Piège

Ecrit par Lylou Arnoux (5ème, Collège Lucie Aubrac de Morvillars), sujet 2. Publié en l’état.

Et aucun stage de la police ne l’avait entraîné à enquêter dans un monde virtuel…
« Si vous le voulez bien, lieutenant, il serait temps de vous envoyer dans « New Graal », déclara le P.D.G. du jeu. Asseyez-vous ici, vous n’avez qu’à poser le casque sur votre crâne pour vous retrouver dans un autre univers… Voilà, comme ça. Attention, j’appuie… »
Puis plus rien. Le noir total. Rémi se retrouve seul, plongé dans une obscurité peu rassurante. Une seconde. Quand soudain, jaillit de nulle part une lueur comparable à celle d’un éclair, une puissante lumière blanche s’abatant droit sur lui. Deux secondes.
Et voilà comment, en deux secondes, Rémi s’est retrouvé plongé dans une autre dimension.
Il se relève lentement, et contrairement à ce qu’il imaginait, il ne ressent aucun effet secondaire suite à cette transition entre les deux mondes. Sa tête ne tourne pas, il n’est pas fatigué et ne ressent pas l’envie de vomir. Il bouge ses membres un à un, comme pour s’assurer qu’ils sont tous parfaitement fonctionnels.
Enfin, et ce n’est pas sans s’être rassuré à son propre sujet, Rémi lève la tête et observe avec attention les lieux. Il ouvre des yeux grands comme des soucoupes, et ressemble à un nouveau-né qui découvre le monde pour la première fois. Le ciel est tellement noir qu’il ne semble pas réel, et les étoiles tellement brillantes qu’elles semblent fausses. Et si c’était le cas ? Il y avait autour de lui de la végétation, des bâtiments, et différentes… Œuvres d’art ?
Des arbres poussent à travers de drôles de dalles au sol, qui constituent une sorte de chemin piéton en piteux état. Ils sont imposants, tordus et inquiétants. « Si ils avaient pu parler, ils m’auraient sûrement crié de déguerpir au plus vite, ou ils menaceraient de me manger… » Songea le policier, qui en riait presque malgré ses frissons. Un vent froid caresse ses épaules, complétant parfaitement le schéma de la ville fantôme… Ce genre de vieilles villes délabrées et angoissantes, où plus personne n’habite à part une vieille dame qui ressemble trait pour trait à une sorcière sortie des plus terrifiants contes de fées.
Quelques fleurs – qui donnent l’impression d’être fanées depuis des millénaires – se tordent aux pieds de nombreuses ruines. Des pierres, de la terre, quelques gravillons et des cailloux envahissent une grande surface de la cité. Il se demandait ce que pouvaient bien être ces anciens bâtiments… Des maisons, des temples, des musées ?
On observait également d’étranges sculptures, abstraites, ne représentant rien d’autres que des formes effrayantes.
Rémi ne cessait de se demander où pouvait se trouver la jeune Lucie, et où est-ce qu’il devait aller la chercher. Ses neurones chauffaient, il tentait de ne pas perdre de temps à la réflexion, pourtant celle-ci si s’imposait. Si Lucie avait été enlevée, on aurait tenté de la cacher dans un endroit stratégique : peu fréquenté, inconnu… La forêt pourrait elle aussi être un parfait lieu d’enlèvement... Grande et dense, il est facile de s’y camoufler.
Mais si Lucie s’était simplement égarée ? Il faudrait refaire le chemin que celle-ci aurait emprunté avec ses amis… Hélas, Rémi n’a pas eu l’idée de demander aux jeunes de lui montrer par où ils étaient passés… Et puis d’ailleurs, on ne lui avait presque rien dit, peut-être ne se baladaient-ils pas en groupe ? Lucie faisait peut-être cavalier seul.
Peu importe, le temps presse et il faut dès à présent commencer l’enquête. Il se dirige donc vers l’endroit qui lui semble le plus intéressant : la forêt.
Le petit sentier entre les arbres est étroit et très mal creusé, et même avec toutes ses précautions, l’officier manque de trébucher à plusieurs reprises. Il ne se décourage pas pour autant, et c’est déterminé qu’il continue d’avancer, guettant de tous les côtés la moindre chose suspecte.
Mais plus il marche, plus il se rend compte que les bois sont déserts, et que personne n’y rôde à part lui. Et plus il fait le tour des arbres encore et encore, et plus il doit se rendre à l’évidence : sa première intuition était mauvaise.
On dit que la première intuition est très importante, et souvent la clé du mystère. Rémi, qui a toujours pensé qu’un bon enquêteur se reconnaissait grâce à son fort instinct, se sent un peu honteux et déçu de lui-même, mais il se réconforte en se disant qu’il n’est du métier que depuis peu de temps, et se redonne du poil de la bête tout en faisant demi-tour.
Revenu au point de départ, il se remet à songer. Il fait la liste des endroits à aller visiter, et il est obligé d’admettre qu’elle est relativement longue – malheureusement pour lui. Il se rend bien vite compte qu’il ne sera pas capable d’inspecter tous ces lieux dans la journée et cherche donc une nouvelle stratégie.
Lucie était forcément ici, quelque part. Et si ce n’était pas aussi évident que ça ? Peut-être qu’une faille avait eu lieu dans le jeu ? Cela voudrait donc dire que la jeune fille serait morte… Non, Rémi chassa cette idée de son esprit, c’est trop peu probable. Et pourtant, il ne faut pas totalement négliger cette hypothèse…
Rémi est perdu, il secoue vivement la tête et se redresse. Il faut qu’il aille chercher Lucie ! Il marche, ne regarde pas où et se concentre seulement sur les personnes qu’il croise. Sur la place où il s’est rendu, il y a des femmes, des hommes, des jeunes, des vieux, des petits, des grands, des trapus… Mais au milieu de toute cette foule, il se rend compte qu’il ne saurait différencier Lucie de toutes les autres filles qu’il croise. Il se remet à cogiter à toute vitesse, elle est peut-être la fille qui vient de passer à côté de lui ! Ou elle est là-bas, assise sur une souche à compter des champignons ? Quel imbécile ! Se blâme-t-il lui-même. Il s’est lancé à la recherche d’une jeune femme sans poser de questions, et résultat il ne sait même pas si elle est blonde, petite, mince, si elle a un nez crochu, des lèvres charnues, un ventre bedonnant…
_ Au bord du désespoir et de la panique, il essaie de refouler sa frustration. Il approche chaque personne, et heureusement ! Ils parlent (presque) tous français. Les filles à qui il demande leurs prénoms le regarde de haut puis passent leur chemin, le bouscule au passage parfois, mais rares sont celles qui répondent. Et lorsqu’elles répondent, ce n’est jamais la réponse que Rémi attend. Il finit par arrêter même les vieilles personnes et les hommes, il leur demande s’ils connaissent une Lucie. « Lucie comment ? » même lui ne sait pas, alors aucun autre citoyen ne parvenait à l’éclairer.
Convaincu d’avoir touché le fond, il s’assoit sur un banc, et porte les mains à son visage. « Mais quel incompétent je fais… Ne cesse-t-il de se lamenter. Je suis pris dans une impasse, et c’est uniquement de ma faute. Les gens passent et ne se ressemblent pas, et je n’arrive pas à savoir laquelle d’eux tu es… Mais qui es-tu vraiment, Lucie ? » A force de se poser tant de questions, le policier a la migraine. Il s’allonge et se repasse le film dans sa tête. Il se revoit au planétarium, il se remémore tous les mots prononcés.
Puis, il réalise. Rien ne s’est passé de façon très conventionnelle. On l’a envoyé enquêter dans un nouveau jeu, « New Graal » parce qu’une jeune fille avait disparu pendant une partie. Des caméras étaient censées garder les lieux, et Harry – qui était vraiment Harry ? – guettait l’entrée lui aussi. Elle n’était pas censée s’être échappée. Alors on a décrété qu’elle avait disparu dans le jeu.
Ce qui signifie que depuis le début, toutes les hypothèses n’ont pas été vérifiées. Si Lucie s’était enfuie ? Si Lucie avait enlevé son casque, avait trouvé une issue quelque part ? Rémi aurait dû demander à visiter la salle, puis l’inspecter au peigne fin pour vérifier les dires du P.D.G. Ou si, plus simplement, Harry avait été dans la combine ? Qu’il avait laissé Lucie s’enfuir par la porte d’entrée sans rien dire ? Rémi aurait dû l’interroger. Dans tout les cas, il y avait des caméras de surveillances… Rémi aurait dû demander à visionner ce qu’elles avaient filmé à ce moment. Il aurait forcément trouvé des réponses…
Mais si Rémi n’a pas eu le temps de passer par toutes ces étapes, ce n’est pour qu’une seule et unique raison. On l’a poussé, on l’a pressé, on ne lui a laissé ni le temps ni le choix. On lui a demandé d’enfiler ce casque, de plonger dans cette irréalité pour poursuivre Lucie, sans explications et sans informations. Sans détails, sans logique.
S’il veut retrouver Lucie, il doit retourner sur ses pas, revenir dans cette salle à la table ronde. Mais comment s’y prendre ? Comment Lucie avait-elle pu réussir à enlever son casque ?
Rémi ne contrôle que le corps qui est dans le jeu, et ne sait pas comment revenir à la réalité. Il se concentre, mais tous ses efforts sont vains. Il se souvient alors de la lumière, provoquée lorsqu’il a plongé dans ce monde-ci. Comment la provoquer à nouveau ? Comment l’inverser ?
Hélas, c’est là qu’il comprend. Lucie n’a pas disparu. Lucie n’a pas vu de lumière blanche. Lucie n’est pas entrée dans ce monde, Lucie n’est pas ressortie de ce monde.
C’était un piège, Lucie n’était qu’un appât. Et si Lucie n’existait même pas ?

***

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« Entrez dans le monde de New Graal, une ville perdue, habitée par des citoyens venant d’une autre dimension ! Faits prisonniers, ils restent habiter dans cette cité avec une cruelle soif de vengeance. Qui sera capable de les vaincre ?
15 Rue de l’Opéra, 90120 PARIS. Le planétarium de R. Johens, le nouveau simulateur qui saura vous donner de réels frissons ! »

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