L’aventure d’Anna

Nouvelle écrite par Claire Josset, en 2nde au lycée Julliot de la Morandière, Granville (50)
  • Incipit 1-
    Quand cette fameuse histoire lui arriva, Anna savait depuis au moins un an et demi
    que le dernier rayon de la bibliothèque de sa grand-mère, à Paris, ouvrait directement,quand on écartait les livres, sur la petite place du marché de Shalingappa dans le sud de l’Inde. Mais Anna n’aimait pas l’aventure, comme son inséparable amie Gabrielle dont le fait le plus héroïque était de sortir la tête de sa carapace, une ou deux fois par jour, pour affronter le monde et manger des endives. De temps en temps, pourtant, traversant la pièce, Anna osait glisser le nez entre les livres et sentir avec délices le parfum moite du safran ou écouter battre la pluie de mousson. Ses lunettes en sortaient tout embuées.
    Pourtant, ce matin-là…
    (…)
    L’aventure d’Anna.
    Pourtant ce matin là elle ressentit une forte envie d’aller sentir de plus près les épices indiennes. Du haut de ses 11 ans Anna n’était pourtant pas du genre aventurière et préférait se tenir le plus loin possible de tout ce qui ressemblait à de l’aventure. Cependant en cette fraîche matinée, un étrange sentiment la poussait à vaincre sa peur et à se plonger corps et âme dans l’environnement de Shalingappa. Avec hésitation d’abord, elle poussa deux pavés imposants, puis la respiration haletante elle écarta une dizaine de livres dont un qu’elle reconnut, se souvenant l’avoir lu il y a quelques mois. Enfin, le coeur battant à tout rompre elle débarassa la bibliothèque des derniers livres qui la séparaient encore de Shalingappa. Alors, en fermant doucement les paupières, elle fit un pas, puis deux et se retrouva sur la petite place de marché dont sa grand-mère lui avait tant parlé.
    La foule était dense et dans l’agitation générale, Anna se fit bousculer plusieurs fois. Elle ne savait plus où donner de la tête et son courage s’envola aussi vite qu’il était venu. Elle se sentait bien seule au milieu de ce lieu inconnu. Heureusement Gabrielle était toujours sur son épaule, l’air aussi peu rassurée qu’Anna, mais peu importe elle était là.
    Elle pensa à faire demi-tour, mais une pulsion inexplicable l’en empêcha. Elle s’élança donc dans la foule sans vraiment savoir où elle allait et ce qu’elle devait faire.
    Fille unique de parents divorcés, accaparés par leurs métiers respectifs, Anna avait pourtant l’habitude d’être livrée à elle-même. De nature solitaire, sa meilleure amie était depuis longtemps sa tortue Gabrielle.
    A cette idée elle reprit son courage à deux mains en se disant que tant qu’elles étaient ensemble, rien de grave ne pourrait lui arriver.
    Après avoir échangé un regard avec son animal, Anna repartit le sourire aux lèvres. Elle s’élança vers un stand qui vendait des épices typiques d’Inde. L’odeur qui s’en dégageait emplit les narrines d’Anna qui les humait avec plaisir. Le commerçant la regardait intrigué, comme si un extra-terrestre se tenait devant lui. Anna constata alors qu’elle ne ressemblait en rien aux autres passants. Accaparée par son inquiétude elle n’avait pas remarqué que la plupart des habitants de Shalingappa dévisageaient ses habits les yeux grands ouverts.
    Elle regarda à nouveau le commerçant qui lui sourit et lui fit signe de venir. Incrédule Anna s’avança vers lui.
  • Bonjour Anna. Lui dit-il, d’un ton rassurant.
  • Pardon ?
  • Bonjour Anna, répéta t-il amusé de son étonement.
  • Comment ... Comment connaissez vous mon prénom, l’interrogea t-elle à la fois exitée et inquiète.
  • Nous attendions ta venue avec impatience, réponda t-il sur un ton empli de mystères.
  • Nous ? Qui ça nous ? s’empressa de demander Anna.
  • Les gardiens de Shalingappa.
  • Et pourrais-je au moins savoir ce que les ... les gardiens de Shalingappa attendent de moi, demanda-t-elle dubitative.
  • Nous avons grand besoin de ton aide. Récemment des évènements inattendus se sont produits à Shalingappa, ce qui a poussé les gardiens à se réveiller après un long sommeil de plus de cinquante années.
  • Vous êtes en train de me dire que vous avez dormi pendant plus de cinquante ans ?! demanda Anna, incrédule.
  • Exactement, assura-t-il, impassible.
  • Et en quoi puis-je vous aider ?
  • Quelle drôle de question ! s’exclama-t-il hilare comme si Anna venait de dire la blague la plus amusante qu’il n’ait jamais entendu. Voyons ma chère Anna,tu es la petite fille de Geneviève, c’est à dire la descendante de la reine des gardiens de Shalingappa. Tu va donc nous aider à combatre l’armée des Gapaniens.

Anna ne savait plus quoi penser, son cerveau peinait à analyser toutes ces nouvelles informations. Il fallait qu’elle récapitule.
Premièrement un homme qu’elle n’avait jamais vu connaissait son prénom. Fait encore plus étrange,ce même homme avait dormi pendant plus de cinquante ans. Soit ! Enfin elle venait d’apprendre que sa grand-mère était reine d’un royaume inconnu jusqu’alors et qu’étant sa petite fille elle héritait du trône ce qui apparement la prédestinait au "fabuleux" destin de combatre une armée.

  • Des Gapaniens ?
  • Le peuple de Gapa,ennemi de longue date de celui de Shalingappa.
  • Je suis désolée mais je ... je ne me sens pas prête à combattre qui que ce soit, je m’escuse mais je suis certaine que je ne vous serai d’aucune utilité, voire même plutot un handicap, je n’ai aucun courage. avoua-t-elle tête baissée, esperant au plus vite retourner dans sa bibliothèque parisienne.
  • C’est exactement ce que disait Geneviève quand elle est venue ici, elle avait votre âge et pourtant grâce à elle nous avons vaincu les Gapaniens à l’époque, dit-il plus fier que jamais. Mais depuis ils ont repris des forces et sont décidés à envahir notre royaume, et ce n’est qu’avec toi que nous pourrons les combattre.
    On ne peut pas dire qu’Anna était enchantée à l’idée de devoir repousser une armée mais elle se sentit obligée de le faire. En effet sa grand-mère s’occupait d’elle depuis qu’Anna était née et elle s’était battue pour sauver Shalingappa, Anna ne pouvait pas laisser tomber le royaume de sa grand-mère, elle ne pouvait pas abandonner ... son royaume.
  • C’est d’accord, conclut-elle, osant un léger sourire.
    Après plusieurs heures de marches, Anna et Bheru arrivèrent au temple. La jeune fille n’avait jamais eu aussi chaud et soif de sa vie. Quand ils pénétrèrent dans le grand hall, des aclamations accompagnées d’applaudissement envahirent la grande salle à l’entrée d’Anna qui se sentit rougir. Bheru lui fit signe de s’avancer vers le trône vide pour s’y assoir, ce qu’elle fit.
    Elle fit un petit discours maladroit mais touchant puis Bheru lui présenta quelques personnes.
    Elle rencontra notamment Avinash, chef de l’armée des gardiens de Shalingappa.
    La soirée arriva vite et un diner fut organisé en l’honneur de l’arrivée de la reine Anna qui n’en croyait pas ses yeux ni ses papilles. Chaque plat avait été préparé avec la plus grande attention et Anna dégustait les mets qui se trouvaient devant elle avec impatience, c’était la première fois qu’elle mangeait avec autant de plaisir. Cela devait se lire sur son visage car Bheru la regardait d’un drôle d’air.
  • Il y a un problème ? demanda t-elle, génée par son regard insistant.
  • Aucun. assura t-il, une pointe d’ironie dans la voie.
    Anna n’y prêta plus attention et reprit son festin oû elle l’avait abandonnée.
    En fin de soirée, une femme nommée Isha l’emmena dans sa chambre, Anna la remercia gracieusement. Quand elle pénètra dans la pièce, elle eut peine à croire que c’était la sienne, au moins pour ce soir.
    La chambre était spacieuse, lumineuse, les murs étaient blancs et jaunes, comme le soleil. Des écritures indiennes étaient inscrites sur les murs. Elle n’aurait pu en imaginer une aussi belle dans ses plus beaux songes. Elle se laissa délicatement tomber sur le lit et constata l’incomparable confort du matelas. La tête à l’envers elle observait, à travers la fenêtre, la lune qui brillait dans l’obscurité. Elle ne mit que quelques secondes pour s’endormir.
    Le lendemain matin un vacarme assourdissant la réveilla en sursaut. Elle se leva d’un bond sans oublier d’emporter Gabrielle sur son épaule, la pauvre tortue avait l’air engourdie par le sommeil. Anna ouvrit sa porte à la volée, l’agitation régnait dans le temple, tout le monde courrait partout sans vraiment avoir l’air de savoir oû ils allaient. Anna constata alors avec horreur qu’une horde de sauvages était à l’origine de cette excitation générale, elle comprit vite que les Gapaniens étaient arrivés plus rapidement que prévu. Paniquée par ce chahut, la jeune fille chercha hativement Bheru du regard, en vain. La seule chose qu’elle voyait c’était la terreur, la violence que dégageait ces intrus. Bien sûr elle paniquait elle aussi. Bien sûr elle voulait fuir elle aussi. Elle voulait partir le plus loin possible, courir jusqu’à n’en plus pouvoir, retourner chez elle, dans sa bibliothèque, retrouver sa vie paisible. Mais avait-elle seulement le droit d’être si lâche ! Non elle refusait cette idée ! Elle n’était pas téméraire, certes, mais elle n’était pas lâche. Elle n’était pas forte mais elle n’était pas faible non plus,non. Malgré ses membres qui tremblaient comme une feuille au milieu d’une tempête, malgré les battements de son coeur qui résonnait à travers tout son corps, malgré cette chaleur envahissante qui parcourait son échine à n’en plus finir et son estomac qui jouait au yoyo, elle prit son courage à deux mains. Elle s’élança doucement mais avec conviction et descendit les escaliers de marbres blancs. Elle ne savait pas ce qu’elle allait faire, et encore moins ce qu’elle devait faire, mais la seule chose dont elle était sûre c’est qu’elle allait le faire. Elle ne savait pas comment, mais elle savait pour quelle raison : pour défendre son peuple.
    Quand elle arriva en bas le combat avait déjâ commencé, elle aperçut de loin Avinash qui se battait contre deux hommes à l’allure féroce, leurs regards se croisèrent pendant une fraction de secondes, ce qui redonna à Anna confiance en elle. Soudain un couteau traversa la pièce, elle réussit de justesse à l’éviter en se baissant et elle remarqua alors une épée abandonnée sur le sol, q’elle parvint à attraper. L’arme était lourde et difficilement maniable mais Anna allait devoir s’en contenter. Elle s’aventura alors dans la bataille. Un homme à l’allure de barbare jaillit près d’elle, ne cachant pas son intention de la tuer il brandit une dague déja tachée par le sang. Elle réussit d’un geste à contrer son attaque grâce à son épée, et au moment oû l’épée toucha la dague du Gapanien il disparut instantanément. La petite reine n’en croyait pas ses yeux, sa vue était floue à cause des larmes qu’elle contenait depuis quelques minutes. A cet instant Anna entraperçut Bheru qui lui fit un clin d’oeil. Elle reprit son assurance et s’élança vers de nouveaux ennemis et comme elle l’avait prévu ils disparurent dés qu’elle les touchait. Quelques instants plus tard tous les Gapaniens avaient été anéanti et le calme était revenu au sein du temple des Gardiens de Shalingappa. Bheru la rejoint et l’étreignit amicalement.
  • Je te remercie du fond de mon coeur Anna. Tu as sauvé notre peuple. Tu as sauvé ton peuple.
    Anna ne savait comment réagir face à tant d’éloges. En guise de réponse elle lui adressa le plus beau des sourires qu’une petite fille puisse faire à un nouvel ami.
    Le soleil n’était pas encore couché mais Anna se sentait fatiguée comme jamais, la tête lui tournait et son front était chaud. Elle s’allongea sur un canapé et Bheru lui souhaita une bonne sieste.
  • Au revoir, lui dit-il la voix pleine d’émotions. Tu vas me manquer Anna.
  • Ne prends pas ce ton si solenel Bheru ! Dans quelques heures je serais réveillée, assura la jeune reine.
    Pourtant quand elle se réveilla Anna ne se trouvait plus au temple des Gardiens de Shalingappa. Elle était allongée au milieu de sa bibliothèque, un gros livre ouvert à sa droite, et Gabrielle mangeant une salade à sa gauche. Elle se frotta les yeux et se releva doucement. Elle regarda le titre du livre, et consatata avec surprise qu’il s’appelait Les Gardiens de Shalingappa. Elle pris le livre dans ses mains, feuilleta quelques pages la gorge serrée puis le referma délicatement.
  • Tu me manqueras aussi Bheru.