Pour saluer Michel Le Bris

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Depuis 1990, le festival est tout entier l’émanation de la pensée de Michel. On y retrouve ses amitiés littéraires pour Stevenson, l’Ouest américain, sa passion pour le romantisme allemand, pour la Bretagne et ses paysages. On y a rencontré les auteurs qui ont illuminé sa jeunesse, sa passion pour le Grand Dehors, ses émerveillements face au pouvoir de la fiction.

Le plus bel hommage que nous pouvons rendre à Michel, cette année de nos 30 ans, est de faire que le festival se déroule malgré un contexte sanitaire compliqué. Le questionnement des temps présents le passionnait, alors, nous ferons en sorte que Michel soit présent dans chacune des rencontres du festival, à travers les thèmes qui lui étaient chers, mais aussi à travers des lectures d’extraits de ses textes.


BRETAGNE ENTRE TERRE & MER

« Quoi que je fasse, je l’entends - comme une note dans les lointains qui longuement résonne et mon cœur déjà se serre de nostalgie, tandis que son grondement enfle à toute vitesse, envahit l’espace, et je suis de nouveau l’enfant effaré sur cette côte bretonne qui écoutait, dans les nuits de pleins vents, les forces de la création danser la sarabande : je suis né de ce dialogue et de ce combat entre terre et mer. Et Bretagnes, je le crains, ne seront jamais que les noms multiples de ce mystère en moi…  »

Bretagne du monde Entier (National Geographic, 2002)


LE SOUFFLE DE L’AVENTURE

« Pauvres hères, forbans ou rêveurs éveillés, ils vinrent des quatre coins du monde. Sans armes, souvent, sans équipement, trop pauvres pour cela, et même sans bagages. À travers la Prairie, les Rocheuses, alors inexplorées, les déserts de sel et de pierre. Par le Horn, aussi, et ses tempêtes, dans des vaisseaux pourris où ils crevaient de fièvre. Par Chagres, Cruces, Panama, sa jungle putride, ses marécages infestés de caïmans et de moustiques. Ils mouraient par milliers, en chemin. De faim, de froid, de typhus, de malaria. D’autres les remplaçaient aussitôt, comme les vagues d’une mer inépuisable, sur la grève. L’appel de cet or découvert par hasard, un jour de 1848, là-bas, dans une rivière de lointaine Californie, courait comme une brûlure sur les cinq continents.  »

La porte d’or (Grasset 1986, Point Seuil 2010)

POURQUOI PARTONS-NOUS ?

« Nous irons quelque jour, par-delà l’horizon, à la recherche de nos Irlandes. Que serait un voyage sans le livre qui l’avive et en prolonge la trace – sans le bruissement de tous ces livres que nous lûmes avant de prendre la route ? Samarcande, Trébizonde, tant de mots, dès l’enfance, qui nous furent comme des portes, tant de récits, tant de légendes !  »

L’homme aux semelles de vent (Grasset 1977, Petite Bibliothèque Payot, 2021)

« Car il y avait un mystère en tout voyage. On rêve, on échafaude des projets, on étudie des cartes, et puis l’on part, en croyant savoir où l’on va. N’est-ce pas cela, un voyage : se rendre quelque part ? Mais les « vrais » voyages, ceux qui comptent vraiment, auxquels on revient sans cesse, précisément parce qu’on n’en est pas encore revenu de les avoir vécus, sont ceux, nous le savons bien tous, où il s’est passé « quelque chose ». Quoi ? C’est toute l’affaire. Quelque chose qui vous a conduit où vous ne pensiez pas aller, et vous a transformé, dont il vous semble, à votre retour, qu’il fallait qu’il en aille ainsi, et qu’une urgence plus haute vous requérait, là où vous n’aviez vu d’abord que le hasard. Cet imprévu qui vous a dévié de votre chemin, ce n’était donc pas une succession disparate de sensations, un chaos confus d’événements : voyage il y avait parce qu’ils s’organisaient dans une courbe rétrospectivement nécessaire, dessinaient une forme. »

La Beauté du Monde (Grasset, 2008)

« Pourquoi, dans le fond, partonsnous ? Pour voir ce que nous ne savons plus regarder. Pour une fraîcheur nouvelle, et triompher, ne serait-ce qu’une minute, une seconde, de l’ordinaire des jours, de l’usure des choses, du poids des habitudes, de tout ce qui, jour après jour, efface le monde autour de nous, nous rend indifférents.  »

Un hiver en Bretagne (NIL éditions 1996 - Point Seuil 1997)


LA LITTÉRATURE ET LE MONDE

« La littérature n’est jamais aussi vivante que lorsqu’elle s’attache à dire le monde, à en capter, à inventer la parole vive. Que cette parole du monde ne peut certes s’exprimer que par la langue, mais en la contestant, en la brisant, en l’excédant sans cesse.  »

Nous ne sommes pas d’ici (Grasset 2009)


L’APPEL DU SAUVAGE

« Sa majesté le lion s’approchait pour la chasse. Là, tout autour d’elle, un monde s’éveillait, qu’elle ne connaissait pas, d’effroi et de fureur, de mort donnée et reçue, des crocs broyaient les vertèbres, déchiraient les entrailles, dévoraient leurs proies vivantes encore, des feulements disaient les étreintes sauvages, et il y avait de la joie, pourtant, dans ce tourbillon d’épouvante, l’ivresse de sentir son sang battre plus fort dans ses veines, de galoper sans frein dans l’espace grand ouvert. Un monde auquel l’homme blanc était devenu étranger, dont elle essayait, et c’était d’évidence la seule raison de ce voyage, de retrouver en elle la mémoire enfouie. Comment pouvait-elle, seule au cœur de ce maelstrom où vie et mort s’échangeaient violemment, se sentir à ce point apaisée ? Tous ces bruits, ce vacarme sauvage, se détachaient sur un fond de silence, qu’elle percevait par tous ses sens, profond et grave, comme un souffle immense qui était celui du monde même. Martin près d’elle bougea, lui prit la main : lui non plus ne dormait pas. Ils étaient seuls, tous deux, dans la nuit africaine. »

La Beauté du Monde (Grasset, 2008)


PENSER LES TEMPS PRÉSENTS

« Poètes, éveilleurs d’âmes, souffleurs de vent, derniers baladins, peut-être, du monde occidental, au bord du précipice, dans cette agonie insupportable de la raison politique, quand la société peu à peu se défait, il nous reste cela : ranimer sans cesse la parole des hommes, qui ne fut jamais aussi menacée. »

Le Paradis perdu (Grasset 1981 - Payot Voyageur 2021)


POUR L’AMOUR DES LIVRES

« Après tant d’années, l’acte d’écrire me reste toujours un mystère. Et s’il cessait d’être, sans doute n’écrirais-je plus. C’est ce mystère que je traque, pourtant, de livre en livre, non pour l’élucider mais pour l’éprouver.  »

Pour l’amour des livres (Grasset, 2019)

« Nous vivons des temps de grandes incertitudes où il nous semble que le sens même de l’humain se trouve en péril : de la puissance du poème, de la fiction, se trouve, je crois, une réponse.  »

Pour l’amour des livres (Grasset, 2019)


ELOGE DE LA FICTION

« Et si nous faisions confiance à la fiction ? Depuis le fond des âges, dans toutes les cultures, nous déployons une énergie sans limites pour nous raconter des histoires - à cette étrange manie, il doit bien y avoir une raison ! Nous sommes, pour reprendre l’expression de Nancy Huston, une « espèce fabulatrice ».  »

Pour l’amour des livres (Grasset, 2019)


LE MOINE AU BORD DE LA MER DE FRIEDRICH

« La manière la plus simple de balayer d’un coup tous les clichés sur le romantisme est encore de le regarder, dans son expression la plus dépouillée : de regarder vraiment le célèbre tableau de Caspar David Friedrich - Le moine au bord de la mer - « Mais il n’y a rien à voir ! » s’étonnaient les premiers visiteurs, en son atelier. Rien qu’une minuscule silhouette, campée sur des dunes rases, face à une mer immobile, comme figée dans une attente écrasante, sous un ciel immense. Rien, sinon un face-à-face avec l’infini, sans le moindre recul, ou effet de perspective, et nous sommes ce moine, du coup, et cette immensité.  »

Pour l’amour des livres (Grasset, 2019)


LE SILENCE

« J’aime le silence. J’ai besoin du silence. Cette sensation, la nuit, quand on se trouve dans un bois… Ou en mer. Ces bruits qui prennent tout à coup un relief extraordinaire. Des respirations qui s’éveillent. Le souffle du monde ! »

Nous ne sommes pas d’ici (Grasset 2009)

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