Le long périple d’Hakim et Aïcha

Écrit par GALOPIN Romane (4ème, Collège de Roquebleue de Saint-Georges-de-Reintembault), sujet 2. Publié en l’état.

- Je ne sais pas, je sais seulement qu’ils fuient, comme nous.
La petite Aïcha avait poussé un long bâillement. Sans lui laisser le temps d’enfiler ses chaussures, Hakim, son grand frère, l’avait prise dans ses bras. Il avait emporté un sac qu’il avait rempli avec les peu de vêtements et de nourritures qu’ils possédaient.
- Attends !
- On a pas le temps, les gens partent, nous devons les suivre.
Ces mots n’avait pas calmé Aïcha. Celle-ci s’était débattue et avait essayé de poser le pied au sol. L’adolescent avait donc posé sa sœur qui immédiatement, s’était mise à courir en direction de la maison. Quelques dizaines de secondes plus tard, elle en était ressortie avec ses chaussures aux pieds et sa peluche à la main. Elle était arrivée en trottinant vers son grand frère, un petit sourire aux lèvres. Elle ne comprenait sans doute pas le long et dangereux périple qui les attendait.
Il faisait nuit. Une nuit noire et effrayante. Le village était entouré d’une épaisse forêt, qu’il faudra traverser silencieusement. Des dizaines de villageois, en familles ou en couples, parfois seul, s’acheminaient silencieusement vers la place de la petite ville. Ils avaient un maigre bagage et la peur se lisait sur leur visage mais presque tous semblaient déterminés à fuir leurs pays. Les deux enfants les suivirent. Quand Aïcha et Hakim arrivèrent sur les pavés de la place, il y avait déjà des dizaines, peut-être même une ou deux centaines de personnes, prêtes à fuir leur pays.
- Pourquoi il y a autant de gens ? On va où ? Demanda Aïcha.
Hakim s’accroupit face à sa sœur.
- Papa et Maman sont partis. Loin. On doit les rejoindre. Ils avaient une occasion inespérée de s’enfuir. Un de leurs amis est venu à la maison cette nuit, m’a tout dit et m’a donné le message de Papa : il me demande de veiller sur toi et de les rejoindre, en France.
Il sortit de sa poche un bout de papier où était inscrite l’adresse d’une maison à Nice.
- C’est où ça, Nice ? demanda-t-elle, perplexe.
- C’est en France, répondit Hakim.
- C’est où la France ?
- C’est très loin et il n’y a pas de guerre, expliqua-t-il.
- Oh..
Aïcha s’imaginait, dans un pays sans guerre et sans horreur. Une question la taraudait :
- Mais.. Et les sangliers ? C’est eux qu’on fuit ?
Hakim sourit tristement. Leur père, pour expliquer la situation critique de leur pays à sa fille, avait employé le mot « sanglier » pour parler des terroristes. Grâce à ce mot, la petite avait très bien compris la situation sans en être affectée. Le garçon ne voulait pas inquiéter sa sœur , c’est pourquoi il lui répondit tout simplement :
- Ne t’inquiètes pas, tout se passera bien. Les sangliers ne nous embêterons pas. _ _ Mais oui, ce sont eux que nous fuyons.
Malgré cette tentative pour la rassurer, Hakim voyait bien que cela ne suffisait pas : Aïcha affichait une mine dubitative. Après un long silence, à attendre sans savoir ce qu’ils devaient faire, Aïcha demanda :
- Ça va prendre combien de temps pour aller à Nice ?
- Euh.. Je ne sais pas..
Un vieil homme qui avait entendu leur conversation, se permit d’intervenir et de répondre à la question de l’enfant :
- A pied, cela prendra de longs mois. Si vous prenez le bateau, ce sera certainement plus rapide… Une chose est certaine, il nous faudra être courageux et faire très très attention à l’accueil que nous recevrons, qui risque d’être… Violent.
- Des mois ?! s’écria Aïcha qui était resté sur la première phrase.
L’étonnement se lisait sur le visage de la petite fille. L’idée de marcher aussi longtemps lui semblait impossible. Soudain, la foule bougea. Certaines personnes abandonnaient, par peur de mourir.
D’autres semblaient désespérées. Les personnes les plus argentées se dirigèrent vers les côtes, à l’ouest, pour y prendre le bateau tandis qu’un autre groupe composé de femmes et de leurs enfants entamait une longue marche vers le Nord-Ouest. Hakim et sa sœur se joignirent à ce groupe. Il savait que le chemin serait terriblement dangereux, que chaque pas pourrait leur être fatal. Les terroristes qui devaient surveiller de très près les migrations qu’il y avait dans le pays n’hésiteraient pas à agir violemment. Souvent, Hakim, qui se levait tôt, retrouvait des corps sans vie sur la place du village… Il fallait effrayer ceux qui seraient tentés de partir. Il devait alors retenir sa colère, réprimer sa tristesse et son dégoût face à ces horribles spectacles et ne pas afficher cette horrible peur qui lui nouait le ventre.
Durant deux semaines, ils marchèrent. Les nuits étaient fraîches et les journées pénibles. Ils s’approchèrent d’Istanbul, qu’ils devaient contourner pour éviter d’être capturés puis emprisonnés.
Encore quelques heures de marches et ils attendraient le chemin pour contourner la ville. Soudain, un sanglot déchirant perça le silence. Tous se retournèrent pour voir d’où provenait ce cri. Une femme pleurait, criait, sanglotait. Elle regardait son enfant, un bébé de quelques mois à peine, dont le bras pendait dans le vide. Tous comprirent. Le bébé était mort. Pendant une demie-heure, la femme resta assise dans la boue, à bercer son enfant décédé et à murmurer des prières tout en pleurant. Personne ne parla, personne ne l’obligea à se lever. Tous s’étaient assis silencieusement à même le sol pour attendre et avaient partagé sa douleur dans le plus grand silence. Enfin, elle se leva, regarda les autres migrants avec un regard humide puis commença à marcher, serrant son bébé. Hakim et Aïcha se levèrent comme tous les autres et suivirent la femme. Certains avaient tenté de lui enlever son enfant des bras en disant qu’elle allait s’encombrer et fatiguer. Mais chacun avait eu le droit à un regard meurtrier de la part de la mère, comme si leurs paroles étaient maudites.
Un mois qu’ils marchaient. Aïcha s’était souvent effondrée de fatigue ainsi que de nombreuses personnes, principalement des enfants. La femme au bébé gardait toujours le corps de son enfant contre elle, même la nuit.
Ils arrivèrent en Italie.
« Bienvenue en Italie, où tous vos rêves sont réalisables » affichait le panneau surplombant l’autoroute située à quelques mètres du chemin où ils se trouvaient ; message que l’un deux, un homme de petite taille, parvint à déchiffrer.
Tandis que l’autoroute tournait vers la ville à l’ouest, les réfugiés se dirigèrent vers l’est, vers la campagne et parvinrent dans un petit village d’à peine mille habitants en pleins nuit. Lorsqu’une centaine de personnes apeurées traverse silencieusement la nuit un village vide, cela donne une impression de films d’horreur ; c’est ce que ressentit Carlotta en apercevant par la fenêtre de sa chambre ces zombies qui déambulaient dans son village. Elle repéra un homme imposant, probablement le chef du groupe, qui prit la parole. Les autres l’écoutaient, hochèrent la tête puis de dispersèrent dans le village. C’est alors que Carlotta vit une petite fille, blottie dans les bras d’un garçon endormi, qui semblait être son frère. La jeune migrante la vit et posa son regard sur elle. Il faisait très sombre mais Carlotta apercevait son visage tourné vers elle. Repensant aux conseils de son père à propos des inconnus, elle ferma le rideau et s’endormit. Elle ne dormit que quelques heures. Lorsqu’elle se réveilla, elle se précipita immédiatement à la la fenêtre. Le soleil pointait le bout de son nez et elle put enfin voir qui ils étaient et à quoi ils ressemblaient et lorsqu’elle comprit, elle écarquilla les yeux. Des migrants ! Il fallait qu’elle prévienne son père ! Elle s’apprêtait à toquer à la porte de la chambre de ses parents mais hésita, par compassion. Ses réfugiés méritaient-ils vraiment de se faire chasser ? Elle baissa la main, retourna dans sa chambre et observa. La petite fille aperçue la veille au soir observait à nouveau sa fenêtre et quand leurs regards se croisa, Carlotta lui sourit et l’enfant lui rendit son sourire. La jeune adolescente décida de leur venir en aide en leur apport de la nourriture… Puis elle enfile rapidement son manteau, prit le plateau où se trouvaient des barres chocolatées et des gâteaux et ouvrit la porte. Elle sentit se poser sur elle leurs regards apeurés.
- Prenez, leur dit-elle, n’ayez pas peur… Vous devez vous dépêcher, mon père n’apprécit pas les migrants.
Elle ouvrit une barre chocolatée et la tendit à la petite fille à qui elle avait sourit. Celle-ci s’approcha, empoigna la barre, qu’elle croqua aussitôt avec gourmandise. Le bonheur se lisait sur son visage. A partir de ce moment, quelques-uns s’approchèrent et Carlotta procéda à la distribution. Soudain, le père de Carlotta ouvrit brutalement la porte de leur maison.
- Carlotta, retourne immédiatement dans ta chambre et ne t’approche plus de ces bêtes ! Cria-t-il.
Les migrants prirent peur et les hommes cherchèrent à protéger les femmes et les enfants.
- Mais Papa ! Ils sont gentils, ils ont rien demandé eux !
- Ne discute pas ! Éloigne-toi de ces voleurs de travail, de ces terroristes ! C’est à cause d’eux qu’on a tous ces attentats !
- Arrête ! Tu ne sais même pas ce qu’ils ont traversé pour en arriver ici !
- J’en sais plus que toi ! Je sais que ce sont des gens qui viennent ruiner l’état, voler nos boulots et nous attaquer !
- Laissez-nous partir, dit le petit homme.
- Pas question ! Rétorqua-t-il, furieux.
Il retourna dans sa maison , fermement décidé à leur faire regretter de l’avoir rencontré.
- Courrez ! Il va prendre son fusil ! Hurla Carlotta.
Tous comprirent et se mirent à courir. Carlotta entra dans sa maison, ferma la porte et cacha la clef.
- Papa, t’es devenu fou ! Ça va pas la tête ?! Cria-t-elle du haut des escaliers menant à la cave.
Celui-ci remonta, la rage au ventre et la colère crispait son visage. Il poussa Carlotta hors de son chemin et tenta d’ouvrir la porte. Voyant que celle-ci ne s’ouvrait pas, il hurla sur Carlotta :
- Où est la clef ?!
La mère de Carlotta s’était réveillée et ses pas faisaient craquer le vieil escalier. Lorsqu’elle vit son mari, le fusil en main et et le visage furieux, elle lui dit doucement de se calmer.
- Me calmer ?! Alors que des monstres tentent de fuir ?! Jamais ! Cria-t-il.
Tandis qu’il cherchait la clef, sa femme s’approcha de lui. Il s’apprêtait à crier à nouveau quand la main de son épouse claqua sur sa joue. Celle-ci lui cria à son tour :
- Maintenant, tu vas te calmer, poser ce fusil et t’asseoir sur le canapé !
Durant une demie-heure, la petite famille s’expliquèrent. Lorsque Carlotta avait raconté sa version, son père avait failli la gifler mais sa mère l’avait calmé. Après cette conversation, la mère de Carlotta l’avait envoyé dans sa chambre. A peine la jeune fille avait posé un pied sur l’escalier qu’elle entendait la dispute. Elle retourna au bord de sa fenêtre et alors qu’elle pensait que les migrants aurait fuit, elle fut surprise de les voir en face de chez elle. D’un signe de la main, elle leur dit de partir. Ils refusèrent. Alors Carlotta descendit discrètement, ne se fit pas attraper par ses parents et sortit de la maison.
- Il faut que vous partiez ! Ma mère saura retenir mon père encore une dizaine de minutes, mais pas plus ! Leur dit-elle.
Unis en une seule voix, ils lui dirent simultanément :
- Merci.
Après une courte hésitation, Carlotta se permit de se blottir dans les bras l’homme imposant.
- Au revoir et bonne chance ! Chuchota-t-elle.
Aïcha salua l’adolescente qui les avait aider.
Quelques semaines après, la frontière de la France n’était qu’à quelques heures de marches. Lors d’une pause pour dormir, Hakim dit à sa petite sœur :
- Écoute-moi, les français sont alcooliques, fumeurs, sales et fainéants. Donc tu fais très attention et tu tiens bien ma main, d’accord ?
- D’accord !
Durant deux heures, ils marchèrent. Puis ils arrivèrent en France et là, des groupes se formèrent. Certains allaient à Paris, d’autres à Calais. Il y avait une dizaine de groupes. Hakim et Aïcha faisaient parti de celui allant à Nice. Lorsqu’il arrivait à l’entrée de la ville la moins empruntée par les automobilistes, ils eurent un sourire de satisfaction et de victoire : plusieurs semaines de marche récompensées. Plus personne ne se suivait, tous allaient à des endroits différents de la ville. Hakim et Aïcha marchaient vers l’adresse où se trouvaient leurs parents. Ils arrivèrent dans une banlieue. L’adresse indiquée par leurs parents était un immeuble, froid, sombre et vieux. Ils sonnèrent. Une vieille dame, probablement la concierge un chat dans les bras, leur ouvrit.
- C’est pour quoi ? Demanda-t-elle.
- Euh… On doit aller à l’appartement de Monsieur Kupom !
- Attendez ici, je reviens, dit-elle sévèrement en refermant la porte.
Hakim et sa sœur sentaient leurs cœurs battre. Ils allaient enfin revoir leurs parents !
Quelques minutes après, la porte s’ouvrit à nouveau et la dame leur dit d’entrer, ce qu’ils firent. Accompagnée de la concierge, ils montèrent au quatrième étages. Puis ils toquèrent à la porte 42.
Un homme d’à peu près le même âge que leurs parents leur ouvrit et s’exclama :
- Oh, les enfants ! Entrez ! Merci Madame Noulve.
Ils avaient à peine fait quelques pas que la porte se ferma et leurs parents se jetèrent sur eux. Durant quelques minutes, ils se blottirent dans les bras de leurs parents.
Aïcha regarda la maison. Pas une trace d’alcool, pas une trace de cigarette.
- Mais vous êtes pas comme Hakim à dit ! Dit-elle.
- Comment ça ?
- Euh…
Hakim jeta un regard noir à sa sœur.
- Ah, les préjugés… s’exclama le français en parlant syrien.
- Ne t’inquiètes pas, certains français ont aussi de nombreux préjugés sur vous, les migrants, annonça la française, parlant aussi syrien.
- D’ailleurs, nous pensons que la concierge, celle qui vous à accueillit, n’aime pas les réfugiés. Donc faites attention, expliqua le français.
Plusieurs jours passèrent. Ils mangeaient bien et dormaient parfaitement bien. Un jour, ils dormaient tous paisiblement quand un cri perça le silence de la nuit :
- Ouvrez, c’est la police ! Cria l’homme qui était à la porte de l’immeuble.
A peine la phrase terminé que l’homme qui les accueillait et sa femme nous réveillaient. Tous les six, nous descendions l’escalier. Lorsque nous étions arrivé à la dernière marche, la concierge s’apprêtait à ouvrir. Nous avons tous cru qu’elle allait ouvrir la porte et nous livrer à la police. Mais elle ne fit rien. Elle nous chuchota d’aller dans sa maison, elle nous cacha dans une cachette indétectable pendant que le policier criait d’ouvrir. Dés que le couple de français était retournés chez eux, elle ouvrit la porte et bailla :
- Que puis-je faire pour vous messieurs ?
- Nous avons l’ordre de fouiller tout les immeubles de ce quartier, expliqua-t-il en entrant.
Après une fouille de tout les appartements, ils ne trouvèrent rien.
- Merci de votre compréhension et au revoir ! Dit-il.
Les quatre réfugiés sortirent de leur cachette.
- Tant que vous êtes sans papier, vous êtes déclarés comme des clandestins.
Plusieurs semaines passèrent. Après avoir fait une déclaration pour demander des papiers, un mois après, ils avaient réussi à l’obtenir. Le couple qui les aidait leur avait donné de l’argent. Le père d’Hakim et Aïcha avait trouvé un petit boulot en usine et leur mère était mère au foyer. Dés qu’ils avaient reçu assez d’argents, ils s’installèrent dans leur propre appartement, à quelques rues de celui du couple français. Leur mère était devenue nourrice. Une nouvelle vie pour eux commença. Après plusieurs années sans avoir pu étudier, Hakim et Aïcha retournèrent à l’école, se faisant donc de nouveaux amis.

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