Les cafés littéraires 2010 des lycéens et apprentis

image

730 lycéens et apprentis bretons travaillent d’arrache-pied à la réalisation du carnet de bord autour du livre qu’ils ont lu en début d’année.
Le 21 mai, ils rencontreront l’auteur du livre étudié et débattront ensemble autour d’un thème.

Se déroulant en petit comité (2 classes pour 2 auteurs), ces rencontres permettent aux élèves de s’exprimer facilement et de poser toutes les questions qu’ils désirent.

Voici les thèmes des cafés littéraires :

 
  • SANGLANTES METAPHORES

Sur les pas de deux jeunes gens, le Lucien de Lionel Trouillot et l’Ayané de Léonora Miano, allons à la rencontre de territoires incandescents irrigués par le sang des innocents. Massacre policier dans l’Haïti en rébellion de Trouillot, crime de cannibalisme dans l’Afrique insurgée de Miano. Images dures, métaphores sanglantes pour dire les tourments de mondes qui se cherchent sans parvenir à se trouver. Littérature puissante, complexe, prophétique. Le roman, pour conserver son sens, son importance, sa pertinence, doit-il s’abreuver aux origines de la violence ? Une question à débattre avec deux auteurs en pleine possession de leur art.
Léonora Miano : L’intérieur de la nuit – Lionel Trouillot : Bicentenaire

  • LE CHANT DES ORIGINES

C’est la voix des ancêtres, la voix d’une Afrique immémoriale, qui fait battre Le Cœur des Enfants Léopards, le roman contemporain européen de Wilfried N’Sondé. Et c’est le beat du Dakar d’aujourd’hui qui pulse dans Les Derniers de la rue Ponty, le roman d’éducation de Serigné M.Gueye. Tous deux sont musiciens. Tous deux de racines africaines. Deux écrivains français, l’un basé à Berlin, l’autre à Paris. L’un s’adonnant à l’afro-punk, l’autre issu du rap qui l’a consacré star sous le nom de Disiz (ex la Peste). On profitera de leur double appartenance à la littérature et à la musique pour explorer les rapports entre ces deux mondes. Pour leur demander en quoi le chant des origines éclaire la complainte des jours présents.
Serigné M.Gueye : Les Derniers de la rue Ponty – Wilfried N’Sondé : Le Cœur des enfants léopards

  • PLUS QU’UN DECOR

Il est bon de rappeler le lien charnel que le Festival Etonnants Voyageurs entretient avec le travel-writing, la littérature de voyage. C’est sur ce terreau qu’il est né pour s’accaparer progressivement toutes les façons de "dire le monde". Il est des écrivains qui font de l’Ailleurs leur matériau. Pour qui le monde est plus qu’un décor : la matrice même de leurs histoires. Se voir de l’autre côté de la Terre — ou du miroir. Se fondre dans les couleurs de l’Autre, offrir son visage aux vents austraux, en faire la matière de ses romans. Ainsi de Patrice Favaro, qui a tiré Le Sang des Mouches de ses intimes relations avec l’Inde, devenue sa seconde maison. Ainsi de David Fauquemberg, qui a rapporté Nullarbor d’un road-trip australien de deux ans. L’un ancien luthier, l’autre prof de philo en rupture de toge, les deux se sont laissé détourner d’une première vie en allant se perdre sur les chemins du monde pour finalement s’y retrouver, écrivains.
David Fauquemberg : Nullarbor – Patrice Favaro : Le Sang des mouches

  • BORIS AKOUNINE

Son nom est un double clin d’œil. A l’anarchiste Bakounine et à akunin qui signifierait quelque chose comme "mauvais garçon" en japonais. La même malice préside à l’élaboration de son œuvre — œuvre profuse, complexe, multidimensionnelle, à haute teneur en suspense, qui se déploie tant dans le temps que dans l’espace. Temps et espace russes. D’Eraste Fandorine, humble clerc du tsar, à son descendant Nicholas, héros privatisé d’une Russie en voie de privatisation, c’est son pays et son histoire que Boris Akounine poursuit et interroge de livre en livre. Les époques s’éclairent et se répondent. Derrière la verve feuilletoniste de ce Conan Doyle sauce Poutine se cache le dard d’un observateur politique à la plume juste et acérée. Ayant lu les deux tomes pétaradants de Bon sang ne saurait mentir, on saura qu’un auteur de ce calibre mérite bien une rencontre en solo.
Boris Akounine : Bon sang ne saurait mentir T.1 et 2

  • LES CHEMINS DE L’ESPERANCE

Deux regards sur l’enfance perdue. Dans Contours du jour qui vient, Goncourt des Lycéens 2006, qui propulsa son auteur sur le devant de la scène littéraire, Musango, l’enfant de la boue, survit dans une Afrique livrée à la violence et à la folie. Figure emblématique de la jeunesse d’un monde devenu inhabitable, elle s’interroge sur les façons de s’inventer un avenir. Ce que font aussi Irielle et Nolane, les Enfants-rats de François Jay, subhumains d’un univers en proie aux ravages de l’injustice. Dans les deux cas, d’une situation noire fusent les traits de lumière de l’espoir. Si la littérature est un constat, elle est aussi un combat. On en parlera avec ces deux auteures qui, chacune dans son registre, s’efforcent de débroussailler les chemins de l’espérance.
Léonora Miano : Contours du jour qui vient - Françoise Jay : Les enfants-rats

  • LA LEÇON DES ANCETRES

Qu’ont en commun un prolifique romancier russe installé en Bretagne et un écrivain français d’origine congolaise basé à Berlin ? A priori rien. Pourtant, miracle de la littérature où se croisent, se chevauchent et s’interconnectent toutes les lignes de force du monde, Boris Akounine et Wilfried N’Sondé ont beaucoup à se dire. Dans Altyn Tobolas, Nicholas Fandorine, d’éducation anglaise retourne vers la Russie de ses aïeux. Loin du pays imaginé, il trouve un monde en déliquescence, livré aux ravages de l’affairisme et de la corruption. Quant au jeune héros du Cœur des enfants léopards, qui ne connaît que les banlieues de son exil, c’est une âme qu’il va puiser dans la voix imaginée de ses ancêtres. Dans les deux cas, c’est la question de l’appartenance, qui se pose, le poids des passés effacés sur nos présents en incessante mutation.
Boris Akounine : Altyn Tobolas – Wilfried N’Sondé : Le cœur des enfant léopards

  • LA SOLITUDE DU COUREUR DE MONDE

"Je suis invisible. Personne ne me voit ou ne me regarde (…) Je suis un ange. Un vrai." Ainsi parle Gabriel, le héros des Derniers de la rue Ponty, qui sillonne un Dakar syncopé dans le long solo de jazz aux dimensions de roman signé Sérigné M. Gueye, aka Disiz la Peste. Quant au narrateur de David Fauquemberg, c’est seul et presque invisible lui aussi qu’il arpente les confins de Nullarbor, l’immense plaine sans arbres de l’Australie méridionale, en quête du rêve aborigène. Qu’est-ce qui sépare le voyageur du monde qu’il traverse ? Est-ce dans cette irréductible distance que naît ce qui fera son récit ? Faut-il pour partir vraiment "mourir un peu" ? Quelques questions à poser à ces écrivains-voyageurs à la prose d’une étonnante musicalité.
David Fauquemberg : Nullarbor - Sérigné M.Gueye : Les derniers de la rue Ponty

  • LYONEL TROUILLOT

Encore une rencontre solo que justifie la stature de l’invité. Quelques mois après le choc terrible qui a ébranlé le pays auquel il a tant donné, ce sera un honneur et un privilège de parler avec Lyonel Trouillot, poète, romancier, pamphlétaire et intellectuel haïtien qui, à l’inverse de tant d’autres, n’a pas choisi l’exil mais a gardé les deux pieds sur sa terre afin de continuer à lutter pour elle. Chacun de ses romans est un chant à la beauté et à l’horreur d’Haïti, île martyre, cent fois crucifiée, cent fois ressuscitée. Les deux livres que nous lirons, Les enfants des héros et Bicentenaire disent tout cela, la misère et l’étouffement des bidonvilles, les bains de sang de l’oppression politique, l’ivresse de la liberté, tous les maux, tous les espoirs du monde portés à l’incandescence universelle par le talent d’un très grand romancier.
Lyonel Trouillot : Bicentenaire et Les enfants des héros

  • L’AME DES CONTINENTS

Au fond, qu’est-ce qui fait qu’un endroit du monde ne ressemble jamais à un autre ? Qu’est-ce qui donne leur identité aux continents ? Leurs paysages, les humains qui les peuplent, les cultures qui s’y sont déployées ? D’une certaine façon, ces questions sont au centre du grand thriller de cape et d’épée de Boris Akounine, Altyn Tobias, qui confronte un Russe coupé de ses origines au territoire rêvé de ses ancêtres, comme elles habitent le puissant roman de voyage de David Fauquemberg, où se croisent dans les décors grandioses de Nullarbor, les voix dissonantes de l’éternel et de la modernité. En partant de ce point, l’âme des continents, on parviendra à se faire rencontrer deux livres et deux écrivains qu’en apparence peu de choses rapprochent.
Boris Akounine : Altyn Tobolas – David Fauquemberg : Nullarbor

  • LES ENFANT PERDUS

Enfants des bidonvilles et enfants des égouts, tous enfants de la misère, cachés, relégués loin des regards d’un monde obscène d’obésité. Cette année, décidément, c’est sous l’enseigne des enfances sacrifiées que s’ouvre cette édition. Signe des temps ? Peut-être. Double métaphore de l’enfance, l’état le plus fragile de l’homme, mais aussi celui qui porte au plus haut les espoirs de l’espèce. Dans l’Haïti néoréaliste de Lyonel Trouillot comme dans l’univers déglingué de Françoise Jay, le chagrin des ténèbres côtoie la lumière rédemptrice. Les petits protagonistes des Enfants des héros prennent littéralement de la hauteur, s’élevant au dessus de la tourbière qu’est leur monde, tandis que Les enfants-rats de Jay réinventent tout simplement… l’amour. Serions-nous tous des enfants perdus ?
Françoise Jay : Les enfants-rats – Lyonel Trouillot : Les enfants des héros

  • AFRIQUE(S)

Y aurait-il autant d’Afriques qu’il y a d’Africains ? Qu’ importe si Léonora Miano vient du Cameroun, si Sérigné M.Gueye a ses racines au Sénégal. L’Afrique équatoriale que la première réinvente sous le nom de Mboasu pour lui donner la puissance et la présence du réel vaut bien le Dakar qui se rêve dans le flow du second, écrivain rappeur délaissant son avatar de Disiz la Peste le temps d’un magnifique roman. Toute la force de la littérature est dans cette capacité à projeter à partir d’un fragment et d’une subjectivité un tableau complet, d’additionner les voix, sans jamais les confondre, de livre en livre, d’auteur en auteur. On essayera en croisant les questions de tracer le portrait composite, conflictuel ou complémentaire que ces deux livres donnent du continent qui nous occupe tant.
Léonora Miano : Contours du jour qui vient – Sérigné M. Gueye : Les derniers de la rue Ponty

  • WILFRIED N’SONDE

Les participants à cette rencontre – du moins certains d’entre eux – auront le privilège de lire en exclusivité le tout nouveau roman de Wilfried N’Sondé, Le Silence des esprits, qui paraît ces jours-ci. Un texte magnifique, qui prolonge en approfondit la réflexion du Cœur des enfants léopards, son roman de 2007 qui lui a valu le Prix des cinq continents de la francophonie et le Prix Senghor de la création littéraire. Comme dans le précédent, on croise encore une femme, symbole du bonheur parfait, même s’il est fugace, et un jeune homme en quête d’identité, d’appartenance et de racines. Qu’ajouter à cela, sinon que Wilfried est un jeune auteur étonnant doublé d’un musicien rock vibrant d’humour et d’énergie ? Affûtez vos questions, car ce concert solo, c’est vous qui en donnerez le tempo.
Wilfried N’Sondé : Le cœur des enfants léopards et Le silence des esprits

Chargez la grille des programmes
(Fichier PDF - 169.5 ko)
Téléchargez le catalogue
(Fichier PDF - 3.6 Mo)
Consultez le catalogue en ligne
(Fichier PDF - 3.6 Mo)