La forêt des loups bleus

Nouvelle de Sacha CUTILLAS, incipit 1, en 3ème au collège Damira Asperti, Penne d’Agenais (47)

« Que veux-tu en échange ? » demanda-t-elle dans sa langue rude. Kosmas réfléchit un court instant et répondit : « Je voudrais deux peaux de loups bleus ». La jeune femme, reposa le collier et s’éloigna vers son groupe. Elle prit alors deux magnifiques peaux qui luisaient au soleil. Elle revint, les lui donna et repartit sans un mot avec le collier dans sa main vers les Amazones. Les peaux serviraient à Kosmas pour les nuits qui étaient de plus en plus froides à mesure que la saison des pluies s’approchait. Il les rangea soigneusement dans son sac en cuir. Il s’aperçut également que la jeune femme avait donné le collier à sa compagne.

Pendant quelques heures, Kosmas avait attendu que des chalands viennent admirer et acheter ses objets, mais subitement, des oiseaux gigantesques apparurent dans le ciel limpide. Ils atterrirent non loin de la foire et Kosmas aperçu des personnes en descendre. En à peine cinq minutes, la place fut envahie par une foule survoltée, qui glissait le long des comptoirs comme un fleuve dans son lit. Ces hommes et femmes venaient de nombreuses contrées, il parlaient différents langages, comme si tout le monde était venu pour oublier qu’en cette année trois mille trente cinq, la Terre était en grand danger. Des perles de sueurs coulaient sur le front de Kosmas. Ce dernier avait réussi à vendre presque la totalité de ses objets avant la nuit tombée. Il avait empoché trois cent Gleshs. « Une vraie fortune ! » pensa-t-il en rêvant des plus belles choses qu’il pourrait s’offrir. Il sortit ses peaux de loups, s’allongea sur le sol sableux et s’endormit presque immédiatement. Demain, il partirait car la foire vivait ses dernières heures.

Un cri s’éleva, puis deux, puis trois, puis une multitude de piaillements réveillèrent Kosmas. Les montures des marchands annonçaient l’aube. Le jeune homme s’étira et se leva d’un pas nonchalant. Il regarda autour de lui : tout le monde s’activait pour ranger ses affaires et partir. Kosmas fit de même après avoir prit quelques minutes pour se désaltérer. Il ne restait plus grand chose sur le tapis rouge clair qui constituait son comptoir de fortune. Quelques couteaux trainaient par-ci, par-là ainsi que quelques pendentifs en tissus. Le tout rangé, Kosmas se prépara à partir quand soudain quelqu’un posa sa main sur l’épaule du jeune marchand pour le retenir. « Sais-tu la valeur des fourrures que tu possèdes ? » demanda l’individu. Kosmas se retourna et vit un homme âgé avec une barbe blanche et de rares cheveux tout aussi blancs. Kosmas plongea ses yeux dans ceux, hypnotiques, du vieil homme. Il répondit enfin : « Non..., pourquoi ?
—Car ces fourrures sont magiques, dit l’homme d’un ton mystérieux, et je pèse mes mots !
—Encore des balivernes ! S’exclama Kosmas, la magie n’existe pas !
—Détrompe-toi, renvoya le vieil homme, détrompe-toi... » Et l’homme s’en alla en direction de la place qui jadis avait accueilli une foule innombrable. « Elle seront surtout sacrément pratiques pour l’hiver » ricana Kosmas.

Kosmas ne croisa personne durant son voyage dans le désert, en direction de Tchelford. Il avait effectué un tiers du voyage qui séparait les deux endroits. La nuit tombait et Kosmas s’installa près d’un cactus assez haut. Il s’endormit recouvert des deux mystérieuses peaux de loups bleus.

Une lumière aveuglante réveilla Kosmas. Il se frotta les yeux et regarda autour de lui. Il n’en croyait pas ses yeux. Il était au beau milieu d’une forêt vierge. La cime des arbres laissait filtrer la lumière provenant d’un dôme. Soudain un crissement retentit non-loin de la clairière où se tenait le jeune marchand qui remballa ses affaires dans son sac et quitta le campement. Il avança prudemment entre les branchages et les buissons. Comment s’était-il retrouvé là ? Comment s’en sortirait-il ? Quelles ’’choses’’ habitaient cette végétation ? Autant de questions trottaient dans sa tête quand il entendit un hurlement. « Un loup », pensa-t-il terrifié. Il redoubla de vigilance. Après ce qui lui semblait une éternité, Kosmas arriva dans une nouvelle clairière, bien plus grande que la précédente. Une cabane en bois était perchée bien haut dans un arbre. Kosmas marcha vers le tronc de l’arbre portant l’habitation quand quelqu’un l’appela : « Kosmas ! »

Kosmas se retourna et vit à l’autre bout de la clairière, le vieil homme qu’il avait rencontré à la foire. Celui-ci avança d’un pas claudicant, vers le jeune homme. Le vieil homme s’exclama : « Je te l’avais dit ! Ces peaux sont magiques ». Kosmas ne comprit toujours pas et l’homme âgé lui fit signe de venir dans la cabane. Après avoir porté une fiole à ses lèvres, le vieil homme commença à monter. « C’est une potion pour avoir de la force pendant une minute » dit le vieillard répondant ainsi à la curiosité qui émanait du jeune homme. Kosmas le suivit et monta.

Une fois dans cet abri de fortune, guère plus confortable qu’un placard, le vieil homme présenta un tabouret de bois massif à Kosmas qui s’y installa. Le vieil homme s’assit à son tour et entama la discussion : « Sais-tu comment tu es arrivé ici ? » Kosmas fit non de la tête. « C’est grâce aux deux peaux sacrées ! Eh oui elles ont ce pouvoir que je cherche toujours à comprendre. » Il lui montra alors les piles de papiers qui s’accumulaient sur un bureau. « Moi, Archibald Grifus, murmura le vieil homme d’ un ton nostalgique, j’ai donné ma vie à cette forêt.
—Comment connaissez-vous mon nom ? S’enquit Kosmas.
—Très simple, ricana l’homme, je sais tout de celui qui possède une fourrure. Je suis, en effet, le rexus des loups !
—Le rexus ?
—Oui, dit Archibald, l’élu si tu préf... » Le vieil homme s’arrêta et se leva de sa chaise. Il murmura « Oh non.
—Que se passe-t-il ? » S’inquiéta Kosmas. Archibald se réinstalla et raconta : « Cette forêt est sûrement la plus ancienne de toutes. Elle est peuplée de créatures qui sont censées avoir disparu depuis des millénaires. Le dôme qui recouvre la forêt et la protège du désert permet au passant de traverser la forêt comme si elle n’existait pas. C’est le fruit des êtres qui peuplaient la Terre avant nous. Le seul moyen d’entrer dans la forêt, c’est d’avoir la permission du rexus et de posséder au moins une peau de loup bleu. Le dôme est en très mauvais état à cause de la chasse des loups bleus par les amazones. Ces femmes détruisent sans le savoir la seule source d’énergie du dôme : les loups eux-même » Archibald s’arrêta un cours un instant et repris avec un ton assuré : « Mais moi, j’essaye de les arrêter ! Et j’y arriverai !
—Mais comment les amazones sont-elles entrées ? Demanda Kosmas.
—C’est moi, par erreur, qui les ai invité. Quel erreur impardonnable ! Dit le rexus. » Kosmas prit de pitié lui proposa : « Je peux vous aider ? » Archibald ne réfléchit pas longtemps et saisit Kosmas par les épaules : « Merci beaucoup jeune homme, je te rendrai ton aide ».

Pendant de longs mois, Kosmas et Archibald ,vigilants, s’assurèrent qu’aucune amazone n’entrait dans le dôme ; bien que la tâche fut rude, les amazones arrivaient quand même à pénétrer dans cet endroit merveilleux. Un jour alors que le dôme illuminait la forêt, Kosmas se promenait seul dans cette végétation hors du commun. Parfois il croisait un arbre violet qui s’agitait dans tout les sens ou des animaux ressemblant à des rennes. Mais ce jour là ce qu’il vit, il ne l’oublierait jamais. Alors qu’il continuait son périple, une ombre traversa à toute allure et s’arrêta : c’était un de ces légendaires loups bleus. Ce dernier regarda Kosmas de ses yeux en amandes et s’assit. Kosmas ressentait un mélange de panique et de joie. Le jeune homme s’avança avec précaution. Le loup semblait confiant. Kosmas était maintenant à trente centimètres du loup, il tendit sa main et caressa avec fébrilité la fourrure bleue argentée du loup. Kosmas ressentit soudain comme une vague fraiche qui traversait tout son corps. Alors que le loup se levait, Kosmas regarda sa main et vit, au creux de sa paume une petite virgule bleue. Le loup s’éloignait doucement. Kosmas savait qu’il devait le suivre.

Archibald était dans son fauteuil, concentré sur un vieux parchemin quand il sentit quelque chose d’étrange. Il se leva et regarda par la fenêtre. Le dôme s’assombrissait de plus en plus. « Nous y sommes » pensa-t-il. Il descendit de l’arbre et s’enfonça dans l’épaisse forêt.

Kosmas et le loup étaient arrivés dans une clairière verdoyante. Une lumière étrange luisait en son centre. Une horde de loup était en cercle autour de la lumière. Le loup rejoignit les siens. Le jeune homme s’approchait de la lumière quand soudain quelqu’un cria : « Ne fais pas ça ! » Archibald venait de la forêt tout essoufflé. « Si tu touches cette lumière tu mourras !
—Mais... qu’est-ce-que c’est ? demanda Kosmas intrigué
—Ceci est la source même de l’énergie du dôme, répondit le vieillard, avant, elle englobait toute la clairière. Mais les loups, qui transmettent une partie de leur énergie à cette lumière, sont de plus en plus rares.
—Comment faire ? Demanda Kosmas.
—Il faut trouver une source d’énergie suffisante pour remplacer une centaine de loup, répondit Archibald, et je pense que j’ai trouvé. Reste ici, les loups ne te feront aucun mal, je vais chercher quelque chose. » Archibald reparti dans la forêt de plus en plus obscure.

Archibald revint. « Voilà j’ai trouvé » s’exclama-t-il fièrement. Il arborait une pierre ovale, polie et rouge comme le sang. « C’est l’objet le plus précieux de la planète, dit-il, c’est un œuf de dragon ! » Il laissa Kosmas digérer la nouvelle et reprit « Je pense que cela suffira. A ma connaissance, il n’y a eu dans cette forêt que quatre dragons qui régnaient sur une grande partie du pays. Malheureusement ce cinquième est mort juste avant son éclosion, de froid selon ma théorie. Les dragons possédaient des pouvoirs extraordinaires que nulle autre créature ne possédait. C’était les êtres les plus évolués que la Terre ai connue. Seulement, je ne sais pas comment transférer l’énergie de cet œuf au dôme. Je suis pourtant certain que nous tenons là la solution.
—Lancez-le dans la lumière » suggéra Kosmas. Archibald lança l’oeuf mais ce dernier rebondit et se figea dans le sol. Archibald reprit « Il faut trouver un autre moyen ».
« Peut-être faut-il la déposer dans ce faisceau lumineux ? Suggéra encore une fois Kosmas.
—Non, si quelqu’un la touche, il meurt sur le champ, informa Le vieil homme. » Les deux compères s’échangèrent leurs idées mais aucune ne convenait. Archibald en arriva a la conclusion : « Il faut que je la dépose dans le faisceau.
—Mais non, s’exclama Kosmas, il y a surement un autre moyen !
—Non, dit Archibald, je le regrette. Ah, et une dernière chose : après ceci, tu deviendras le rexus alors tâche de faire bon usage de ton pouvoir. » Ce dernier s’avança, Kosmas très ému voulut l’arrêter mais une force étrange l’en empêcha. Il fut projeté en arrière et s’étala sur le sol. Il put voir une dernière fois Archibald qui déposait l’oeuf avant qu’une lumière éblouissante engloba la clairière. Il vit le vieil homme lui faire un dernier sourire avant de disparaître. Quelques secondes plus tard Kosmas perdit connaissance.

Quand Kosmas se réveilla, il était couvert de sueur. Il se trouvait dans la clairière près de la cabane. Des loups l’entouraient, comme pour le protéger. Le jeune marchand sentit en ces animaux cette profonde tristesse que lui même ressentait. Une goutte glissa sur sa joue. Ce n’était pas de la sueur mais une larme.

Après plusieurs jours, Kosmas réussit à finaliser l’œuvre d’Archibald. Il venait de fermer le dernier passage pour accéder à la forêt. Maintenant, les loups le suivait partout. Il jouait souvent avec eux pour passer le temps. Mais un jour il se résolut à leur dire : « Je dois partir, le travail m’attend mais je reviendrai, je vous le promet ». Il les caressa un par un et toucha la petite virgule au creux de sa main.

« Papa, dit un petit garçon,
—Oui ?
—Tu peux me raconter encore une fois ton histoire sur les loups ?
—Ce soir Archibald je te le promet » répondit Kosmas. Il réalisa que cela faisait plus de vingt ans qu’il n’était pas retourné dans la forêt. Il regarda alors sa paume en esquissant un sourire. « Je pars, annonça-t-il, je reviendrais ce soir.
—D’accord, répondit sa femme, ne rentre pas trop tard. ». Kosmas sortit de la maison.
« C’est parti, pensa Kosmas, je reviens ! ». Il tapota alors sa marque, une nouvelle aventure commençait.

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