L’effet papillon (incipit 2)

écrit par Romain DIDIER-CHARMONT, en 4ème au Collège Jean Prévost à Villard de Lans (38)

Ils crient dans leur langue et Kasim comprend qu’ils ont besoin d’aide.

Kasim, transi de froid, répugne à se mouiller encore mais les cris répétés des deux hommes le décident à s’approcher. Prudemment, il rentre dans l’eau et immédiatement le flot glacial lui brûle les pieds puis les mollets avant de mordre ses genoux. Quelle douloureuse sensation que ce froid qui s’immisce dans tout son corps comme un venin pétrifiant ! Encore deux pas, puis un troisième, et il atteint les deux hommes aussi frigorifiés que lui.

Le ciel s’est encore assombri et Kasim n’arrive que difficilement à distinguer la masse sombre qui flotte en subissant mollement les assauts du vent et les remous du fleuve.

Les deux hommes tendent leurs bras mais n’osent s’aventurer plus loin de la berge. Ils appellent, crient, invectivent l’objet flottant comme si leurs efforts pouvaient suffire à le faire dériver jusqu’à eux.

Kasim, partagé entre la curiosité et le désir de retrouver un semblant de chaleur sur les rives du fleuve, se décide et s’enfonce dans les eaux noires. En quelques brasses agiles, ses doigts atteignent enfin l’objet convoité.

D’abord réticent, craignant de découvrir une quelconque horreur, sale, visqueuse ou pire encore, il hésite avant de refermer sa main sur un morceau de toile épaisse et rugueuse. Soulagé de n’avoir qu’un morceau de tissu entre les doigts, il fait demi tour et fend les eaux glacées pour s’écrouler sur les cailloux de la rive. Il ne lâche pas sa prise et d’un geste vif, l’étale à ses côtés. Les deux hommes, sortis de l’eau, se dressent devant lui sans oser l’approcher. Ils observent Kasim qui, haletant, mort de froid et de fatigue, tient toujours dans sa main un simple sac de jute. Tout ça pour ça ! Qu’avaient ils donc imaginé ?

Ils aident Kasim à se relever, le réconfortant de quelques mots aux sonorités étrangères et de tapes amicales, puis restent à le regarder, gênés d’avoir poussé cet homme à risquer sa vie pour... rien ! Kasim est un brave garçon et d’un sourire amical bien que forcé, leur fait signe que tout va bien.

Le vent semble plus fort, le froid est plus mordant et la neige tombe maintenant à gros flocons. Devant la tente, le père de famille le regarde, éberlué comme si l’attitude du jeune garçon lui semble dépourvue de bon sens. Risquer sa vie pour un sac, un simple sac, quelle bêtise ! Il hausse les épaules avant de disparaître dans son abri de toile.

Resté seul, Kasim sent les larmes monter à ses yeux. Il s’était attendu à vivre le pire durant ce voyage mais il est jeune, fort, résistant et courageux. Il ne craint ni la faim, ni la soif, ni le froid ; il vient de comprendre que ce qui lui fera le plus mal, est un sentiment jusqu’à présent inconnu : la solitude ! Seul, dans ce paysage apocalyptique, à genoux, il pose sa tête sur les cailloux et laisse les larmes couler sur ses joues durcies par le froid. A ce moment là, sa main touche un morceau de toile. Il a oublié le sac ! Comment est-ce possible ? Il a risqué sa vie, s’est gelé jusqu’aux os pour un morceau de tissu et il l’a oublié. Il se redresse et en cherche frénétiquement l’ouverture. Ses membres engourdis, endoloris, meurtris par la fatigue et les conditions climatiques extrêmes le font souffrir mais, pris d’une curiosité dévorante, il ouvre enfin le mystérieux paquetage.

Un simple lien en ferme l’ouverture. Il n’a aucun mal à le desserrer. Il se sent comme un enfant devant un cadeau de Noël, impatient et joyeux à l’idée de ce qu’il va trouver dans l’emballage.

Sa main plonge dans le sombre tissu et touche un objet lisse, doux et froid. Doucement, il en sort une boîte, une simple boîte. Une boite tout ce qu’il y a de plus banal, en métal blanc, sans fioriture, sans incrustation, sans serrure. Une boîte comme on en voit par centaines sur les étals des marchés et qui trouvent leur utilité en se remplissant de babioles une fois achetées.

Cependant, Kasim se sent envahi par une émotion intense en la serrant précieusement dans ses mains. Il ressent au plus profond de son être, un sentiment de paix, de calme, de bien-être comme si le froid, la peur et la douleur n’existaient plus. Ils se sont retrouvés ! Il ne l’a jamais cherchée et n’a même jamais songé un instant qu’elle puisse exister mais aujourd’hui, il en est certain, ils sont enfin réunis.

Des cris retentissent soudain. Les deux hommes qui se sont retirés à l’écart, sans doute pour trouver un peu de repos, gesticulent en désignant les eaux noires du fleuve. Un bateau de pêche se rapproche et de la rive, ses phares fendent la nuit comme des éclairs. Il accoste et un homme en descend pour accrocher les cordes au ponton. Il remonte à bord puis jette à terre une masse informe de couleur vive qui se révèle être un bateau pneumatique. Deux rames atterrissent à proximité.

***

Voilà, le passeur a tenu sa parole et donné aux pauvres immigrés le moyen de traverser le fleuve et de gagner la Grèce d’abord et l’Europe ensuite. Enfin, si les Dieux sont avec eux, sinon, ce sera la police, le camp de détention et le retour sans ménagement à la frontière. Le retour à la misère avant une prochaine tentative puis une autre s’il le faut. Jusqu’à la réussite ou jusqu’à la mort.

Déjà payé, le passeur détache les cordes, remonte dans son bateau et sans un mot, ni un regard pour les hommes à terre, il quitte le ponton, pressé de rentrer chez lui, retrouver sa femme et ses enfants dans leur belle et luxueuse maison sur le haut des collines, dans le quartier résidentiel de la ville.

Kasim regarde la scène de loin, comme si tout cela n’était qu’un film dont il n’était que le spectateur.

Déjà, le père de famille plie la tente, tandis que sa femme et ses filles se tiennent serrées les unes contre les autres, tant pour se protéger du froid que pour chasser la peur qui ne les a pas quittées depuis leur départ pour cette dangereuse aventure. Les deux hommes, toujours inséparables, inspectent le bateau pneumatique. L’un d’eux hèle Kassim, lui faisant signe de les rejoindre. Les fillettes et leur maman s’installent à bord, suivies par le père toujours silencieux. Kasim fait de même et bientôt l’embarcation s’éloigne de la rive.

Les deux hommes rament de toutes leurs forces pour lutter contre les courants du fleuves en colère. Le vent se déchaîne, soufflant par rafales. La neige se fait plus drue et le froid, toujours ce froid qui pénétre chaque parcelle de peau, gèle l’air à la limite de l’irrespirable. Un silence de plomb règne dans la petite embarcation. Certains prient peut-être, tandis que d’autres pensent à leurs familles, leurs amis restés au pays. Certains ne pensent pas, c’est trop douloureux de penser.
Kasim, ne lâche pas la petite boîte argentée et serrée contre lui, il sent sa chaleur et sa douceur à travers l’épaisseur de ses vêtements mouillés et raidis par le froid.
Il la regarde, longtemps peut être, le temps n’a plus d’importance. Elle brille dans la nuit, comme habitée par une vie propre. Est-ce son imagination, ou sent-il un cœur battre à l’intérieur ? Alors, tout doucement, avec précaution et respect aussi, il ouvre le couvercle.

Parfois, il suffit d’un détail pour que notre vie mais aussi celle de milliers de personnes changent. Kasim se dit que c’était cela l’effet papillon : Un papillon bat des ailes au Brésil et provoque une tempête au Texas. C’est une théorie qui l’a toujours fasciné. Que serait-il devenu s’il était né ailleurs que dans ce village insalubre ? Si son père n’avait pas disparu dans l’explosion de la mine où il travaillait pour un salaire de misère ? Si sa mère n’avait pas dû se vendre pour nourrir ses enfants ? Si son professeur n’avait pas décelé en lui des qualités hors du commun ? Si la bourse d’étude qui lui était destinée n’avait pas été volée ? La vie aurait-elle été plus simple ? Se serait il contenté de sa pauvre existence, devenant mineur comme son père, épousant une fille du village, ni plus belle, ni plus laide qu’une autre ? Se serait il résigné à son triste sort, si sa curiosité naturelle ne l’avait poussé à dévorer des livres, toujours plus de livres qui lui donnaient espoir, qui lui laissaient entrevoir un monde meilleur ?

Kasim, enfant de Turquie, sans argent, sans avenir va enfin avoir une place dans ce monde qui ne sait même pas qu’il existe. Il va bousculer, dévaster, écraser peut être, tous ceux qui se mettront en travers de son chemin. Lui qui n’est rien, va devenir un homme respectable, respecté et il utilisera tous les moyens pour y arriver. C’est dans ce bateau de misère, une nuit de tempête, entouré de pauvres gens comme lui qu’il en fait le serment en contemplant la petite boîte métallique, devenue la clé de son avenir.

Le visage de Kasim a changé. Personne ne peut le voir car le vent et le froid qui ne faiblissent pas obligent tous les passagers du petit bateau à se tenir courbé, le visage penché vers le fond de l’embarcation, mais Kasim n’est plus le même. Son sourire encore enfantin quelques instants auparavant a laissé place à un rictus mauvais. Ses doux yeux noirs aux longs cils épais brillent maintenant d’un regard mauvais et cruel, ses traits fins se sont crispés dans une grimace haineuse et hautaine. Non, Kasim n’est plus !

Il referme respectueusement la boîte et l’enfouit au fond d’une de ses poches. Lentement, il se lève, faisant tanguer la petite embarcation et attirant l’attention de ses compagnons. L’un des hommes lui dit quelques mots qu’il ne comprend pas, la femme lève vers lui un regard surpris. Une des fillettes commence à pleurer, tandis que sa sœur se colle contre sa mère. Le père de famille lui tire la manche pour l’obliger à s’asseoir. Les deux hommes ne rament plus. Ils semblent pétrifiés, immobiles devant Kasim qui domine le petit groupe. La peur qui ne les a jamais quittés depuis le début du voyage semble encore plus violente, plus étouffante. Malgré le froid, elle les fait transpirer et ils ne peuvent détacher leurs regards de cet homme inconnu qui se dresse au dessus d’eux, majestueux, imposant et maléfique.

***

D’un mouvement sec, Kasim fait chavirer l’embarcation et les eaux du fleuve se referment sur les corps épuisés des pauvres immigrés.

Kasim est réveillé par la clarté du soleil à travers la baie vitrée. Une chaleur douce et bienfaisante engourdit son esprit encore endormi. Puis, tout à coup, il se redresse, jetant un regard stupéfait à l’immense chambre dans laquelle il trône, assis dans ce lit démesurément spacieux. La pièce richement meublée s’ouvre sur une terrasse verdoyante et plus loin, en contrebas, il peut admirer les toits de la ville qui s’étendent sans fin. Mais où est-il ? Il se souvient vaguement avoir attendu longtemps sur une rive inhospitalière, avoir embarqué dans un canot puis... plus rien ! Tout cela est tellement vague, comme dans un rêve sans importance. Hébété, il n’arrive pas à donner un sens à ses pensées qui se bousculent dans sa tête. Ce ne sont que des bribes d’images, de sons et d’odeurs qui forment un magma incompréhensible. Délicatement, la porte de la chambre s’ouvre sur un homme en costume noir et chemise blanche, qui pousse devant lui un petit chariot. Kasim le regarde, éberlué, se demandant qu’elle sera sa réaction en le découvrant là, dans ce lit, dans cette chambre, dans cette maison où il n’a rien à faire. Mais l’homme le salue d’un sourire aimable et plaçant le chariot devant la petite table près de la grande fenêtre, souhaite « un bon jour à Monsieur ». Kasim reste sans voix, immobile, terrifié, incapable d’articuler la moindre parole.

Le majordome s’affaire dans la chambre et ouvre placards et tiroirs pour en extraire des vêtements qu’il dispose méticuleusement sur une desserte. Une fois les préparatifs terminés, il se tourne vers le jeune homme et d’une voix claire et posée, lui indique que ses habits sont prêts, que son secrétaire sera là d’ici une heure et que le temps au dehors, bien que frais, promet une journée des plus agréables. Sur ce, il se retire, quittant la chambre à pas feutrés et laissant Kasim complètement abasourdi.

L’odeur du café chaud et des petits pains qui attendent sur le chariot ont raison de toutes ses questions et il engloutit son petit déjeuner. Il fait ensuite un tour rapide de la chambre et se décide finalement pour une douche qui lui remettra certainement les idées en place. Rassasié, propre et bien habillé, Kasim se regarde dans la glace et se voit comme pour la première fois : jeune homme au regard hautain et perçant, la bouche pincée, les pommettes bien dessinées. Bien sûr il est beau mais c’est une beauté froide qui ne peut qu’inspirer la crainte. Il se détaille en savourant un plaisir encore inconnu que seuls le pouvoir et l’autorité peuvent procurer. D’un geste instinctif, il saisit une petite boîte argentée, qui repose sur une table basse et d’un geste naturel comme répété depuis des années, il la place au fond de sa poche, puis, il sort tranquillement de sa chambre pour rejoindre son secrétaire qui doit déjà l’attendre.

Dans son bureau vitré d’Athènes, idéalement situé dans le quartier de Syndagma, cœur de la capitale, centre des affaires avec ses avenues bordées par des hôtels de luxe, des banques et des bureaux en tout genre, Kasim contemple la tombe du soldat inconnu auprès de laquelle la Garde Nationale monte la garde jour et nuit.
Il donne des ordres, secs et sans appels. Il réprimande, il ordonne, il dirige ! D’où lui vient cette langue qu’il maîtrise parfaitement ? D’où lui vient ce langage d’affaire, ces termes techniques, cette connaissance parfaite des hommes et de leur psychologie ? Tout est clair et simple pour Kasim, il connaît tout sur tout. De temps en temps, il caresse la petite boîte au fond de sa poche , comme pour se rassurer, en supposant qu’il ait encore besoin de l’être car jamais il ne se laissera aller à admettre une telle faiblesse.

***

Un conseil d’administration l’attend en fin de journée en Allemagne, à Berlin. C’est donc tout naturellement qu’il donne l’ordre à son secrétaire de le faire conduire à l’aéroport où son jet privé l’attend à l’abri des autres voyageurs. Il met à profit le temps de vol pour réfléchir à sa nouvelle vie. Comment en est-il arrivé là ? Hier encore, pauvre Turc empli d’espoir et aujourd’hui homme d’affaire à la tête d’un immense empire financier. Hier, sans instruction, aujourd’hui parlant parfaitement plusieurs langues, maniant chiffres et graphiques comme s’ils avaient toujours fait partie de sa vie. Pourtant en lui, il sent bien qu’un énorme changement s’est opéré. Un ancien Kasim a disparu pour laisser place à un homme nouveau. Tous ses souvenirs deviennent flous, il faut même qu’il creuse dans sa mémoire pour se rappeler le nom de sa mère. Cet état, loin de l’effrayer, le catalyse, le grandit. Personne ne semble trouver une quelconque anomalie à la situation. On le reconnaît, on le respecte comme s’il avait toujours été là, alors pourquoi chercher une explication à cette mystérieuse métamorphose qui avait commencé lorsqu’il avait ouvert la petite boite dans le canot de fortune.

Arrivé à Berlin, il fait déjà nuit mais la capitale est loin d’être endormie. La plus grande ville d’Allemagne brille, s’agite et un bruit incessant l’inonde. Kasim arrive juste à l’heure dans ses bureaux situés sur la Pariser Platz tout près de la porte de Brandebourg. La prestigieuse entreprise s’élève au côté de bâtiments tout aussi luxueux.

La réunion est vite expédiée. Kasim impose et exige sans qu’aucun des membres présents n’objecte. Sa voix rauque et posée semble les hypnotiser. A aucun moment, il ne monte le ton mais ses paroles sont telles des flèches, pointues, aiguisées et imparables. Il se tient debout, au bout du grand bureau et sa stature imposante ajoute encore un sentiment d’intense oppression à l’ambiance déjà pesante. Aucun des hommes présents ne goûte autant à la peur que lors des visites de Kasim.
A peine sorti de ses bureaux, il s’arrête un instant sur le trottoir pour respirer l’air frais de la nuit Berlinoise. Alors qu’il inspire à pleins poumons, sa main frôle la petite boîte argentée. Il la sort de sa poche et comme à chaque fois, il est surpris par son éclat. D’un geste doux, il l’ouvre.

C’est en Slovénie qu’il se réveille le lendemain matin. Son avion a atterri dans la petite capitale : Lubljana. Il aime bien cette ville et son hôtel offre une vue magnifique sur la rivière Ljubjancia. Les températures doivent avoisiner les -30 degrés comme souvent durant cette période de l’année mais cela n’entame pas sa bonne humeur. Il saute de son lit et s’empresse de se préparer. Il doit rencontrer de nouveaux clients venus de Slovaquie. Depuis que la Yougoslavie a éclaté en laissant place à des états républicains indépendants, les choses ont bien changé. Et il ne manque jamais d’en profiter. Il peut maintenant circuler librement et traiter ses affaires sans être inquiété.
Sa journée est semblable aux précédentes. Il dirige d’une main de fer un empire financier, songeant uniquement à gagner de l’argent encore et toujours plus. C’est là sa raison de vivre, la seule et unique. Il pense argent, bénéfice, rendement, investissement et jamais il n’accorde d’importance aux personnes qui l’entourent. Dans son esprit, la rentabilité est primordiale alors il ne s’embarrasse ni de sentiments, ni d’états d’âme. Il ne se soucie jamais de ses employés et même son secrétaire, fidèle et prévenant, n’est qu’une ombre à ses yeux. Comment en est-il arrivé là ? Jamais cette question ne l’a effleuré. De son passé, il a tout oublié. Il vit seul, dans une bulle faite de milliards d’euros qui apparaissent sur ses relevés bancaires mais où jamais un seul être humain n’a pu entrer.
Demain, il sera très certainement en Autriche avant de repartir pour la Belgique où des affaires l’attendent. Puis il s’envolera pour la Bulgarie et séjournera à Sofia le temps d’une nuit puis, il sera à Chypre ou au Danemark. Les distances ne sont pas un souci, il dort peu et ne prend jamais de temps pour sa vie privée. Son existence est rythmée par les réunions, les contrats à signer et les courbes de production. Pourtant, si dans une journée, Kasim doit s’octroyer ne serait-ce qu’une seule petite minute, c’est pour sortir de sa poche la petite boîte argentée qui ne le quitte jamais. C’est d’ailleurs ce qu’il fait ce jour là, dans une rue animée de Milan. Il sort la petite boîte et l’ouvre.

Un vent glacial balaie l’embarcation de fortune. Les deux hommes en face de lui rament encore. Les fillettes se blottissent contre leur maman et le père se tient tout contre elles, recroquevillé.

L’esprit embué, Kasim n’arrive plus à réfléchir. Que s’est-il donc passé ? Comment est-il revenu ici, dans ses vêtements minables et trempés ? Est-ce un rêve ? Non, c’est impossible ! Il repousse violemment cette idée. Il a bien vécu cette autre vie faite de milliards d’euros et de luxe. Il cherche frénétiquement le coffret au fond de sa poche mais ne le trouve pas. Il gesticule, bafouille, tient des propos insensés. Paniqué, incapable de se contrôler, il sent sa poitrine se serrer d’angoisse et à ce moment là, il voit le père de famille tenir précautionneusement dans ses mains la petite boîte argentée. Kasim se fige et le regarde fixement sans comprendre. Un sourire, un vrai sourire de bonheur barre le visage de l’homme qui ne lâche pas des yeux sa femme et ses fillettes. Un éclat nouveau l’emplit, il rayonne. Il diffuse autour de lui une onde de douceur, de chaleur et d’amour. C’est de la gentillesse qui émane de cet homme, de la gentillesse et de la bonté. Kasim comprend alors, brutalement et douloureusement, que cet inconnu gardera à jamais la petite boîte car, c’est pour faire le bien qu’il l’utilisera. Pour donner un monde meilleur à ses filles, à sa femme et à tous ses semblables.

Le vent est tombé. Les eaux du fleuve ressemblent à un miroir dans lequel se reflète une belle lune ronde. L’air est doux et sucré. La barque file tranquillement vers les rives accueillantes de la Grèce.

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