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Le cow-boy et le mustang

George invite machinalement le vieillard à entrer, et c’est précisément au moment où il referme la porte derrière lui qu’il remarque qu’aucune trace de pas n’imprime la neige.

George restait déconcerté, dans sa tête se mélangeaient beaucoup de questions. Pendant ce temps-là, le vieillard s’avançait dans le séjour, sans qu’il ait besoin qu’on lui indique le séjour, comme s’il connaissait déjà la maison. Drôle de sentiment pour George qui voyait un inconnu pénétrer dans son salon, pourtant il n’en resta pas moins poli. Le petit vieux s’avança près de la cheminée en pierre surmontée de plusieurs cadres photos où crépitait un feu aux flammes dansantes. Il s’arrêta près du vieux siège en cuir recouvert d’un plaid et observa la pièce dans son ensemble. Elle était chaleureuse, de chaque côté de la cheminée se trouvaient des tableaux représentant les paysages sauvages du Wyoming. Les quelques meubles présents étaient surmontés de trophées ou de quelques objets bien distincts.
Le vieillard observait la pièce de ses yeux sombres mais qui se trouvaient quand même pétillants. Il s’approcha de la cheminée et, de ses vieilles mains de travailleur, saisit délicatement un cadre photo.

  • Magnifique bronco, déclara-t-il.
  • Arès XVI, le premier bronco qui m’a mené au podium et à la première place, un véritable démon.
  • J’ai toujours aimé les chevaux au fort caractère ! Le meilleur que j’ai eu s’appelait Vasco, un superbe mustang. Je n’ai jamais retrouvé meilleure monture après ça.
  • Vous semblez vous y connaître, répondit George en s’aventurant près de la cheminée, interpelé.
  • Bien sûr que je m’y connais ! railla-t-il. J’ai gagné le titre de meilleur cavalier de monte de bronco dans l’état du Wyoming !
    Surpris, George se demanda s’il connaissait ce vieillard. Il n’avait pourtant pas l’impression de le connaitre, et Dieu sait qu’il en faisait des rodéos !
  • Je n’ai jamais entendu parler de vous, en quelle année était-ce ?
  • 1951.
    George eut l’impression qu’on lui renversa un sac de neige froide sur la tête. 1951 ? Cela remontait à plus de soixante-dix ans ! Il ne pouvait pas y croire, n’était-il pas en train de rêver pour assister à ça ?
    Alors que le cerveau de George bouillonnait, essayant de trouver un sens à toute cette histoire, le vieux reposa le cadre photo et s’approcha de l’une des peintures suspendues au mur. Il s’arrêta devant elle, le regard soudain ému, un sourire doux étirant ses lèvres. Du bout des doigts, il caressa la toile. Le tableau reproduisait un paysage. Dans le fond se trouvaient des montagnes dont les sommets étaient enneigés, des arbres aux feuilles jaunes et vertes bordaient les côtés, une petite rivière serpentait au centre, entre les herbes hautes. Marchant au milieu de ce paysage, trois chevaux se suivaient, menés par un cow-boy fièrement assis sur un cheval à la robe pie.
  • Je n’arrive pas à croire qu’il soit toujours là…, murmura le vieil homme.
    Sa phrase sortit George de ses profondes pensées, il releva les yeux vers le tableau.
  • C’est un tableau qui est dans la famille depuis des années. Je crois que c’est mon arrière-grand-mère qui l’a peint.
  • Oui, Lizzy avait toujours eu un don pour la peinture.
  • Lizzy ? répéta George surpris.
  • Le nom de ton arrière-grand-mère était aussi celui de ma femme, Lizzy Wiley. Elle m’avait offert ce tableau pour nos cinquante ans de mariage.
    La bouche de George s’ouvrit d’elle-même, ses yeux s’écarquillèrent de surprise et sa respiration se coupa ou devint faible. Il sentit ses poils se hérisser et un frisson lui parcourut le corps. Se tenait devant lui, habillé de vieux habits, les cheveux gris scintillants, son arrière-grand-père.
    La neige ne cessait de tomber alors que la nuit continuait de devenir plus noire qu’elle ne l’était déjà. Arthur se tapa le genou en riant de bon cœur en racontant son histoire, pendant que George riait plus doucement, amenant son verre de whisky à ses lèvres. Voilà plusieurs heures maintenant que les deux parlaient, assis près du feu, deux verres et une bouteille de whisky leur tenant compagnie. George avait fini par abandonner l’idée de trouver un sens à cette situation et écoutait attentivement les histoires de son arrière-grand-père. Ce dernier se révéla être le cow-boy pur et dur que l’Amérique connaissait si bien. Coureur de jupons, cascadeur, intrépide, toujours fourré dans les mauvais plans, n’hésitant jamais à aller aider son prochain, un amoureux des chevaux et de la liberté. Arthur avait marqué sa génération en étant l’incarnation du cow-boy héroïque dont les légendes de l’Ouest parlaient. Les rires se calmèrent et le vieux cow-boy posa les yeux à nouveau sur le tableau que son épouse lui avait offert. George suivit le regard de son aïeul, déposant son verre sur la table.
  • Promets-moi que ce tableau ne sera jamais décroché de ce mur, George.
  • Je vous le promets, déclara-t-il en fixant Arthur dans les yeux.
    Arthur sourit et se leva avec un peu de mal, mais demanda de bon cœur :
  • Et que sont devenues les écuries alors ? Je me languis de voir ces chevaux !
    Les deux hommes se levèrent et sortirent sous la neige qui tombait avec douceur. En face de l’habitat familial, un bâtiment aux grandes portes rouges se dessinait, laissant échapper les quelques ébrouements et hennissements des chevaux. Deux rangées de plusieurs boxes se faisaient face et, lorsque George alluma la lumière, quelques quarter-horses se montrèrent curieux en passant la tête à la porte de leur box. Arthur s’avança vers l’un d’eux, un sourire aux lèvres.
  • Ça a bien changé depuis le temps, dit-il en caressant le chanfrein du petit cheval.
    George observa son arrière-grand-père avec un sourire, ne disant rien, profitant du moment présent. Arthur s’aventura dans le reste de l’écurie, passant ses vieilles mains fatiguées sur les selles et bridons. En touchant le vieux cuir assoupli par le temps, il se sentait revivre, comme s’il revenait dans le passé, au temps où il sellait son mustang et partait à travers les plaines et forêts du Wyoming. Sur les poutres qui soutenaient le toit, des photos et plaques étaient accrochées, parfois recouvertes de poussière et de toiles d’araignées, le temps ayant déposé son voile sur elles. Arthur les observa et une larme roula sur sa joue lorsqu’il aperçut une photo, celle de lui et de son mustang après avoir gagné la première place au rodéo de Cody en 1954.
  • J’aimerais y retourner, dit-il d’une faible voix.
  • Ne voudriez-vous pas retrouver ça avant ? demanda George en s’approchant, un bridon à la main qu’il tendit à Arthur.
    Perplexe, le vieux cow-boy saisit timidement la bride. Il l’observa un instant avant de frotter le vieux cuir poussiéreux et de découvrir le nom de son mustang, gravé sur une plaque. Cette fois-ci, les larmes ne purent être retenues et elles coulèrent le long des joues d’Arthur.
  • Je savais bien que j’avais déjà entendu le nom d’un petit mustang pie. Le cuir n’a pas été lavé depuis longtemps, mais il est toujours en état.
  • Merci…, sourit Arthur entre deux larmes qu’il essuya du revers de la main.
    George lui donna le bridon, avant de se retourner vers le box derrière lui et de rajouter :
  • J’ai aussi pensé que ça vous plairait d’aller faire un tour à cheval, pour revoir les environs. Le jour ne va pas tarder après tout.
  • Oui, le jour ne va pas tarder à se lever, répéta la voix d’Arthur soudainement lointaine.
    George se retourna et découvrit Arthur, sur le seuil de l’écurie, le bridon dans les mains, un sourire heureux aux lèvres. Il leva les yeux vers son arrière-petit-fils et, d’une douce voix, dit :
  • Mais je crois justement qu’il est temps. Je crois que j’ai un vieil ami à retrouver, compléta-t-il en montrant le bridon, avant qu’un lointain hennissement ne résonne dans la nuit. Tu l’entends ? Il est là, tout près, ce bon vieux Vasco. Merci George, je suis heureux que le ranch soit entre tes mains, je ne doute pas de son avenir. Et je suis heureux d’avoir pu faire ta connaissance.
  • Moi aussi, Arthur.
    Alors, après un dernier sourire, Arthur s’éloigna, le bridon à la main, dans la nuit, parmi les flocons virevoltant de la neige. Avant de disparaitre complètement, il rajouta :
  • N’oublie pas de tendre l’oreille, le chant du mustang est éternel.
    George se réveilla en sursaut dans son fauteuil, les rayons sanguins du soleil levant lui caressant le visage. Il se tourna vers le tableau peint par Lizzy et s’approcha, observant attentivement la silhouette d’Arthur, assis sur son mustang pie. Avait-il vraiment rencontré son arrière-grand-père ou bien n’avait-il fait qu’un rêve, légèrement influencé par le whisky qu’il avait bu ? Tant de questions se bousculaient et, pourtant, il n’y accorda aucune importance, continuant de regarder le tableau. Et, comme si cette nuit étrange avait été la solution de son problème, il retourna à son bureau et se mit à écrire. Il avait trouvé le fil conducteur de son histoire, le héros qui allait incarner une légende de l’Ouest, un cow-boy monté sur son mustang pie.
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