Joyeux anniversaire Calliope

Ecrit par COLSON Emma (2 nde Lycée André Malraux de Gaillon)

Joyeux anniversaire Calliope

Elle esquissa un pas à reculons, puis fit une brusque volte-face et s’éloigna en s’efforçant de ne pas courir.

A pas feutrés, lentement, elle se dirigea vers la chambre. La seule pièce où elle se sentait encore en sécurité. Lola s’approcha de sa commode et alluma son poste radio qui diffusait à ce moment-là un morceau de Schubert, un poisson il me semble... Saumon ou… Non c’était La Truite ! Je me souviens maintenant. Ses mains étaient encore moites, sans doute à cause de ce regard qui l’avait tant gênée et qui restait là, gravé dans sa mémoire. Lola s’allongea sur son lit, soupira, et se laissa emporter par la musique puis finit par s’endormir. Elle fut réveillée par un sifflement, elle tendit le bras, éteignit la radio et, tapie dans le fond de son lit, chercha à localiser la provenance de ce bruit. Elle décida de se lever et s’approcha doucement de la porte. Après un moment d’hésitation, elle posa sa main sur la poignée. Lola hésita encore quelques secondes et entrouvrit la porte. Elle jeta un rapide coup d’oeil à la pièce qui jouxtait sa chambre.

A priori la silhouette était partie. Pourquoi ? Beaucoup de questions vinrent se bousculer. Pourquoi l’épiait-on ? A bien réfléchir, Lola n’avait perçu aucune agressivité de ladite silhouette. Seulement, cette omniprésence l’avait envahie d’une profonde indisposition. Lola fit un pas en avant et se pencha afin d’avoir une vue complète sur la cuisine. Elle était vide. Méfiante, elle avança et vit qu’elle avait simplement oublié la théière sur le gaz. Elle s’en empara et se servit une tasse. C’était son petit rituel du mercredi après-midi, une petite tasse de thé pour se réchauffer.

Lola travaillait comme ouvrière et n’avait malheureusement que le mercredi après-midi et le dimanche pour se reposer. Mais elle aimait ce qu’elle faisait, c’était le principal. Depuis son enfance elle avait toujours envisagé de vivre dans un milieu rural, loin du bruit de la ville et de la fumée qui s’échappait des automobiles. Lola avait été élevée dans une maison située au milieu des champs où vivaient quelques âmes, qui comme elle, chérissaient chaque jour passé dans ce cadre de verdure resté vierge. Ses parents lui avaient toujours appris à respecter la nature, m’avait-elle dit, car la nature c’est quelque chose d’unique, de puissant et de pourtant si fragile. Lola n’était pas vraiment grande, elle avait de longs cheveux bruns et de grands yeux bleus. Je n’avais jamais vu quelqu’un d’une telle beauté. Elle ne portait que des robes, souvent bleues et agrémentées d’une jolie broche qu’elle tenait d’une lointaine aïeule. Elle avait ce sens du devoir de mémoire qui faisait d’elle une véritable encyclopédie de sa famille. D’ailleurs ce jour-là, elle avait rendez-vous avec ses cousins qui adoraient par-dessus tout l’écouter raconter des histoires… Des histoires familiales, forcément ! D’humeur nostalgique, elle envisageait de narrer comment sa grand-mère rencontra son grand père sur le marché local…Mais ça c’est une autre histoire.

Elle saisit sa tasse et prit place à table. Quand tout à coup elle entendit sonner. D’un bond elle se leva et se précipita vers la porte d’entrée. Allait-elle ouvrir ou fermer la porte à clé ? Je dois vous avouer que moi-même j’ai hésité. Finalement elle se résigna et ouvrit. Paul et Hippolyte étaient là, sur le seuil de la porte, trempés. Elle les fit entrer et leur donna de quoi se sécher et se réchauffer. Lola les appréciait, ils passaient la voir souvent.

Affolés, les garçons ne purent attendre une seconde de plus pour lui annoncer la terrible nouvelle. Dès qu’ils eurent terminés, ils reprirent leur affaires et partirent aussi vite qu’ils étaient arrivés. Lola s’effondra en larmes. Paul et Hippolyte venaient de lui annoncer qu’une menace pesait sur leur petit coin de paradis. De quelle menace s’agissait-il ? Nul ne sait. En tout cas elle devait partir et vite. Elle courut dans sa chambre, prit une valise et y mit tout ce qui lui passait sous la main, quitte à en oublier le nécessaire. Il était impensable d’oublier ne serait-ce qu’une photo ou un souvenir de sa famille. Lorsque sa valise fut pleine, elle quitta la chambre et se dirigea vers la porte d’entrée. Une larme coula. Puis deux. Une avalanche de gouttes salées tombait désormais sur son doux visage.

Les adieux faits, elle empoigna la porte sans parvenir à l’ouvrir. Sans comprendre ce qu’il se passait, et prise de panique, elle cherchait une issue. La fenêtre ! Vite ! Elle se précipita vers elle et se retrouva face-à-face avec une masse vaguement rosée qui vint briser la vitre et chercha en vain quelque chose à dérober. L’énorme chose dévasta tout : le tabouret tomba par terre et heurta le vase qui était posé à côté, et dans son élan, fit également tomber toutes les pelotes de laine dont Lola se servait pour tricoter. Lola poussa un cri strident. Puis tout redevint calme.
La jeune fille s’approcha lentement de la fenêtre et réalisa que la silhouette aperçut un peu plus tôt dans la journée était en réalité un humain. Et qu’ainsi ce qui venait de saccager sa maison était sans doute son doigt. Tout à coup une main s’empara de la minuscule maison de Lola. Avec toute sa vie à l’intérieur. Elle se retrouvait en un claquement de doigt seule sous la pluie sans aucun toit sur la tête.
L’homme la dévisageait avec curiosité. Plus personne ne bougeait. Il n’y avait plus un bruit, tout était devenu froid comme si on ne rirait plus jamais, et que tout le bonheur avait quitté ce monde. Lola était toujours en boule, quand soudain le géant emporta la jeune fille et l’emmena dans sa maison à trois pas d’ici. Sa maison était tout ce qu’il y avait de plus ordinaire, assez grande plutôt jolie d’ailleurs. La porte d’entrée était imposante, elle était ornée d’une couronne de fleurs. Il poussa la porte et laissa découvrir une salle spacieuse avec une gigantesque table qui trônait au centre.
A première vue, cette maison ressemblait à un palace luxueux dans lequel on ne pouvait pas vivre seul. Une personne de la taille de Lola devrait se sentir ridicule devant tant d’espace, pourtant ce n’était pas son cas, non, Lola était surtout impressionnée. L’homme la posa sur la table et partit vers la pièce qui était juste à côté. La jeune fille eût alors le temps d’observer chaque recoin de ce mystérieux château. L’endroit était impressionnant. Lola se sentait comme paralysée. Ses membres étaient mous, elle n’arrivait plus à bouger, et lorsqu’elle essayait d’ouvrir sa bouche pour appeler à l’aide, aucun son n’en sortait. Elle essaya de déployer ses ailes de dentelles afin de s’envoler. En vain. Elle n’arrivait à rien, elle n’était pas en cage, personne ne la retenait, mais elle se sentait prisonnière.

L’humain revint dans la grande salle et s’approcha de la cheminée. Il prit un morceau de bois et le tapa violemment contre le rebord de la cheminée. Le choc fut tellement puissant que la bûche se brisa en deux. La jeune fille sursauta. Une fois le feu alimenté l’homme s’approcha de Lola. Il la fixait avec de grands yeux ronds puis reprit Lola et la déposa sur une énorme chose visqueuse. Qu’était-ce ? Où était-elle ? Ses pieds s’enfonçaient petit à petit dans la masse gluante sur laquelle elle tenait en équilibre.
Elle était entourée d’une multitude d’objets colorés. D’une main lourde elle essayait de pousser ces fleurs et tous ces smarties géants qui la bloquaient, la pauvre fée était totalement paniquée. Lola était encore essoufflée lorsque l’humain reparut avec à ses côtés ce qui paraissait être son enfant. La jeune fée ne bougeait plus et observait la scène. Scène dont elle était l’actrice principale puisque l’enfant n’avait d’yeux que pour elle.
L’homme lâcha un soupir, prit la jeune fille dans ses bras et lui dit « Voici ton gâteau, joyeux anniversaire Calliope » .

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