Noce de loup

Écrit par MARIE JOSEPH Anne claude (2nde Séminaire de Fort de France)

Elle esquissa un pas à reculons, puis fit une brusque volte-face et s’éloigna en s’efforçant de ne pas courir.

La jeune fille marchait lentement, gagnée par la peur mais savait que si elle courait, « la chose » la poursuivrait et elle n’était pas de taille à courir un marathon. Elle sortit du bureau de son oncle en prenant un bout du journal qu’elle avait découvert caché dans la bibliothèque, traversa le vestibule et pénétra dans le salon ; elle priait intérieurement pour que son oncle apparaisse comme par enchantement pour l’aider et repensait aux yeux du loup qui lui paraissaient curieusement bien familiers. Lola monta les escaliers en courant, certaine que le monstre ne la poursuivait pas et s’enferma à double tour dans sa chambre en essayant d’analyser ce qui venait de se passer. A ce moment-là, elle sortit de sa poche le morceau de journal qu’elle venait juste de découper. Elle était rationnelle comme Saint Thomas, un esprit cartésien avec un raisonnement scientifique. Elle ne croyait plus aux monstres ou aux ogres des contes de fées que ses parents lui lisaient le soir quand elle était petite.

Lola avait un caractère de battante malgré son jeune âge, un caractère de jeune lionne qui ne se laissait pas abattre par la tristesse qui la gagnait quelques fois en pensant à ses parents morts prématurément, Héléna et Andrei IVANOV. A l’époque, ses parents menaient des investigations et avaient rendez-vous avec un homme qui devait leur donner des informations à propos de l’identité d’un ministre très connu impliqué dans une affaire de blanchiment d’argent. Connaissant les risques de leur métier, ils tentaient néanmoins de préserver leur fille de 15 ans. L’informateur leur avait donné rendez-vous dans un hôtel peu fréquenté situé au cœur de Londres, « The Gresham Hôtel », un établissement qui attirait surtout une clientèle d’affaire, car il était situé près de la Gare. Alors que Lola était restée dans leur maison située en banlieue, occupée à terminer une composition d’Histoire, ses parents vinrent lui dire au revoir.

  • « Ma Chérie, ton père et moi devons-nous rendre à un rendez-vous professionnel, ne veille pas trop tard ! » lui dit sa maman d’un ton affectueux, en lui caressant les cheveux.
    Son père ne lui dit rien, mais son regard aimant exprimait ses sentiments paternels.
    Lola était très autonome et avait pour habitude de rester seule quand ses parents devaient partir travailler. Ce fut la dernière fois qu’elle les vit vivants. Elle s’endormit sur son ordinateur, et fut réveillée par la sonnerie. C’était la police qui l’avertissait de la mort « accidentelle » de ses parents sans pour autant préciser les circonstances de leur mort.
    L’adolescente fut effondrée à l’idée de continuer sa vie sans le soutien de ses parents bien aimés. Sa vue se troubla et les larmes coulèrent silencieusement. Ses parents n’avaient plus aucune famille. Enfin c’est ce qu’elle pensait. Après de nombreuses recherches, la police découvrit qu’elle avait un oncle. C’était le frère cadet de son père, mais celui-ci était parti en Écosse à l’âge de 18 ans pour faire fortune. Il était surnommé « Le Requin de l’immobilier ». Dimitri IVANOV achetait des immeubles à vil prix. Il les rénovait et les revendait à prix exorbitant. Il s’était ainsi constitué une immense fortune et avait acheté le Manoir d’Edimbourg situé au Nord de l’Écosse, pays connu pour ses demeures hantées. Ce manoir à l’aspect lugubre était réputé comme l’un des plus effrayants d’Ecosse. Il attirait tout de même les touristes qui l’admiraient avec une grande curiosité mêlée de peur. La forêt dense à côté de laquelle il était adossé n’était pas étrangère à sa sinistre renommée. Et l’on disait qu’elle était habitée par de nombreuses créatures à caractère bestial qui laissaient échapper leurs hurlements féroces à toute heure. Dimitri IVANOV voyageait souvent dans le but de repérer des biens à vendre. Mais tout cela, Lola l’apprit bien plus tard, au moment de la rencontre avec son oncle.

Assise sur son lit, le cœur battant la chamade, Lola entreprit de lire le morceau du journal qu’elle avait découpé ; c’était une page qui l’avait particulièrement intriguée. Elle regarda attentivement la date et lut « Vendredi 13 Novembre 1982 ». Or nous étions le 13 Novembre 1983. Pourquoi conserver un quotidien aussi longtemps ? s’interrogea l’adolescente. Le titre était : « MYSTERIEUSES DISPARITIONS DE JEUNES FILLES AUX ALENTOURS DE LA FORET D’EDIMBOURG ». Ce fut comme un électrochoc ! Cette forêt était celle qui jouxtait le manoir dans lequel elle demeurait avec son oncle. Selon le journaliste, il s’agirait d’un tueur en série. Cependant, les corps n’avaient jamais été retrouvés. Lola fit immédiatement la relation entre l’article du journaliste et l’apparition de l’inconnu. Elle prit son smartphone -qui ne la quittait jamais- et fit des recherches sur ce fameux manoir. Elle apprit que cette demeure au style classique et imposant était à l’origine une des possessions d’un Sir Alexander Chambray au XIXe siècle. Celui-ci était devenu fou et avait été enfermé dans un asile après le suicide de sa femme et la perte de sa fille dont le corps n’avait jamais été retrouvé. Le châtelain avait perdu sa fortune et son manoir avait connu une succession de ventes. En continuant ses recherches, Lola s’aperçut que les disparitions mystérieuses des jeunes filles continuaient et qu’elles étaient toujours liées au Manoir.

Lola s’endormit épuisée, mais ce sommeil qu’elle pensait être réparateur, s’avéra plutôt agité, rempli de cauchemars où les yeux de loup de cet inconnu la poursuivaient sans cesse. Après à peine quelques heures de sommeil, elle se réveilla avec une horrible migraine, s’étira et sauta de son lit. Son histoire de la veille la laissa sur le qui-vive. Elle se doucha, s’habilla et fit son lit comme sa mère le lui avait appris. Lola descendit les escaliers attirée par une bonne odeur de café. C’était une gourmande renommée. Elle n’avait pas dîné la veille, submergée par la terreur. La jeune fille entra dans la cuisine d’un pas décidé à remplir son estomac d’ours affamé. Elle vit l’employée de maison, Magda, qui commençait déjà à préparer le déjeuner. Avec son odorat de chien, elle reconnut l’odeur du poulet au four accompagné de pommes de terre sautées. Son ventre se mit à gargouiller de plus belle. Elle se servit, et remplit son assiette généreusement. On peut dire qu’elle avait une faim de loup. Après avoir répondu à la demande de son vaste estomac d’ogre, elle remonta dans sa chambre, et s’allongea sur son lit. Elle réfléchissait. « D’où venait cette créature ? Le manoir était-il hanté ? » Serait-elle la prochaine à disparaître ? »
Cette apparition l’intriguait beaucoup et de plus en plus. Mais elle préférait ne rien dire à personne.
Elle occupa le reste de sa journée à faire des recherches sur des phénomènes surnaturels. Elle finit par se lasser et décida d’aller travailler dans le jardin, de sortir le chien et ensuite d’aller voir les chevaux. Elle avait en effet grand besoin de se changer les idées. […] Vint l’heure de rentrer le chien et de fermer l’écurie.
Elle remonta dans le bureau de son oncle pour tenter de récupérer le reste du journal qu’elle avait abandonné dans sa fuite la veille au soir. Mais le même changement de lumière se produisit à nouveau.
Là, elle se dit qu’elle n’allait pas abandonner et décida d’affronter cette étrange créature. Elle sortit donc du manoir, et alla à la rencontre de cette bête, bien décidée à l’éliminer. Sans avoir de stratégie particulière, elle prit son sac à dos, un gros couteau de cuisine et de quoi se substanter.
Elle marcha pendant un moment qui lui sembla une éternité et découvrit un cabanon à l’aspect rustique qui avait l’air abandonné. Elle décida d’y rentrer et découvrit un mobilier simple : un lit, une table. Rien de superflu ! Serait-ce la demeure de cette curieuse bête ? Elle ne trouva malheureusement rien qui puisse étayer ses hypothèses sur le rôle que pourrait avoir joué le monstre sur les mystérieuses disparitions. Il commençait à faire froid et elle eut la chair de poule. Elle ne savait pas si c’était la peur ou les rafales du vent qui lui glaçaient les os.
Alors qu’elle était sur le point de s’assoir, elle eut la sensation désagréable d’être observée. Elle se retourna et vit « la chose » : l’ogre aux yeux de loup qui la fixait par la fenêtre.
Elle était médusée par la peur. Elle trembla de tous ses membres et chercha un moyen pour s’enfuir. Elle vit alors qu’il y avait une porte de sortie à l’arrière du cabanon. Elle se dirigea précipitamment vers celle-ci et jeta un rapide coup d’œil par la fenêtre pour voir si la créature était toujours là. L’ogre ne bougeait pas. Il la regardait fixement avec un regard inhumain. Elle réussit tout de même à s’échapper et courut droit devant elle sans se retourner jusqu’à perdre haleine. Elle entendit néanmoins les pas de la créature qui la poursuivait : elle força l’allure. Lola courait le plus vite possible quand elle trébucha sur une racine et tomba face contre terre. Elle s’était blessée à la jambe et la douleur était insupportable. Mais elle tenta cependant de se relever mais, trop tard, l’ogre l’avait rattrapée !
Elle sentait maintenant le souffle de celui-ci dans son cou, son odeur animale, ses doigts s’enfonçant dans ses côtes et ses dents déchirant sa chair. En un éclair, elle vit sa vie défiler comme dans un film en espérant retrouver ses parents dans un monde meilleur où ils seraient heureux tous les trois, enfin réunis…
« Coupez ! » cria le réalisateur. « Bravo, vous avez été magnifiques, très réalistes. Le film sera un véritable chef d’œuvre. Il sortira bientôt en salle et, j’espère qu’il fera un carton »
Daisy WATSON, l’actrice incarnant la jeune fille, se releva, un large sourire aux lèvres, et prit dans ses bras Taylor LAUTNER, l’acteur qui jouait le rôle de l’ogre, celui-ci était habitué aux rôles de transformation et avait déjà incarné un monstre pour un film précédent. Ils étaient fiers d’être à l’affiche du prochain film du réalisateur John CARPENTER : Noces de Loup, un blockbuster pour adolescents.

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