En quête du Graal

Ecrit par Marine Montaclair (2nde, Lycée Bellevue du Mans), sujet 2. Publié en l’état.

Il s’avança, un pied devant l’autre et se rapprocha de la machine, ce monstre qui allait dans quelques minutes l’engloutir. Cette chose lui paraissait de plus en plus grande, de plus en plus immonde et terrifiante. Un court instant l’idée de se retourner pour abandonner lui parut alors plausible après tout ! Il n’y connaissait rien en jeux vidéos lui ! Pourquoi se mettrait-il dans ce pétrin ? À cette pensée il crut mourir de honte même si personne ne se doutait de rien juste en avoir eu la pensée le dégoutait. Non mais ! Une jeune fille morte de peur était coincée à l’intérieur de ce jeu et il ne pensait qu’à prendre la fuite ?! Soudain sa démarche qui était jusque là hésitante se fit plus ferme et c’est d’un pas décidé qu’il gagna la bête. Il enfila le casque lui permettant de partir dans son monde, tâta son téléphone à l’intérieur de sa poche et ferma les yeux...

Un vent glacé lui fit ouvrir les paupières... Il était seul. L’endroit était inconnu, d’un mouvement brusque il se retourna : Rien. Un paysage tout blanc, d’un pas hésitant il s’avança. Malgré l’effet de vide le sol restait à la même hauteur, soudain au milieu de tout ce vide une voix résonna dans sa tête : « Seul. Tu es seul. Tu seras toujours seul, Rémi. » disait la voix. C’est alors que le sentiment de solitude qu’il avait ressenti jusque là se fit encore plus intense, la panique monta ainsi que l’adrénaline, cette sensation de toute puissance qu’il détestait, de se croire invincible alors qu’il n’était rien de plus qu’un simple pion sur un tapis de jeu. La panique pris le dessus et la voix ne cessant de répéter ces trois phrases horribles, Rémi se mit a courir dans l’autre sens. De retour dans le monde en couleur, le policier essaya de se calmer et de reprendre ses esprits.
Lorsque la sérénité lui revint la voix avait disparue.

Il leva les yeux et fut pétrifié par la vue du paysage qui se déroulait devant lui, une voiture abandonnée gisait sur le côté gauche de la route US 66, le ciel se partageait entre le jour et la nuit, au loin une chaine de montagne s’étendait à perte de vue... L’idée d’une marche en montagne ne lui plaisais guère il n’avait jamais été un grand montagnard. Résigné il entama sa marche sans prendre garde à ce qui l’entourait. Soudain, alors qu’il rêvassait à sa dispute avec son seul et unique ami, son pied s’enfonça dans une matière molle, sous l’effet de surprise il trébucha et tomba. Ses mains qui l’avaient retenu lors de sa chute encadraient un mot écrit par terre : Seul. Il se redressa d’un bon et fixa l’endroit où se trouvait quelques instants auparavant ce mot maudit mais l’écriture avait déjà disparue.

C’est alors qu’il se rendit compte que le goudron sur lequel il avait marché auparavant avait été remplacer par du sable. Il avais pourtant marché vers la montagne, il se tourna brusquement vers la gauche, au loin il pouvait apercevoir la chaine de montagne qui lui avait tant fait peur et la voiture égarée ainsi que la route US 66. Effrayé, il contempla alors le nouveau décor qui l’entourait : du sable, du sable et encore du sable. Seule une énorme pyramide résidait à quelques centaines de mètres en face de lui. Alors que ce décor lui paraissait à peu près banal, ou du moins réel, quelque chose le dérangeait, cependant il ne trouvait pas quoi. Agacé, il décida d’étudier le paysage qui se préparait à envahir l’espace, puisque d’après ce qu’il avait remarqué les paysages tournaient. Il se tourna donc vers la droite, à l’horizon on pouvait apercevoir de nombreux gratte-ciel : New-York ! Ce petit tour dans le monde virtuel allait finalement lui faire faire le tour du monde ! Il tourna la tête pour observer la pyramide, c’est seulement à cet instant que la chose qui l’avait troublée quelques minutes plus tôt se révéla et sous le choc il tomba en arrière et se protégea de ses mains. Au bout d’un instant, alors qu’aucun objet ne l’avait écrasé comme il le redoutait il se releva et découvrit en partie cachée par la pyramide, la lune, ce n’était une simple lune, elle était énorme, gigantesque, grandiose ! Devant une telle splendeur il resta pétrifié sur place.

Alors qu’il était en pleine contemplation la voix surgit dans son esprit : « Tu veux retrouver Lucie ? Mais tu es perdu. Complètement perdu et tu es seul... Seul... Seul... S-s-s-s-s-s-seul. »

Revenant d’un seul coup à lui Rémi suffoqua comme s’il avait oublié de respirer depuis trop longtemps. Lorsque sa respiration se fit régulière, il se rendit compte que la voix avait raison, il était perdu et en plus de cela il n’avait aucune trace de Lucie. D’un seul coup la panique qui l’avait quitté jusque la revint brutalement, des milliers de questions ce bousculèrent dans son esprit : « Et si Lucie avait été transporté mais dans une autre partie de jeu ? Si le jeu dans lequel elle était était beaucoup plus violent que son jeu, son monde ? Après tout il ne savait même pas si elle était encore vivante ! Il aurait dû demander des preuves ! C’était peut-être une perte de temps ! Et puis qui était-elle pour lui ? » Parmi tout ce vacarme qui hurlait dans sa tête la voix ne cessait de parler. Affoler, par ses pensées de plus en plus sombres, des pensées qui ne lui ressemblaient pas il s’effondra par terre, cette chute fit taire tous ses tourments. Il poussa un soupir de soulagement. Alors qu’il regardait assis dans le sable la pyramide glisser doucement vers la gauche il vit un message écrit par terre. Alors qu’il allait se précipiter pour le lire, il hésita : Et si c’était encore ce mot qui ne cessait de le suivre depuis son arrivée dans le jeu, ce mot terrible mais vrai : Seul ? Malgré ce doute, la curiosité l’emporta. Dans un geste précipité et maladroit il s’agenouilla auprès du message et lu : « Ce jeu est un monstre. Un monstre sans scrupule. Aidez-moi. Sauvez-moi. » Par un miracle quelconque ces phrases était signées « L ». A ce moment précis une euphorie incontrôlable s’empara de Rémi et il partit dans un fou rire de soulagement : Lucie était peut-être encore en vie, elle était dans la même partie de jeu que lui et elle était passée par là ! Le fou rire du jeune policier s’étrangla dans sa gorge, tandis qu’il se sentait comme aspiré de l’intérieur : Le jeu lui volait sa première dose d’humanité... Il perdit connaissance.

Lorsqu’il ouvrit les yeux le paysage avait encore changé, il n’était pas à New-York, non, d’après ce qu’il pouvait voir et sentir, un liquide froid revenait sans cesse lui mouiller les cheveux, ses mains placées le long de son corps pouvaient aisément s’enfoncer dans ce qui semblait être du sable, le soleil étincelait dans le ciel, tout semblait normal. Au bout d’un certain temps il se redressa et s’assit, il prit alors conscience qu’il se trouvait sur une plage bordée de palmiers et autres arbres tropicaux. Soudain il se rendit compte que pour la première fois depuis le début du jeu il était dans un décor réel, rien ne semblait être anormal, aucune lune énorme, le ciel ne se partageait pas entre la nuit et le jour, ce paysage était réel. Tout à coup, alors qu’il était tourné vers la forêt tropicale, un bruit d’eau le sortit de ses pensées, son sang se figea et tout doucement il tourna la tête tout en fermant les yeux fortement. Lorsque sa tête fut tournée au maximum il décida d’ouvrir les paupières :

− COUCOU !!!

Une jeune fille, aux cheveux blonds trempés avait surgi de nulle part ; sans réfléchir il se propulsa en arrière le plus loin possible de cette créature tombée du ciel. Cependant, malgré la peur qu’elle avait causer, l’étrangère ne se démonta pas et continua de parler devant le regard terrifier de Rémi, qui assis sur le sable était pétrifié :

− Je m’appelle LUCIE, Lucie, Lucie ! Qui es-tu ? Je suis Lucie, Lucie, Lucie !

Peu à peu le jeune policier reprit ses esprits et entreprit d’observer la jeune personne sans prendre garde à se qu’elle disait puisque c’était toujours la même chose ; cette fille était finalement sublime après observation, malgré ses cheveux mouillés qui tombaient comme une gorgone sur son fin visage, ses yeux azur ressemblaient à un immense océan, elle était d’une beauté parfaite : cependant elle semblait avoir perdu totalement l’esprit :

− Alors qui es-tu ? Qui es tu ? Tu vas me le dire ? Je suis Lucie !! Lucie ! C’est mon prénom ! LUCIE !

− LUCIE ! OUI ! LUCIE ! C’est toi ?

Alors que cela faisait peut-être cinq minutes qu’elle répétait son prénom, il ne réagissait que maintenant !

− Lucie ! Viens ! Viens avec moi ! Nous rentrons ! Nous partons de ce jeu de malheur !

− Oui ! Oui ! Lucie c’est moi ! Ce jeu est super !

Lucie répondait d’une voix enjouée presque joyeuse et elle avait entrepris de sauter partout autour de Rémi, plein d’espoir. Soudain son humeur changea, elle se calma et dévisagea le jeune homme d’un regard perdu :

− On est encore dans ce jeu, pas vrai ? On ne va jamais en sortir !

Désorienté par ce changement si brusque, il fit une pause puis répondit :

− Nous sommes encore dans ce jeux mais nous allons en sortir, je te le promet, je connais une sortie ! Viens suis moi !

− Mais qui es tu ?

− Je m’appelle Rémi. Je suis venu dans ce jeu pour te ramener dans la réalité. Et je connais la sortie de se jeu !

Le regard jusqu’à présent si triste de Lucie s’éclaira d’un seul coup.

− Ah oui ? Où ?

− C’est par là suis moi !

Rémi et Lucie commencèrent alors leur marche vers le sud. Le jeune policier prit alors conscience qu’il n’avait aucune idée de combien de temps s’était écoulé depuis qu’il était arrivé dans cet enfer, il n’avait jamais éprouvé le besoin de manger ou même de boire.

Alors que depuis le début de la marche Lucie n’avait pas subitement changé d’humeur, lui commençait à sentir en lui un besoin irrésistible de rigoler, alors il se mit a rire, a rire, sans même comprendre la raison, lorsqu’il réussit à se calmer

Lucie l’observait avec un regard grave :

− Qu’est ce qui s’est passer ? Qu’est ce qui m’a pris ? Demanda-t-il
Les yeux de la jeune fille était remplis de tendresse, elle répondit calmement :

− J’appelle ça l’Absorption. C’est lorsque le jeu te prend une partie d’humanité plus importante que d’habitude. Et au lieu de souffrir, tu changes d’humeur... Je ne sais pas jusqu’où ça peut aller mais si nous ne possédons plus d’humanité alors cela signifie que tous nos sentiments ont disparus eux aussi : la colère, l’amour, la tristesse, la honte, la joie, la haine tous ça, anéantis par un jeu vidéo...
Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’elle commença à hurler de colère, de haine.

− De toute manière, pourquoi je te raconte ça ? Tu n’es rien pour moi ! Rien ! Tu n’es qu’un monstre !

Choqué, Rémi décida de l’ignorer et détourna la tête vers le sud. Ce qu’il y vu lui donna de l’espoir, au loin il pouvait voir des champs de campagne avec des bêtes cependant encore plus loin derrière la campagne se trouvait un fond tout blanc : La sortie ils étaient arrivés !! Il commença à courir, suivi de près de Lucie qui continuait malgré l’effort à vociférer des injures contre lui. Lorsqu’ils arrivèrent au Grand Blanc ils continuèrent leur course, peut-être que s’ils venaient dans ce vide immense et qu’ils y restaient ils seraient transportés dans leurs monde le monde réel... Malheureusement cela faisait d’après un temps approximatif, environ une heure qu’ils étaient là dans ce vide et rien, pas la moindre téléportation... Alors devant le regard haineux de Lucie, il se laissa tomber sur le sol et commença à pleuré, ce qui affecta aussitôt la jeune fille qui fut immédiatement prise d’énorme sanglot incontrôlable...

Alors que les larmes ne cessaient de rouler sur les joues du jeune policier, la voix qui ne l’avait pas tourmenté depuis sa rencontre avec Lucie, revint en répétant les même mots que la toute première fois : « Seul. Tu es seul. Tu seras toujours seul, Rémi. ». Le jeune homme se persuada de l’ignorer, car il avait compris : le jeu cherchait à le désespérer ! Déterminé à lui tenir tête, il empoigna Lucie d’une main de fer, se leva et la traina sans ménagement vers les profondeurs du Grand Blanc.

La jeune fille avait arrêté de pleurer et la colère noire qui l’avait quittée revint en force. La marche devenait de plus en plus épuisante et au moment même où Rémi allait abandonner, le désert fut illuminé par une lumière violette et au même moment le jeu ôta une autre partie d’humanité a Rémi ce qui le plongea dans une tristesse infini, les larmes affluèrent et malgré ce désarroi le policier ne renonça pas et tout en trainant Lucie il se mit à courir vers l’étrange lumière.

Toujours sous l’emprise du jeu Rémi gagna un lac, avec une île noire et desséchée. Le paysage était spectaculaire, autour de l’île se trouvaient des nuages violets. Ils lançaient des éclairs violets sur l’île qui les renvoyaient ! Il se précipita dans les eaux glacées, cet endroit ne pouvait être que le centre du jeu, il devait y avoir un échappatoire sur l’île.

Arrivé à la berge, il aida Lucie à prendre pied sur l’île puis la suivit. Au moment où il allait se relever, malgré Lucie qui gesticulait pour se libérer de sa poigne, un éclair frappa Rémi à la cheville : le courant lui traversa le corps et se poursuivit dans celui de la jeune fille, un hurlement se fit entendre puis le silence s’installa. Un portillon de pierres rouges à l’ancienne apparut, précédé de quelques marches et cerné de multiples fleurs. Aux aguets nos héros s’avancèrent, hésitèrent un instant puis la main dans la main, franchirent le portail...

La pièce était noire, seuls les voyants de l’ordinateur clignotaient. Rémi se releva sans un mot, contrairement à Lucie qui, sortant de sa torpeur, recommençait à l’insulter. Soudain une voix grave et lointaine résonna, une voix inconnue, une voix humaine, une voix réelle !! La jeune fille à ses côté poussait encore quelque injures haineuses puis commença à hurler. Aussitôt la voix grave et rassurante cessa, des pas précipités dans des escaliers se firent entendre, et un instant après la lumière illumina la pièce. Ils étaient chez eux, sur Terre. Rassuré par la familiarité de la pièce Rémi s’autorisa à fermer les yeux : il sombra instantanément dans un sommeil sans rêves.

Lorsqu’il se réveilla on lui apprit que Lucie faisait des séances de thérapie et que lui aussi en subirait mais ce qui le choqua le plus fut d’apprendre la date : Lundi 4 Octobre 2025.

Il était parti dans le jeu le : Jeudi 15 Février 2015.

Dix ans, seul à la recherche de son Graal : Lucie.

Chargez la grille des programmes
(Fichier PDF - 169.5 ko)
Téléchargez le catalogue
(Fichier PDF - 3.6 Mo)
Consultez le catalogue en ligne
(Fichier PDF - 3.6 Mo)