coupa-t-il

"- Pour l’armée. Ils veulent des soldats plus performants. »

Elle se mit à cracher du sang.

"- Attendez ! Ne partez pas ! Dites-moi ce que je dois faire pour nous sortir de ce jeu ! hurla-t-il en la secouant.

"- Vous n’avez toujours pas compris ?…, elle hoqueta et reprit difficilement comme si chaque mot était mille souffrances, Pour sortir…, Il n’...y a qu’une seule solution… ; le test final consiste à… à se faire tuer par le prochain candidat pour… revenir… dans...le monde réel. On teste les réf...réflexes…, l’intelligencee. Elle reprit d’un souffle déjà éteint, Et le dernier.. C’est pour dépasser la peur primaire de...l’h...homme : la peur de...la mort…., c’est ce que rr...echerche depu...iis l’invention du mot... « guerre » toutes les ar...mées, ...ce soldat suprêm...e c’est le Graal pour tous les généraux

Son corps fut parcouru de spasmes avant de se détendre dans un dernier soupir.
Rémi se releva sans un mot, les yeux fixés sur la montre de la jeune morte qui clignotait :

"- TM réussi, capitaine Rager-Lucie, retour au bercail.

Et elle se volatilisa dans une pluie d’étincelles.

Bip !Bip ! C’était au tour de la montre de Rémi de clignoter : « prochain test : TM ». Il comprit tout en quelques secondes. « TR », signifiait sûrement Test de Réflexes ou de Ruse, « TC » Test de Compassion, peut être ? Mais qu’importe maintenant : le test final venait de débuter : le Test Mortel. Son corps se contracta d’un coup, et il se prit la tête entre les mains. On ne voyait plus son visage ; pourtant si on s’approchait on apercevait un œil dont une lueur étrange, possédée, brillait au fond de la pupille. Et si on avait l’oreille fine on pouvait entendre un murmure continu à vous glacer le sang :

"- Tuer intrus… tuer intrus… tuer intrus… tuer intrus...

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