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L’explosion

La pluie venait tout juste de cesser de tomber. Simon sortit de la voiture puis ouvrit le hayon et le chien sauta à terre. Simon laissa l’animal se dégourdir les pattes, le temps qu’il enfile sa veste et attrape sa canne à pêche et son panier. Tenant le chien en laisse, Simon emprunta l’abrupt chemin de halage qui menait à la rivière. Dans un virage, il y avait des dizaines de troncs de sapins calibrés, soigneusement empilés et marqués à la peinture rouge, qui attendaient qu’on vienne les chercher.

Une fois parvenu sur la berge, Simon remonta la rivière sur une centaine de mètres, jusqu’à l’endroit où se trouvait sa barque cachée sous une épaisse couche de fougères. Il attacha la laisse à un arbrisseau. Le chien était nerveux, tirant sur la laisse en direction de l’aval et couinant comme un rongeur pris dans une nasse. Simon déposa la canne et le panier au sol. Il entendit alors un craquement dans son dos, comme une branche qui se brise. Il se retourna, mais ne vit personne, ni rien d’anormal dans le décor. Le chien se mit à aboyer. Simon le fit taire, puis retira les fougères et entreprit de retourner la barque pour la pousser jusqu’à l’eau. Ce fut au moment où la coque basculait que Simon comprit qu’il n’irait pas pêcher ce jour‑là, pas plus que les jours suivants.

Il ne pouvait décrocher son regard du boîtier gisant au fond de la barque, à peine plus grand que la paume de sa main. Une ombre, cachée dans les fougères, déclencha à cet instant la minuterie de la bombe, les chiffres défilaient devant les yeux de Simon, agressant sa rétine de leur reflet rougeoyant, chaque seconde passée faisant se rapprocher l’instant décisif… 5… 4… 3… Impuissant, Simon ne parvenait pas à esquisser le moindre geste, comme pétrifié d’horreur, il crut discerner le gémissement aigu et plaintif de son chien, qui en fidèle compagnon tentait de tirer son maître loin du danger… 2… 1… La dernière seconde lui parut interminable. Le temps resta en suspens quelques instants. Puis ce fut l’explosion. Simon fut projeté dans les airs. Tout n’était plus que douleur, débris et sang.

La porte s’ouvrit à la volée, un homme entra précipitamment, vociférant des ordres d’un ton autoritaire. Assis à son bureau, l’inspecteur John Stewart sursauta à l’irruption soudaine de son supérieur. Il exerçait ses fonctions depuis peu et n’était pas encore habitué à la fermeté du commissaire-chef. En effet, Frank Firman était craint par nombreux de ses collègues qui redoutaient tous sa prépondérance.

« STEWART ! »

À l’appel de son nom, John tressaillit.
« Vous vouliez une affaire, Stewart ? Et bien la voilà ! Un dénommé Simon Parker vient d’être retrouvé mort près de la rivière par l’explosion d’une bombe. Puisque vous semblez si pressé de faire vos preuves, je vous en laisse l’occasion ! », vociféra Frank. Sur ce, il posa violemment le dossier au centre du bureau et sortit. Ébranlé, John s’empara du document et sortit à son tour.

Lorsque l’inspecteur John Stewart arriva sur le lieu du crime, il dut faire face à une foule agitée et horrifiée. De nombreux débris jonchaient le sol, l’air était suffocant.

Les autorités avaient déjà commencé à baliser la zone afin d’empêcher quiconque d’y accéder. John commença à déambuler entre les décombres, à l’affût du moindre indice. Soudain, un tintement métallique attira son attention, il regarda autour de lui et vit à ses pieds un objet dont les faces réfléchissaient la lumière du jour. John se pencha pour le 
ramasser et le mit dans sa poche, il s’en occuperait lorsqu’il serait seul. Lorsqu’il eut fini d’examiner les lieux, il enjamba le balisage et monta dans sa voiture pour retourner à son bureau.

De son côté, Mike Kennon, ancien criminel, venait de rentrer chez lui après une brève sortie à la fin de l’orage. Alors qu’il buvait son café, assis à la table de sa cuisine, des coups violents frappés à la porte le firent sursauter
« Police ! Veuillez ouvrir immédiatement ! »

Le sang de Mike se glaça. Il s’empressa d’entrebâiller la porte et fut assailli et immobilisé immédiatement par une clé au bras des plus douloureuses. Ne comprenant pas ce qui lui arrivait, Mike essaya vainement de se dégager. Un policier s’avança et annonça d’une voix forte et autoritaire : « Mike Kennon, vous êtes en état d’arrestation pour meurtre. »

Sur ce, il l’empoigna fermement et le fit sortir de force, le poussant vers une voiture stationnée à l’extérieur afin de l’amener au commissariat.

« Comme on se retrouve… »

L’expression qu’affichait Frank Firman à cet instant trahissait la profonde satisfaction qu’il éprouvait en voyant Mike Kennon, menotté, assis en face de lui.

« Si quelqu’un pouvait m’expliquer de quoi on m’accuse ? », déclara Mike.
« Vos années de prison ne vous ont-elles rien appris ? Vous avez déjà été jugé pour de nombreux trafics, vols et braquages et incarcéré. Et voilà que vous commettez le pire : un meurtre ! », répondit le commissaire-chef.
Abasourdi, le suspect s’exclama :
« C’est une blague ! Qu’est ce que c’est que cette histoire ! Écoutez, je sais que j’ai commis de nombreux délits mais je n’ai absolument rien à voir là dedans.
– Nous verrons bien après votre interrogatoire avec l’inspecteur Stewart. »
Sur ce, Frank fit signe à un policier de faire sortir Mike, une expression arrogante sur le visage.

John était accoudé à son bureau, l’air songeur. Il observait avec attention le petit boîtier qu’il avait trouvé sur les lieux du crime.
L’entrée fracassante du jeune policier accompagnant Mike Kennon dans son bureau pour un interrogatoire, le fit sursauter et il 
cacha précipitamment la boîte dans son tiroir. « Je vous amène l’accusé, monsieur », déclara le jeune agent d’un air solennel. Il fit avancer l’homme tenant fermement ses mains menottées. « Asseyez‑vous. », ordonna John.

Le policier poussa violemment le suspect et quitta la pièce.

« Nom de famille ?

– Kennon. Mike Kennon. »

John Stewart haussa un sourcil :

« Mike Kennon… C’est donc vous.

– Ils n’ont aucune preuve ! Je n’ai rien fait mais ils ne veulent pas me croire. Et vous, vous me croyez ? », interrogea Mike, une lueur d’espoir brillant dans son regard.

L’inspecteur ne répondit pas, l’ignorant avec superbe. Il reporta son attention sur l’étrange objet qu’il ressortit de son tiroir, ses faces d’ébène reflétaient la forte lumière de la pièce.

John examina la boîte sous tous les angles sans apercevoir ni charnière, ni fermoir, ni trou de serrure permettant de l’ouvrir. Il manipula précautionneusement l’objet, exerçant une légère pression sur chaque face, à la recherche d’un imperceptible mouvement. Sans le moindre résultat. Il était pourtant certain que cette boîte avait un rôle important à jouer.
Tout à coup, le téléphone sonna, l’inspecteur Stewart décrocha et échangea quelques mots avec son interlocuteur. À la fin de l’appel, il se tourna vers Mike Kennon.

« Restez ici, je suis appelé dans un autre bureau, je reviens dans une minute. », ordonna-t-il avant de sortir.

Le regard rivé sur la boîte posée sur le bureau, Mike ne put s’empêcher de s’en saisir, il avait conscience que ce qu’il faisait lui était formellement interdit. Quelques secondes lui suffirent pour trouver un bouton presque invisible dissimulé sur l’appareil, un instant après, il œuvrait déjà à faire coulisser les panneaux de la boîte afin de l’ouvrir. Lorsque l’inspecteur John Stewart revint dans son bureau, la première chose qu’il vit fut le boîtier ouvert posé devant Mike Kennon. « Comment avez vous osé ? », s’exclama John, le regard réprobateur.

« Je pense que vous abusez légèrement, Monsieur l’inspecteur, vous cherchiez absolument à ouvrir cette fichue boîte et maintenant qu’elle est devant vous, vous fulminez de rage contre moi. À croire que vous êtes sacrément contradictoire. »

John Stewart soupira, néanmoins impressionné par le travail du suspect :

« Très bien…

– Vous avez une idée de ce à quoi ça peut servir ? Peut-être que si j’actionne à nouveau le bouton, ça engendrera quelque chose. », suggéra Mike.
Quand il effectua une légère pression sur l’interrupteur, un déclic se produisit, le petit écran à l’intérieur de la boîte s’alluma et une mollette argentée apparut sur le côté de l’appareil. Surpris, John se redressa :

« Passez-la-moi. »

L’écran affichait des chiffres et des symboles que l’on pouvait faire défiler à l’aide de la mollette. L’affichage correspondait étrangement à celui d’un réveil numérique. John jeta un bref regard à l’écran de son ordinateur et entreprit de régler celui du cube avec la date et l’heure correspondantes.
Lorsqu’il eut terminé, l’appareil affichait très exactement : « 16/11, 13:43 ». Il appuya sur la mollette pour valider ces données. Rien ne se produisit. L’inspecteur et le suspect se regardèrent, déçus. Chacun pensait la même chose sans oser se l’avouer : cet objet ne ressemblait en réalité qu’à une vulgaire montre des plus ordinaires. « Peut-être que si on met d’autres chiffres à la place… », argua Mike. Peu persuadé, Stewart les remplaça par une autre date, le 12 novembre à 22 heures et enclencha le poussoir. Avant même que Mike ait pu esquisser le moindre geste, John Stewart avait disparu.

La sensation qu’éprouva John était des plus déroutantes, les images et les sons défilaient devant lui à une vitesse ahurissante, puis tout redevint calme. L’inspecteur se trouvait dans son bureau, seul, la faible lueur de la lune filtrait à travers les volets mi-clos, pas un son ne venait déranger le silence de la nuit. John Stewart n’arrivait pas à comprendre ce qui lui arrivait. Il alluma fiévreusement son ordinateur, son écran affichait : « 12/11, 22:01 ».
C’est alors qu’il comprit.

Mike ne put s’empêcher de lancer un cri de stupeur lorsque l’inspecteur réapparut devant lui. Deux heures s’étaient écoulées, deux heures pendant lesquelles le suspect n’avait cessé de s’interroger sur la disparition soudaine de John. Ce dernier, nerveux, alla fermer la porte de son bureau à clé et annonça précipitamment : « Je suis remonté dans le temps. Je me suis retrouvé le même jour à la même heure que nous avions indiqués sur le cadran. Je vais retourner dans le passé, quelque temps avant l’explosion et essayer de déjouer les plans du meurtrier et au vu de toute l’aide que vous m’avez apportée je doute que ce soit vous. Je ne vous demanderai qu’une seule chose, si d’ici un peu plus de deux heures je ne suis toujours pas revenu, c’est que quelque chose de grave m’est arrivé. C’est à ce moment-là que vous devez intervenir, remontez le temps à votre tour et sauvez Simon Parker. »

Sur ce, il s’empara de la petite boîte en murmurant : « L’explosion s’est produite à 9h58, je vais donc indiquer 8h sur le cadran… »
L’inspecteur lança un dernier regard à Mike avant de se volatiliser.

Se trouvant maintenant quelques heures avant le meurtre, John courait le long de l’avenue, il bifurqua à droite pour emprunter le chemin longeant la rivière, vers le lieu de la déflagration. La barque se trouvait là, entre les fougères, il se précipita pour la retourner. La bombe était attachée au fond. John remarqua qu’il s’agissait d’un modèle de commande à distance, quelqu’un devait donc se trouver dans les environs pour surveiller l’arrivée de Simon et la déclencher. Au même instant, il entendit un craquement dans son dos. « Pas un geste ou je tire, ordonna une voix. »

Jetant des regards furtifs à l’horloge accrochée au mur, Mike attendait impatiemment le retour de l’inspecteur. John Stewart aurait dû être revenu depuis plus de dix minutes. Mike sentait la peur et le doute monter en lui, puis, n’y tenant plus, il s’empara du cube et le régla avant d’appuyer sur la mollette et de disparaître. Mike n’était jamais allé sur le lieu de l’explosion, il essaya donc de s’orienter comme il le put, cherchant le chemin de halage permettant de se rendre à la barque de Simon. Il courait le plus vite possible, redoutant d’arriver trop tard. Tout à coup, il entendit des voix au loin, accéléra sa course, se dissimula derrière le tronc d’un sapin et écouta.
« Qu’est ce que vous faites ici ? »

Le sang de Mike se glaça, Frank Firman lui tournait le dos, pointant son arme sur John Stewart. « Voyez‑vous, continua-t-il, tout aurait pu se dérouler sans la moindre anicroche, Simon Parker serait mort, Mike Kennon, accusé et vous auriez pu clôturer votre enquête. Malheureusement, je suis dans l’obligation de vous tuer.

– Mais qu’a bien pu vous faire Simon Parker pour vouloir l’assassiner avec autant de hargne ? », s’écria John Stewart. « Il a découvert mes activités de trafic d’armes et de stupéfiants avec les pays de l’Est, il peut me porter préjudice ! Je vais donc rester là à l’attendre pour déclencher la bombe qui le fera exploser.

– Vous êtes fou… », marmonna John.

Au même moment, Frank posa le doigt sur la détente de son 357 Magnum, prêt à appuyer. Sans réfléchir, Mike ramassa une grosse branche de pin et se précipita sur Frank Firman, lui assénant un coup derrière la tête. L’homme s’effondra dans un bruit sourd, évanoui. L’inspecteur remercia Mike d’un regard avant de se diriger vers la barque pour continuer à désamorcer la bombe.

« Qu’est ce qu’on va faire de lui ? », demanda Mike en désignant Frank Firman gisant sur le sol, sa tête reposant mollement sur sa poitrine. « Il faudra vérifier qu’il ne se réveille pas. Appelez de suite le commissariat. Expliquez‑leur les faits sans parler, bien sûr, de notre remontée dans le temps et dites‑leur que Simon Parker, qui ne va pas tarder à arriver, sera sur les lieux pour témoigner contre Firman. Dites‑leur de se dépêcher, c’est urgent ! »

Mike Kennon venait de raccrocher avec les forces de l’ordre, lorsque des aboiements de chien au loin se firent entendre, Simon descendait le chemin et se dirigeait vers eux. Les sirènes des véhicules de police se rapprochaient à leur tour, devenant plus distinctes à chaque seconde.

« John ! Personne ne doit nous voir ! », s’exclama Mike.

Aucun des deux hommes n’avaient remarqué que Firman s’était redressé, dirigeant de nouveau son arme vers eux.

Au moment où John se volatilisait, ses deux heures s’étant écoulées, une détonation retentit.

De retour dans le présent, John se retrouva dans le bureau, lorsqu’il se redressa, il s’aperçut que du sang maculait ses mains.

Simon descendait l’abrupt chemin menant à la rivière. Cela faisait près d’une semaine, qu’il n’avait pas été pêcher. Il repensa à l’étrange conversation qu’il avait eue, deux jours plus tôt, avec l’inspecteur John Stewart, il repensa à cette folle histoire du temps que Stewart lui avait fait promettre de garder secrète, il repensa au dernier coup de feu de Firman qui avait atteint Mike Kennon, cet homme qui, au détriment de sa propre vie, avait sauvé la sienne.

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