Jusqu’au bout du rêve (incipit 2)

écrit par Aurélie CANDAU, en 4ème au Collège Pierre Bourdieu à Mourenx (64)

Ils crient dans leur langue et Kasim comprend qu’ils ont besoin d’aide.

Il n’hésite pas une minute, il court rejoindre les hommes qui avaient l’air maintenant désespérés. Le vent glacial de l’hiver lui fouette ses vêtements, l’eau glacée du Meriç lui brûle ses mollets mais rien ne l’arrête. Avec tout son courage il sort de l’eau l’objet non identifié avec l’aide des hommes. C’est trempés et frigorifiés que les trois hommes sortent de l’eau. Il fait nuit noire, la température a baissé d’une dizaine de degrés, une tempête de neige est en train de se lever, les trois hommes sont morts de froid. Mais une petite lueur de chaleur vient éclairer les ténèbres. C’est la mère de la petite famille. Elle éclaire alors l’objet puis surprise, lâche la lampe. Entre les bras de l’homme le plus grand, se trouve un corps. Le corps d’un passager du voyage précédent. La femme regarde alors Kasim et dit :

« – Si nous restons ici nous allons tous mourir de froid, une tempête se lève. Il faut prendre le large.

– Mais il fait nuit et si nous tombons dans l’eau nous mourrons et puis la tempête peut renverser le bateau, répond Kasim. »

La femme parle sa langue mais aussi celle des deux autres hommes. Elle est plutôt petite. Ses yeux sont noirs telle une nuit sans lune et sa chevelure frisée tombe sur ses épaules. Elle a un magnifique sourire mais aussi le courage d’une lionne prête à tout pour protéger ses filles.

« – Si nous restons ici nous mourrons ensevelis sous la neige. Le fleuve est notre seule chance. Soit il sera notre tombe soit notre salut. Le passeur nous a porté le radeau quand vous étiez dans l’eau pour sortir le cadavre. Maintenant messieurs faites votre choix. »

Kasim se met à réfléchir puis décide de suivre la famille et les deux hommes sur le fleuve maudit.

Ils sont sept, vaillants et inconscients. La tempête s’accélère, le courant augmente et par endroits le bateau ne peut pas passer bloqué par la glace. Kasim pagaye de toutes ses forces luttant contre les éléments naturels. La neige tombe sur sa chevelure brune et lui pique son visage. Les forces commencent à lui manquer tellement le courant est fort. Le bateau devient maintenant très difficile à diriger. Il tourne, se cogne sur les parties glacées, et dérive toujours. Le fleuve devient un océan, le vent tellement fort crée des vagues gigantesques et terribles.

C’est la panique à bord, les deux hommes les plus costauds essayent de hurler des ordres à Kasim. Mais celui-ci ne les entend pas car le vent et la neige coupent le son de leurs voix. Les fillettes sont en larmes, la neige recouvre la moitié de leurs corps, elles sont en train de mourir de froid. Leur mère du nom de Myriam les serre contre elle essayant de leur fournir toute la chaleur nécessaire à la vie. Le père quant à lui, veut aider les trois hommes, il lutte contre la neige, le vent et les vagues. Tout d’un coup le bateau s’arrête prisonnier de la glace. Kasim le sait ,s’ils n’avancent pas ils mourront. Il faut briser la glace mais elle est trop solide. Jonathan un des deux hommes costaud monte sur la glace pour la briser. Kasim lui hurle de ne pas y aller mais l’homme ne comprend pas sa langue. Il coupe la glace et le bateau avance.

Mais d’un coup la glace se brise sous le poids de Jonathan. Il tombe dans l’eau glacée et meurt asphyxié par le froid. Robin, son frère, qui est le plus grand des deux, pousse un cri désespéré qui s’enfonce dans la nuit et se perd sous la tempête. Finalement le bateau sort de son piège.

Rien ne va plus, le courage et l’espoir du départ ont totalement disparu laissant place à la désolation. Seul Kasim ne perd pas espoir. Baisser les bras c’est mourir. Peut- être une lumière existe au bout de ce chemin tout noir et sans fin.

Malheureusement pour les six aventuriers la tempête augmente et touche à son apogée. Le vent augmente, les vagues deviennent de plus en plus grandes et la neige tombe en abondance. C’est en rampant que le père avance pour aider Kasim et Robin. La neige tombe sur son visage et le brûle. Même s’il faisait jour il n’aurait rien vu. Le pauvre malheureux se relève croyant avancer dans la bonne direction. Mais aveugle, il ne voit pas le bord du bateau qu’il percute et il tombe à l’eau.

Les minutes passent et personne ne semble s’apercevoir de la disparition du jeune père de famille. Mais au bout d’un moment Myriam qui attend son retour trouve étrange qu’il ne revienne pas. Inquiète elle s’avance à tâtons pour retrouver celui qu’elle aime. Quand enfin, elle arrive au bout du radeau et touche Kasim et Robin sans percevoir la forme de son mari, son cœur se déchire et ses larmes coulent sur ses joues mâtes couvertes d’une neige immaculée et glacée qui la ronge inlassablement. Mais ses larmes ne sont même plus des larmes en tombant elles se transforment en glace comme son cœur. Elle s’approche alors de Kasim et avec quelques paroles désespérées lui fait part de la mort de son mari.

Les minutes passent et la tempête ne diminue pas. Yasmina serre sa mère de toutes ses forces et essaye de ne pas pleurer pour montrer l’exemple à sa petite soeur Djamila. Mais dans une rafale de vent tous son corps se paralyse. Devant le bateau apparaît une immense vague prête à tout avaler.

« – Cramponnez vous, ça va secouer ! hurle Kasim. »

Juste avant que la vague ne s’écrase, Kasim se jette sur la mère et ses filles pour les protéger. Avec un choc terrible la vague ravage tous les biens du bateau. Par chance il ne se reverse pas. Robin qui était à l’avant, est emporté par le tsunami et sombre tel un navire au fond du fleuve. Kasim ouvre les yeux. Il est trempé, la barque est inondé mais il est en vie. Il jette un regard à Myriam et à ses filles. Son cœur s’emplit de joie, elles sont sauvées, il les a sauvé. Puis il se met à chercher Robin. Une larme coule sur sa joue. Robin et lui ne se connaissaient pas beaucoup, ne se comprenaient même pas mais néanmoins il était devenu un ami, un compagnon d’aventure. Ils avaient combattu ensemble pour survivre, ils avaient souffert ensemble. Ils étaient totalement différents mais étaient dans la même galère et avaient le même objectif. Un lien étroit était né entre eux.

Plusieurs minutes passent quand enfin la tempête cesse. Kasim est soulagé mais il est à bout de forces et son corps est frigorifié. Chaque mouvement le paralyse d’une douleur intolérable. S’il tordait ses doigts, ils se briseraient sûrement. Le fleuve est calme, la neige ne tombe plus et le vent est maintenant faible.

Le cauchemar semble fini mais en réalité, il est encore bien présent. Pendant la tempête les jeunes aventuriers n’arrêtaient pas de bouger sur le bateau pour ne pas tomber à l’eau. Mais maintenant ils ne bougent plus, et le froid s’empare d’eux. Des stalactites et des stalagmites apparaissent sur leurs vêtements, leurs paupières se ferment lentement leur offrant une mort douce et sans souffrance. Kasim se reprend, ils sont en train de mourir. Il ne faut surtout pas qu’ils dorment. Il sait que les petites sont épuisées mais il est hors de question qu’elles dorment. Myriam regarde Kasim et dit :

« – On va tous mourir, je suis exténuée et les petites aussi, nous n’arriverons jamais à tenir. C’est de ma faute si nous n’arrivons pas à destination. C’est moi qui ai décidé de partir sur ce fleuve.

– Tu as eu raison là bas nous serions morts aussi. Autant tenter sa chance.

– Tu es courageux Kasim et j’admire ton courage. »

Elle lui sourit. Alors il décide de leur raconter son histoire en attendant le lever du soleil pour ne pas qu’elles s’endorment. Myriam, elle aussi, raconte son histoire et celle de son mari.

« – Il faut que je te dise quelque chose Kasim, je suis enceinte. Samy et moi-même devions lui donner ensemble un prénom européen mais il est mort. Je veux que tu lui donnes son prénom car tu m’as sauvé la vie au moment de la vague, tu as aussi sauvé la sienne. »

Il la regarde, ému, puis dit :

« – Samy en hommage à son père. Pour qu’il porte avec lui son courage. »

Myriam serre Kasim dans ses bras. Il est surpris mais très heureux.

Le soleil se lève laissant apparaître des couleurs magnifiques. Les rayons éclairent la berge et la glace qui brillent de mille feux. Un ciel paradisiaque survole un fleuve glacé. Des nuages cotonneux semblent flotter sur un ciel framboise et doré comme le miel. A quelques mètres de la berge dans le fleuve se trouve une petite barque qui contient quatre personnes. Ces personnes ferment les yeux éblouis par les rayons du soleil qui luisent sur la glace. L’Europe semble être le paradis. Une épaisse couche de neige recouvre toute la nature qui semble s’éveiller. Un oiseau sautille sur la glace tout en ébouriffant son plumage. Il laisse des petites traces de pattes qui forment un dessin sur la neige.

Kasim ne tient plus en place, il est émerveillé par ce paysage qu’il ne connaît pas. De jour, la neige lui semble incroyablement belle, et cette Europe dont il a tant rêvé est tout droit devant lui. Elle semble lui murmurer des mots doux.

Kasim je t’attendais. Viens, rejoins moi.

Ces murmures ne peuvent que remplir son coeur d’une joie immense. Mais une main froide le fait sortir de ses pensées. Il se retourne pour demander ce qui se passe. Myriam le regarde catastrophée. Djamila s’est endormie et ne se réveille plus. Kasim tente le tout pour le tout. Depuis la mort de son père il la considère comme sa fille. Il la remue, l’appelle lui fait même un bouche à bouche, mais rien à faire. Puis finalement la petite fille ouvre les yeux. Kasim heureux et soulagé la prend dans ses bras en souriant.

Un obstacle à franchir avant de toucher terre. Kasim est heureux mais à la fois apeuré par ces plaques de glace entre lui et la terre. Il ne peut même pas demander de l’aide, les gens dorment encore. Il décide de traverser la glace en premier pour la tester. Myriam veut l’en empêcher mais rien à faire il a pris sa décision. Il se lève et part sur la glace qui ne cède pas. Alors il se met à courir tombe puis se relève. Mais au bout d’un moment elle craque. Kasim qui est à deux pas de la terre saute juste à temps. Elle se brise laissant le passage au bateau.

Myriam et ses filles le rejoignent. Un chien qui les a remarqués lance l’alerte. Des personnes sortent de leur maison pour aider ces pauvres malheureux. La solidarité s’organise. Les filles sont à bout de force et n’arrivent même plus à se lever. Les gens décident de les porter. Kasim, quant à lui, marche tout seul. Il est heureux. Il a enfin réalisé son rêve, il a touché l’Europe.

Personne n’a jamais compris ce qui s’était passé, ni pourquoi ce rocher se trouvait à cet endroit. Mais Kasim glisse dans la neige et heurte sa tête contre ce maudit rocher. Son dernier regard est adressé à Myriam, Djamila et Yasmina qui s’effondrent en larmes. Kasim est mort en réalisant son rêve. A l’entrée de cette Europe dont il avait tant rêvé.

Un héros est mort ce jour-là. Mais un nouveau naîtra quelques mois plus tard. Il s’appellera Kasim. C’est le nom que lui donnera sa mère Myriam. Il aura deux sœurs et une mère incroyables.

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