Peur du noir

Écrit par RICHET Elisa (3ème, Collège Sonia Delaunay de Gouvieux), sujet 1. Publié en l’état.

J’aimerais que tu m’aide à grandir... Je levais les yeux et regardais intensément le plafond taché de mon bureau, je venais d’écrire tous mes sentiments, cette lettre, je ne savais même pas à qui l’adresser, je ne savais pas qui pourrait comprendre. Cette phobie c’est comme une maladie qui nous ronge sans savoir pourquoi, on nous prend pour ce que l’on n’est pas, on nous met dans une catégorie qui n’est pas la bonne. J’ai peur des gens qui ne sont pas comme celui que j’aurais voulu être. Je crois que la pire chose qui pourrait m’arriver est de ne pas guérir, de souffrir encore et encore sans aucune raison ou peut être parce que j’ai peur de tel ou tel personne. Je me sentais faible, las et tellement peu important, j’avais la terrible impression que si je disparaissais tout le monde dirait « enfin ».

Je baissais alors la tête et me levais avant de claquer la porte derrière moi, je me mis à traverser le couloir puis je sortis du bâtiment défraîchis qui me servait de lieu de travail. J’approchais du parking à grandes enjambées et rejoignis ma voiture en quelques secondes, mais alors que je démarrais, un homme passa devant le capot et me regarda pour me dire bonjour. J’avais le souffle court, il était noir... Je posais alors une main sur ma poitrine et m’ordonnais mentalement de me calmer, j’attendis ensuite qu’il disparaisse de ma vision pour commencer à reculer et à prendre la route. Mes mains étaient crispées sur le volant, mes dents serrées et mes jambes raides, j’avais une constante peur. Quand j’approchais enfin de chez moi je commençais lentement à me détendre, je descendais de ma voiture, ouvris la porte de chez moi et me dirigeais vers la salle de bain. Je passais alors ma tête sous le robinet pour me rafraîchir et je pris une grande inspiration tout en regardant le mur bleu dépourvut de miroir.

« Pourquoi ? Pourquoi je suis comme ça ? Pourquoi tout le monde accepte sauf moi ? Je suis tellement nul ! Dis-je en brandissant un point rageur au dessus du lavabo »

Je me sentais inutile et ridicule, presque pathétique. Soudain une petite larme perla au coin de mon œil et coula le long de ma joue, puis deux puis trois, je fondais en sanglots... J’étais faible face à mes sentiments, c’était la première fois que je pleurais, ma cage-thoracique se soulevait dans un rythme incontrôlable et me procurait une sensation étrange. J’étais sous l’emprise de ma plus grande peur, la peur des autres, certain la nomme « racisme » ce qui ne me convient pas. A ce moment là j’étais décidé, j’allais guérir de cette stupide phobie qui s’accroche à vous comme un parasite, qui vous ronge votre estime et qui ne vous lâche à aucun moment de votre vie. Je me dirigeais alors vers le salon et m’asseyais sur le canapé éventré par mon chat blanc. J’avais mal à la tête et l’estomac noué, mais j’avais quand même la force de prendre le petit papier posé sur la table. Il y était écrit « Psychologue » et un numéro de téléphone en gros caractères. J’avais longuement réfléchis à cette solution mais je m’étais toujours résigné en me disant que je n’étais peut être pas si malade. Je pris mon téléphone et tapais le numéro de mes doigts gantés, j’attendis trois sonneries avant que quelqu’un me réponde et me déclare que j’avais rendez-vous le jeudi suivant. Durant toute la semaine j’étais stressé à l’idée de me confier à quelqu’un que je ne connaissais pas, mais au fur et à mesure je me disais que c’était la meilleure solution et que j’en guérirais peut-être. Plus le jour approchait, plus je me sentais mal, une sorte de boule grossissait dans mon estomac et je ne me sentais bien nul part. Le jeudi, vers dix heure, je sortais de chez moi et partais pour la ville voisine où se trouvait le cabinet de psychologie, dans une rue fréquentée. Je traversais le long trottoir et ouvrais la grande porte du bâtiment dans un faux tintement de cloche.

« Vous êtes ici pour un rendez-vous monsieur ? me demanda l’hôtesse d’accueil.
-Oui, avec le docteur Faralon. Répondis-je.
-A quel nom ?
-Micholin »

Elle m’invita à passer en salle d’attente ou deux femmes patientaient déjà. La décoration était typique de ce genre de lieu : la peinture verte, tirant vers le turquoise, les affiches sur le bien être et la maîtrise de sois, les chaises en plastique blanc et les magasines sur la santé. Je tentais de passer le temps en rêvassant mais chacune de mes pensées me ramenaient à une seule chose, ma phobie. Quand arriva mon tour, j’entendis à peine mon nom tellement mon angoisse était grande et je me levais d’un bond si imprévu que la secrétaire eu un petit sursaut , croyant que je voulais lui sauter au cou. Le cabinet était radicalement différent de l’entrée, on s’y sentait comme dans un cocon et au milieu trônait deux fauteuils et une banquette rouge vif. La psychologue, quand à elle, avait un grand sourire sympathique et une allure sûre. Elle me demanda si je préférais être assis ou allongé ce à quoi je répondis assis.

« Tout d’abord, je voudrais que vous me parliez de votre vie et de ce que vous aimez et ensuite parlez moi de vos angoisses et de vos plus grandes peurs. Me déclara t-elle d’un ton amical.
- Voilà, je m’appelle François Micholin, je vis à Lamorlaye dans une petite maison avec mon chat. Je travaille dans la télécommunication, dans un petit bureau exiguë où je passe le plus clair de mon temps à écrire. J’aime l’écriture, ça me permet de m’évader et de me vider de tout ce que j’ai de mal en moi, et j’aime aussi être seul, en fait je me sens mal quand je suis entouré. Depuis bien des années j’ai une grande phobie qui me ronge la vie et qui me gâche tout les petits bonheurs simples. J’ai une peur horrible des gens à la peau foncé, voir même métissé ou tout simplement bronzé, cela fait longtemps que je suis comme cela, depuis ma majorité. »

A ce moment, la femme me regarda et je vis dans ses yeux une petite pointe d’incompréhension, mais peu importe, je continuais : « Dès que je croise quelqu’un comme cela, j’ai des sueurs froides et les mains moites, mon cœur se met à battre à cent à l’heure et mon corps entier se crispe d’effrois. J’ai tout le temps peur et je ne sors jamais, je commande la nourriture livrée chez moi et j’achète mes vêtements via internet. Le seul moment où je vois le soleil, c’est lors du trajet entre mon bureau et ma maison qui est tout le temps une épreuve pour moi. J’ai coupé les pont avec tous mes amis et avec la plupart des membres de ma famille, seul ma cousine adoptée en Russie vient me voir te temps à autre, ayant pitié de moi. J’ai une sorte d’angoisse qui me prend tout et qui me fait de plus en plus mal, comme un poignard qui s’enfonce lentement en moi. J’aimerais au moins une fois goûter à tous les petits plaisirs de la vie et pouvoir enfin vivre comme quelqu’un, parce que je ne suis plus vraiment une personne, je suis un monstre... » A ce moment là je fondais en sanglots, je m’étais retenus tout au long de mon discours mais là, c’était trop !! Je n’avais jamais rien dit à personne, c’était la première fois que je racontais tout cela et je me sentais triste et stupide. A la fin de la séance, la psychologue me déclara que l’on allait continuer à se voir et me salua poliment avant d’appeler un autre patient. Les semaines suivantes, je retournais plusieures fois au cabinet et j’allais de mieux en mieux même si ma peur n’avait pas disparue. Au bout d’une année, alors que je sortais de ma séance mensuelle, la secrétaire me fixa un rendez-vous un peu particulier, le tout dernier. J’étais heureux que tout cela se termine même si j’étais assez triste à l’idée de ne plus pouvoir parler à cette femme si gentille. Elle m’avait fait comprendre que l’idée que je me faisais des gens était bien différente de la réalité, je croyais qu’ils étaient horribles et capables de choses affreuses et bien que certains le peuvent, la plupart sont bien plus sympathiques. Tout se passa comme d’habitude, je commençais par raconter ma journée et à réfléchir sur où j’en étais par rapport à ma phobie et je finissais par parler de mes rêves d’avenir. A la fin, alors que j’allais prendre mes affaires pour m’en aller, la psychologue me demanda :
« Vous pouvez vous asseoir juste deux minutes ?
-Oui, bien sûr.
-Je voudrais simplement vous demander de retirer vos gants et de regarder vos mains. »
Je m’exécutais sans rechigner et retirais les deux gants qui ne me quittaient plus depuis des années. Je constatais alors deux main fripées pas le temps aux veines saillantes et violacées recouverte d’une peau couleur chocolat foncé...

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