L’Archiduchesse

Écrit par Madeleine Chevauchet, incipit 1, en 4ème au Collège Marcel Roby à St Germain en Laye (78). Publié en l’état.

Le jeune homme tremble. Son nom est Gavrilo Princip et dans sa poche, il tient un revolver…
La belle et douce Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg, regardait son époux, angoissée par les évènements du matin. Lors de la réception qui avait eu lieu quelques heures plus tôt elle avait cru mourir quand ils avaient découvert qu’une bombe allait bientôt exploser dans le palais. Heureusement que son mari avait été là pour les sauver. Elle le revit, dans un geste tout à fait chevaleresque, se jeter sur l’arme mortelle et la désamorcer ! Elle avait eu si peur... Après ce qui s’était passé elle et son mari avaient décidé de ne pas en parler à leur fils, qui s’était trouvé dans une salle adjacente à celle de la réception lors de l’attentat, ses parents ayant refusé qu’il y assiste !
Son époux, l’archiduc François Ferdinand, assit sur la banquette de la limousine, paraissait plongé dans ses pensées. A quoi pouvait-il bien réfléchir ? Sans doute aux mêmes choses qu’elle.
Soudain, le petit prince, Ernest de Hohenberg, s’agita sur son siège à côté de sa mère.
« Qu’y a-t-il mon chéri ? lui demanda Sophie, intriguée par tant d’agitation.
-Mère, êtes-vous sûre que c’est une bonne idée de continuer ce voyage ?questionna l’enfant avec pertinence.
-Pourquoi cette question Ernest ? murmura son père, que voulez-vous dire ?
-Vous savez très bien ce que je veux dire, éclata le prince ! Il y a quelques heures vous et mère avez faillis être tués par une bombe ! »
La duchesse pâlit :
« Comment êtes-vous au courant ? lui demanda sa mère d’une voix blanche.
- Cela n’a aucune sorte d’importance, répliqua le jeune prince. Par contre ce qui en a…
- Comment osez-vous parler à votre mère de cette façon, petit insolent !gronda son père avec un calme qui ne présageait rien de bon pour le petit Ernest . »
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La duchesse réfléchit.
« François, ne soyez pas trop dur avec votre fils. Il s’inquiète juste pour votre santé, dit la duchesse de Hohenberg avec justesse. Et il a raison, regardez ce qui s’est passé lors de la réception, vous avez failli être tué ; nous devrions annuler ce voyage.
-Vous avez raison, ma mie, mais je ne me permettrais pas de le faire, rétorqua l’archiduc avec douceur. »
Pour se détendre, Ernest leva le rideau de la portière et regarda par la fenêtre.
« Mère, regardez comme la nature est belle ! »
Et en effet, cette journée de Juin était magnifique. Le soleil brillait et faisait étinceler la rivière qui coulait le long de la route. Sophie se pencha vers son fils et lui chuchota à l’oreille :
« Mon fils voyez-vous le pont, là bas ?
- Oui je le vois, répondit le petit garçon.
- Eh bien nous allons passer dessus et le peuple acclamera votre père comme s’il était déjà empereur, indiqua Sophie de Hohenberg. »
A cette vision des choses si infantile, l’archiduc ne put retenir un sourire. Sa femme avait vraiment le don de détendre l’atmosphère la plus tendue !
En effet, sur le pont en pierre blanche une foule acclamait son héritier, avant même qu’il ne fût présent. Mais malheureusement pour l’archiduc et sa famille, parmi cette foule se trouvait un homme mal habillé, un revolver dans sa poche : Gavrilo Princip. A la vue de la limousine, il afficha un mauvais sourire sur son visage mal rasé. Le moment tant attendu arrivait enfin. Quand au matin, son plan avait échoué, il s’était juré d’abattre non seulement l’archiduc mais aussi… sa famille !
Sophie replongea dans les sombres pensées qui l’avaient hantée après la tentative d’assassinat au palais de Sarajevo. Elle avait peur ! Une peur qui lui tordait les entrailles et lui écrasait la cage thoracique à n’en plus respirer ; comme si une personne invisible était assise sur sa poitrine. Ce qui rendait cette peur écrasante encore plus terrifiante c’était qu’elle n’avait pas peur pour elle, mais pour son époux et… son fils ! Oui, son fils pouvait être une cible potentielle, elle le savait, elle l’avait deviné dès qu’on lui avait annoncé que son fils cadet ferait partie du voyage. S’il devait lui arriver quelque chose elle ne pourrait s’en vouloir qu’à elle-même : elle n’avait pas réussi à convaincre son mari et l’empereur (car ce dernier voulait qu’Ernest les accompagnât) que ce n’était pas prudent du tout de
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l’emmener avec eux ! Elle se rappela la discussion mouvementée qu’elle avait eue avec son époux et l’oncle de celui-ci un mois auparavant :
« Majesté c’est de la pure folie, je vous en supplie, avait-elle imploré, il ne faut pas qu’il parte avec nous, c’est beaucoup trop dangereux !
- Ecoutez, madame la duchesse, je pense que ce voyage sera très fructueux pour votre fils et…
- Non, je ne veux pas écouter. Majesté vous savez très bien ce que cela fait de perdre un de ses enfants, vous qui en avez vu mourir deux dont votre unique héritier, avait assené la duchesse folle de rage et de désespoir, alors je vous en prie, comprenez moi ; comprenez ce que cela me fait de savoir mon fils en danger !
- Sophie, je t’en prie, calme toi, tu parles à l’empereur, à ton souverain !avait bégayé son époux !
- Non, ne vous inquiétez pas mon neveu. Madame, pour vous prouver ma bonne foi je vous pardonne les paroles que vous venez de dire et je ferais en sorte de les oublier ; mais sachez que votre fils fera partie du voyage, que vous le vouliez ou non ! »
Quand ils étaient revenus dans l’appartement que l’empereur leur avait prêté au château de Schönbrunn, François Ferdinand avait essayé de raisonner sa femme :
« Sophie, écoute, je pense que mon oncle a raison ; ce voyage sera sans doute très fructueux pour Ernest, avait-il assuré. Mais, voyant la réticence sa femme, il avait poursuivi : je te promets qu’il ne lui arrivera rien. »
Puis il l’avait prise dans ses bras, mais celle-ci n’étant pas attendrie, était restée raide comme un piquet pendant son étreinte et elle avait fini par se dégager de son enlacement. Elle l’avait fixé droit dans les yeux et lui avait répliqué avec dégoût :
« Mais as-tu donc perdu l’esprit ? »
Au souvenir de la dispute qui avait suivi ces phrases des larmes lui montèrent aux yeux. Elle aurait tellement aimé que son mari fasse le bon choix pour leur fils…
A l’entrée de la limousine sur le pont, le son que produisait la fanfare et les vivats du peuple retentirent dans les oreilles de la famille princière. Malgré ses pressentiments, l’archiduchesse de Hohenberg accepta que son fils ouvre la fenêtre pour saluer le peuple comme il aimait tant le faire. Quand la foule l’aperçut, les cris redoublèrent et l’enthousiasme gagna de plus belle l’assemblée ! L’épouse de François-Ferdinand affichait
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un magnifique sourire sur son doux visage, mais au fond d’elle, une angoisse la terrassait ! Une angoisse insupportable…
Quand la voiture princière arriva au bout du pont l’archiduchesse soulagée que rien ne se fût passé soupira intérieurement, mais à ce moment crucial un bruit assourdissant retentit et Ernest… s’écroula sur la banquette de la voiture. Il était pâle comme un linge et ses soyeux cheveux blonds et ondulés comme les remous de la mer étaient moites. Sophie releva la tête et plongea ses yeux dans ceux de son mari. Le regard de l’archiduchesse exprimait tout le désespoir et la rancœur qu’elle pouvait ressentir en ce moment :
Son fils avait un trou rouge au côté droit !

FIN

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