Kim Thuy, Montréal, le 8 juillet 2010

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© Sylvie Biscioni

Je n’ai pas quitté Saint-Malo, car j’y attends encore mon amour.
Je l’attends parce que j’aimerais qu’il marche dans la ville avec des grains de sable entre les orteils et l’écho des mots dans les chambres de son coeur. Je l’attends parce que j’aimerais qu’il voit la mer, la nuit, où il n’y a plus de démarcation entre les nuages et les vagues, entre le vent et son souffle, entre ses pas et les miens. Je l’attends parce que j’aimerais qu’il entre dans la maison de pierre, en haut de la colline, dos à la mer, aux volets rouges, aux fenêtres minuscules comme celle de mes ancêtres adoptifs, les Gaulois des temps modernes.

Je l’attends à Saint-Malo même si mon corps a été transporté dans un avion comme dans un corbillard, c’est-à-dire immobile, sans pouls, sans lui, jusqu’au Québec.

Je bois, j’avale, j’ingurgite l’air chaud de Montréal pour brûler les minutes, les vagues, les nœuds qui me séparent du goût du thym citronné de mon jardin, de la couleur lilas des glycines de ma maman, du rire de mon amie Marianne. Peut-être qu’à force d’incendier cette distance, kilomètre par kilomètre, je réussirai à quitter définitivement Saint-Malo et sentir le parfum des fraises de l’Île d’Orléans, flottant au milieu du Fleuve Saint-Laurent.

Kim Thuy

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