La princesse sans royaume (incipit 1)

écrit par Martin TRONCHON, en 5ème au Collège Jean Moulin à Lyon (69)

Au milieu de cette farandole colorée qui bruissait en cercles indécis autour de moi, j’agrippais de toutes mes forces la main de ce garçon qui était pour ainsi dire ma seule chance de salut.

Je virevoltai, suspendu au fil de la course insensée de cet étrange jeune homme aux yeux étincelants sertis de reflets fourbes.

Nous débouchâmes sur une salle étroite et sombre, il me lâcha la main.
Au centre, une dizaine d’hommes masqués me dévisageaient de leur mines lugubres. Je me souviens avoir vu Dracula, Néron, un Neandertal, Arsène Lupin et Dark Vador…

Je me sentais menacée. Un autre homme au masque blanc s’avança vers moi d’une démarche nonchalante, un rictus moqueur esquissé sur ses lèvres fines :

« Tu as fait du bon travail, Minos » lança-t-il à l’adresse de mon ravisseur.

Il était tout près de moi à présent, je sentais son souffle chaud comme la braise sur ma joue et je distinguais avec précision les runes dorées de son loup pâle comme la mort.

Mais il n’eut pas le temps de mener à bien ses sinistres desseins car le prénommé Minos l’interpella :

« Ménélas et Méléagant sont restés avec Anubis, Maître.

– Comment ? Siffla l’autre. Ils subiront ma colère, la colère d’HADES, Dieu des Enfers !! »

Ce mot déversa en moi une vague de peur incontrôlable, irrésistible, une détresse oppressante et je n’y tint plus ; d’un geste ample et puissant je me dégageais de mes opposants et m’élançais vers la fenêtre la plus proche pour m’y jeter, la tête la première.

Sous les yeux ébahis des dix autres empotés, des milliers de débris cristallins vinrent remplacer la vitre épaisse…

Mais le rêve se brisa, la chute fut brève et je me retrouvai allongée dans l’herbe humide du parc. …

Là, un petit vieux aux cheveux en pétard était penché sur moi :

« Tu n’aurais pas du sauter car la pression stratosphérique était trop faible. »

Devant ma mine incrédule, il ajouta, comme pour me rassurer :

« Aussi vrai que e=MC2 »

Et, là, l’illumination :

« Mais ma parole vous êtes Albert Einstein ! M’écriais-je.

– Ma foi oui » me répondit le vieux.

Alors je me souvins que j’étais fugitive

« Ecoutez, je suis poursuivie. Connaissez vous un endroit où je pourrais me cacher ?

– Non mais j’ai un vieil ami qui pourrait sans doute t’être utile. »

Einstein m’emmena à travers des dédales perdus des escaliers du château qui passaient du gothique au roman, toutes les quatre marches avec ses statues qui semblent vous observer si intensément jusqu’à un jardin où Aristote et Platon se livraient un match d’escrime acharné sous les yeux de maître Yoda.

A notre vue, Platon glissa quelques mots de grec à son compagnon et partit.

Aristote, un petit bonhomme à l’air loufoque, s’avança vers nous, tout sourire :

« Einstein ! Par Gassendi ! Comment vas-tu ? Et Frankenstein ?

– Ma foi, fort bien, il est parti en vacances en Transylvanie avec ce bon vieux Nessie !

Il t’embrasse bien fort ! »

Leurs discussions de scientifiques toqués et le fort accent Marseillais de Platon me tapèrent vite sur les nerf et je m’interposais :

« Navré de devoir interrompre de si émouvantes retrouvailles, mais au départ, le sujet de cette visite surprise, s’était tout de même moi !

– Ah oui, je t’emmène cette jeune fille, elle est poursuivie et veut se cacher.

– Alzeimer, me souffla Aristote.

– Quoi ton nom être ? demanda Yoda

– Europe, lâchai-je précipitemment, de peur d’être interrompue de nouveau (ce qui ne pût réprimer à Aristote un rire étouffé), et je veux m’enfuir immédiatement de ce maudit château ! De plus, je vous prierais messieurs de bien vouloir me … »

Une énorme explosion me fit taire. Dracula en personne venait d’apparaître dans une épaisse dentelle de fumée de noire.

PSST, par ici siffla Aristote alors que la silhouette hautaine de Dark Vador se découpait au milieu de débris. Un éclair rouge sorti de sa main. Une flèche verte lui répondit de l’autre côté de la salle et Yoda, sabre en main, se jeta sur Dark Vador.

« Pars, vite ! me cria Einstein, suis Aristote et que la relativité te protège. ! »

Que la force soit avec toi ! me lança Yoda

Alors tu viens ! s’impatienta le philosophe en montrant un petit tunnel poussiéreux. J’eu juste le temps d’apercevoir le Neandertal qui arrivait en hurlant suivi par un masque blanc qui m’était bien familier à présent avant qu’Aristote me ramena sur terre :

« Eh ! Tu rêves ? Je m’arrête ici ; Ce jeune homme prend le relais

Je reconnus le jeune homme. Je voulus m’enfuir mais il me retint.

Ne pars pas, reste un peu ! Je vais te présenter à mon père ! »

En voyant l’éclat luisant de ses yeux, je n’y tins plus, je lui arrachai son masque….

Du moins j’essayais car ce n’était pas un masque…

Alors l’horreur me crispa : c’était un taureau, un homme taureau !!!

Mais la peur se fit plus grande encore, mon sang se glaça : son père était sans aucun doute le Minotaure.

Il me traîna dans le parc du château jusqu’à un immense Labyrinthe et je regrettai de ne pas m’être déguisée en Ariane ou en Thésée.

Je me demandai :

Que peut faire Cléopâtre contre la bête mythique de l’Antiquité ?

Nous entrâmes dans le labyrinthe…

Un sol jonché d’ossements qui se divisait en multiples chemins..

Un cri retentit et l’écho se répercuta jusqu’au plus profond de mon être.

Mon regard se posa sur une ombre, une ombre minuscule et pourtant plus effrayante que n’importe quelle autre. Je trébuchai. L’ombre s’approchait et Minos restait impassible. Elle était là à présent , l’ombre, au dernier tournant. Un nouveau cri. L’ombre s’enfuit. Je me relevai ?

Puis quelque chose me toucha l’épaule.

Brusquement je me retournai, mais là, rien…

Ensuite une voix au accents enjôleurs vint faire sombrer dans une douce folie ce qui me restait de conscience…

Je ne pensais qu’à la voix. Mon âme se tassait au plus profond de moi-même pour lui faire place dans mon corps engourdi. Je la suivais, carcasse vide au milieu des sillons perdus du labyrinthe.

Brusquement, je revins à moi.

La voix s’était éteinte. Je voulus revenir en arrière mais il était trop tard. Un mur surgit au détour d’un gros roc m’enfermant à jamais dans le Labyrinthe, l’écho se répercutant au creux de mon corps endolori. J’eus beau taper sur toutes les pierres du mur pour voir si l’une d’entre elles ferait basculer dans l’autre sens l’énorme masse, rien.

Minos, que j’avais oublié, caressa de la main un mur qui pivota instantanément.
En me dévisageant de son regard brûlant, il murmura, une once de défi dans la voix :

– Après vous, mademoiselle !

En lui renvoyant son regard je m’engageai dans un passage aux murs élevés, lisses et noirs, ne me laissant aucune échappatoire.

Au fond de ce couloir deux fentes rouges déchiraient le voile opaque de l’ombre menaçantevqui s’était dressée au dessus de nous : un orage approchait.

« Lui, on va le sentir passer, cracha Minos, entre ses dents.

La voix, semblant venir du ciel, lança :

« BIENVENUE DANS MON HUMBLE DEMEURE EUROPE, FILLE DE ZEUS ».

La voix ténébreuse, menaçante et si attirante venait de me faire la révélation qui allait à jamais bouleverser ma vie :

« Vous mentez, hurlais-je

– Non, Europe, regarde

Le Minotaure écarta les mains et je fus engloutie par un trou mauve aux reflets d’argent.

Un bébé, moi, sans doute puis Hadès, coiffé de son éternel masque blanc, mon enlèvement, ma mère effondrée, mon abandon sur Terre, mon recueillement par de jeunes gens affectueux, ma jeunesse, le noir, un cri et puis, plus rien.

« Voilà, murmura le Minotaure, il fallait que tu saches avant de mourir »

Son œil, doux jusqu’ici, se gonfla de haine mais il n’eut pas le temps de faire quoi que ce soit d’autre car Minos s’était jeté sur lui.

« Cours !!!!!! »me hurlât-il.

J’hésitais à l’abandonner, en dépit de tout ce qu’il m’avait fait endurer.

« Cours !!!!!! »

Alors, mécaniquement, mes pieds se mirent en marche, je protestai et pourtant, s’était plus fort que tout, mettre un pied devant l’autre.

L’énorme tête hirsute du Minotaure prit un air désolé :

« Quelle ironie, je suis navré, vraiment, mais que croyais tu ? M’abattre d’un simple coup de corne ? Non, tu n’est pas idiot à ce point, n’est-ce pas ?

Mais je m’en moque, aujourd’hui tu es un traître.

– Pourtant, mon père, c’est vous qui…

– Trêve de bavardages !!

Alors, le Minotaure assena à son fils un coup si puissant qu’il rebondit comme une vulgaire chaussette négligemment jeté contre un mur.

Minos se tourna vers moi avec une expression si sincère, compréhensive, attristée et désolée à la fois que je lui pardonnai d’un seul coup d’avoir anéanti ma vie (ce qui n’est pas rien, je vous assure !).

La bête arracha l’une des cornes de son fils et lui enfonça dans le ventre aussi aisément que dans du beurre.

Il ne cria pas, ne broncha pas, il se figea, laissant les flammes ardentes de ses yeux s’éteindre à jamais…

J’habillai mon cœur du regard de Minos et pensai :

« Merci »

Alors, je laissai libre cours à mes larmes, un flot de larmes intarissable.

Lorsque je revins à moi, une falaise de 400 mètres de haut vint se dérouler juste devant moi.

S’était la falaise ou le Monstre, je le savais mais je ne pouvais m’empêcher de penser à ceux qui m’avaient sauvé la vie, parfois au péril de la leur.

Connaissaient-ils les secrets que renfermait mon passé ?

Cela n’avait plus d’importance, ma décision était prise.

Un pas en avant, le sol se déroba sous mes pieds et ce fut la chute.

J’entendais les cris de rage et d’impuissance de la créature qui voulait ma peau.

Mais j’étais déjà loin, loin d’Hadès, loin d’Arsène Lupin, loin de ma famille adoptive, de mes amis…

Ainsi, c’est sur le dos d’un taureau blanc que je rejoignit l’Olympe, comme l’avait fait ma mère avant moi, où je retrouvai Aristote, allias Pan, Einstein, ou plutôt Poséidon, Yoda (Arès), Platon, le bel Apollon (vexé que je ne l’ai pas remarqué plus que ça et Minos, le splendide Hermès ainsi qu’Hadès qui me demanda ce que j’avais pensé de sa petite intervention, pour corser un peu la chose d’après lui.

Mes parents bien sûr, Europe et Zeus (qui n’a jamais aimé Héra, rien que des ragots, soi disant).

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