I was made for...

Ecrit par Rose Moreau (4ème, Collège Noé Lambert de Nantes), sujet 2

Ses doigts tremblants prennent le casque avec une détermination courageuse.

- Ah ! Une dernière chose ! ajoute Fred, vous savez que vous entrez dans un jeu virtuel. Si vous voulez retrouver Lucie, vous serez obligé de réussir les épreuves du jeu… Vous êtes considéré comme un simple joueur ou testeur une fois avoir enfilé le casque, il nous est donc impossible d’interrompre New Graal sinon vous revenez immédiatement dans cette salle.

En plus d’une gamine à retrouver, Rémi doit passer les épreuves !
Le lieutenant considère Fred d’un regard mauvais.

Les mains crispées sur le casque chargé d’une multitude de fils et d’une visière d’un noir opaque se soulèvent pour ajuster l’instrument sur son crâne. Il jette un dernier coup d’œil aux frêles gamers postés autour de lui avant de rabattre sa visière d’un coup sec. Le jeune homme perçoit un décompte annoncé par une voix féminine dans l’oreillette interne du casque. Et sombre soudainement entre réalité et virtualité, qui le fait tourbillonner dangereusement.

Rémi trébuche soudain et se retrouve face contre terre au beau milieu d’un paysage à l’atmosphère terreuse et abandonnée dont l’horizon est flou. Des galets plats de couleur ocre sale flottent dans l’air étouffant. Il se met à explorer désespérément des yeux des indices lui permettant d’accéder à la trouvaille de la prénommée Lucie.
Tout à coup, un jet bouillant frôle son mollet et déchire une bonne partie de son pantalon. Rémi se retourne brusquement pour identifier son premier ennemi. Un énorme reptile de trois mètres de long s’avance sur ses quatre pattes avec une rapidité surprenante, si près du sol que l’illusion de le voir ramper devient saisissante. Ses écailles souples et glaiseuses se retroussent pour laisser place à une gueule rejetant une langue bifide et des cris rauques, comme si ses cordes vocales fussent abimées par l’acide qu’il rejette.

Désemparé, Rémi recule, à la recherche d’une arme défensive. Le jet fatal de la bête l’évite de peu une seconde fois et manque de lui arracher l’avant-bras. Une brève douleur le sauve : le caillou en suspension qui le heurte à l’arrière du crâne devient une arme redoutable. Agrippant d’une main vive le lourd galet et caillassant l’animal, il vainc l’ennemi virtuel de justesse.
Rémi songe aussitôt à Lucie. Si son cadavre déformé par l’acide du dragon ne gît pas sur le sol terne, la jeune fille a sans doute dû échapper au poison et aux griffes de ce monstre.

Le jeune policier repart d’un pas souple en direction de l’inconnu.
Une tour se dessine dans la brume artificielle et les lourds nuages gris qui planent dans le ciel s’estompent. Rémi aperçoit un petit balcon sur lequel se prélasse une fort jolie dame aux yeux noisette. A la vue de cette occupante, il plonge dans une ambiance médiévale à l’atmosphère silencieuse et aux couleurs délavées. Avant même que la dame courtoise n’ouvre la bouche, Rémi se doute de l’épreuve. Devoir escalader le balcon à mains nues tel un Roméo fou ou faire apparaître une rose rouge de sa manche suffit à remporter l’épreuve ? La voix douce de la damoiselle s’adresse à lui.

- Je ne peux sortir de cette tour mais il m’est possible de t’aider. Je t’offre un indice pour la suite de ton expédition si, seulement, tu me chantes l’amour.
Rémi réfléchit un instant. Il ne connaît qu’une chanson d’amour et, après tout, il n’a rien à perdre… Il s’élance alors et entonne de vive voix :

I was made for lovin’ you baby
You were made for lovin’ me
And I can’t get enough of you baby
Can you get enough of me

L’originalité de la chanson et la langue incompréhensible séduisent la demoiselle, qui, au bout de quelques secondes de silence lâche une petite forme ronde et plate que Rémi attrape au vol.

C’est un petit miroir rond cerclé de fleurs en terre cuite au pistil étincelant d’émeraudes et de saphirs. Le jeune homme relève la tête, interloqué mais à la place de la tour se trouve une silhouette d’une étrange couleur verte. Les cheveux châtains ébouriffés par le vent qui s’est levé, le pas lent, Rémi s’avance vers la forme anguleuse à l’aspect pacifique. Il reconnaît l’armure de chevalier qui se tourne mécaniquement vers lui et déclare de sa voix caverneuse :

- Aide-moi et je te guiderais.

Rémi surpris par la brusque proposition du chevalier répond poliment :

- Que puis-je faire pour vous ?

La voix rauque filtrée par les trous du heaume reprend :

- Aide-moi à enlever mon casque qui est si rouillé que depuis des années personne n’a réussi à le défaire et je te mettrai sur la piste de ta recherchée.
Le jeune officier examine le contour du heaume et aperçoit de minces boulons de forme ovale et rongés par la rouille sur la nuque de l’armure. Il frotte avec un bout de sa manche la poussière déposée sur les boulons et fait travailler ses ongles pour dévisser les petites vis oubliées par le temps. Rémi tire d’un coup sec sur le casque vert absinthe qui cède difficilement.

- Maintenant tourne-toi, je vais te donner ton indice.

Rémi se poste de dos au chevalier et se retourne à son signal.
Choqué, la surprise de l’indice le fait vaciller. Le heaume cache le parfait clone de Rémi, comme si il se regardait dans un miroir … Le jeune homme reste les yeux écarquillés d’effroi tandis que son reflet lui sourit et s’efface peu à peu, ainsi que l’armure.

Tout se chamboule dans sa tête. Un miroir, à quoi peut-il l’aider à trouver Lucie ? Il ne peut que lui afficher son reflet … En parlant de clone d’ailleurs, il avait été bouleversé de se voir sans y avoir été prévenu. Si seulement il avait pu trouver des indices le mettant sur la piste de la jeune gameuse… Le chevalier aurait dû lui révéler la tête de Lucie, cela l’aurait bien avancé !

Il reprend sa route, sans perdre la trace de la disparue et arrive bientôt devant un énorme sphinx qui fouette l’air de sa queue de chat.
Son corps de félin crème et argenté mesure trois mètres de hauteur. Son profil grec et la beauté de son buste féminin porté en avant sont encadrés par une magnifique paire d’ailes à l’aspect victorieux d’une Samothrace particulièrement sauvage. Un magnifique collier Plastron de bleu et de métal pare sa poitrine nue. Lorsqu’elle voit arriver Rémi, elle s’assoit sur ses pattes, baisse la tête à sa hauteur et lui parle d’une voix douce, emplie d’un soupçon de cruauté :

- O jeune étranger, derrière moi se trouve ton Graal, les réponses à tes questions et l’aboutissement de tes recherches. Tu ne pourras passer que si tu trouves une réponse à mon énigme. Si tu échoues, je te dévorerais. Tu as bien entendu le droit de rebrousser chemin dès maintenant.

Excité par le Graal trônant derrière le sphinx, Rémi accepte presque immédiatement l’épreuve du mythologique animal qui commence de sa tendre voix :

En avant se trouve l’aboutissement,
En arrière se place le salut.
Qui cherches-tu
Dans ce vaste monde perdu ?
Que connais-tu
De ta disparue ?
Je suis la réponse à tes questions
Cherche-moi
Cherche-toi.

Tout bascule soudain et la voix mielleuse du sphinx s’évanouit.
C’était lui qui était visé. Lui qui devait tester New Graal. Lui, le policier entraîné à survivre en toutes circonstances. Lui, le joueur idéal. Il était le chien courant après sa queue. Lucie n’existait pas et n’était que le prétexte pour le faire sombrer dans ce piège virtuel. Il sent alors son corps basculer, puis tomber lourdement sur le sol terreux, sa conscience se perdre et ses paupières se fermer.

Un ultrason. Rémi se réveille sur le sol froid de la table circulaire en pierre de la salle où le jeu a démarré. Son casque blanc est posé près de lui et le jeune homme peine à s’asseoir. La pièce n’est qu’un vent de silence inquiétant. Rémi examine rapidement la salle à la recherche des autres joueurs mystérieusement absents tandis qu’un miroir de couleur absinthe tombe de sa poche. Ce dernier se penche pour le ramasser, la mine incertaine, frôlant au passage le genou brûlé et mis à nu par le dragon, qui trouble un peu plus le jeune officier. A plusieurs reprises, il a la pénible impression d’être observé par les innombrables voyants électroniques et la mélodie bourdonnante des ordinateurs. Ainsi il avait trouvé la réponse à la question du sphinx.

Mais avait-il réellement vu cet animal ?

Seul l’ultrason demeurant dans la salle sait répondre à ces questions…

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