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SPITZ Chantal T.

Elles. Terres d’enfance. Romance à deux encres (Au vent des îles, 2011)

Biographie

Avec un franc-parler tranquillement corrosif, la tahitienne Chantal Spitz s’emploie à démolir le mythe du bon sauvage, décliné depuis Bougainville par tant d’Européens, écrivains, peintres ou photographes, venus en Polynésie chargés de leur fantasmes et de leur rêveries édéniques. Ses bêtes noires ? Pierre Loti et son livre Le mariage de Loti (1886), best-seller fondateur du mythe d’un peuple-enfant, innocent et immobile, dont les belles créatures languissent au bord des plages. Gauguin, dont les « sempiternelles mauvaises reproductions » s’étalent dans les échoppes pour touristes et dont le nom omniprésent « se confond avec les Marquises ». Enfin toute « la litanie colonialement correcte » de ceux qui se sont substitués aux noms de ses ancêtres.

Avec le peuple-enfant, le mythe de la vahiné, increvable, lui « colle à la peau comme ces étiquettes qu’on a beau mouiller frotter gratter écorcher qui restent toujours gluées à certains flacons ». Tout ce système de représentation, véritable « mythe-carcan », continue selon elle d’enfermer les descendants des peuples autochtones de Polynésie, les laissant « sans voix, sans consistance ».

Consciente du risque de succomber au mythe inverse de racines imaginaires, de « substituer à la mythologie forgée par le colonisateur une contre-mythologie », Chantal T. Spitz mène une réflexion critique radicale sur l’identité océanienne.

Née en 1954 à Papeete, elle est élevée à l’occidentale dans une famille bourgeoise, formant partie de l’aristocratie « demie » issue des unions entre les descendants des premiers colons et les filles des notables autochtones. Elle se détourne rapidement des auteurs français que lui impose le lycée pour découvrir les écrivains océaniens, sud-américains et plus largement toute les littératures issues des ex-colonies, avec lesquelles elle se sent une parenté : elle tire de ses lectures l’impression de faire corps « avec un corps de douleurs historiques ».

Je ne me sens pas liée aux pensants français sous prétexte de langue commune. Je me sens délibérément liée à tous les pensants colonisés à tous les sentants meurtris parce que leur histoire est la mienne leur déchirure est la mienne.

Jeune bachelière, elle ressent le besoin dans les années 1970 d’aller voyager dans le Pacifique Sud, sautant les frontières que la colonisation a tracées entre les peuples « cousins » d’Océanie. Engagée sur le front culturel, indépendantiste, elle participe également au mouvement anti-nucléaire né après les premiers essais français de 1966.

Refusant l’étiquette d’écrivain « à message », elle dit s’être tournée vers l’écriture dans « un acte de pur égoïsme », avec le sentiment d’un besoin absolu, vital. Son premier livre exutoire L’île des rêves écrasés, écrit dans une encre noire de colère, est un véritable pavé lancé dans les eaux turquoises de l’imagerie polynésienne. Tout à la fois salué et décrié, il marque la naissance d’un écrivain à la voix atypique, rageuse et poétique.

Pousuivant avec Hombo (2002) et Pensées inutiles et poétiques (2006) son oeuvre, elle participe à l’aventure de la revue littéraire Littérama’ohi, dont elle a pris la tête en 2007, avec l’objectif de faire connaître la variété, la richesse et la spécificité des auteurs contemporains de la Polynésie française.

En 2011, Chantal Spitz signe depuis Huahine, son « île sous le vent », Elles Terre d’enfance, un roman "à deux encres", largement autobiographique, qui fouille la mémoire d’un personnage double : Victoria, côté "papa’a" (européen), devient ‘Aiu, côté tahitien. Un texte de prose poétique, intime et douloureux, que rythment des grappes de verbes, d’adjectifs, de synonymes, comme si un mot seul ne suffisait jamais à rendre la nuance de la parole. Mariant sans vergogne le tahitien au français, ce texte déploie une langue singulière, chahutée par l’oralité, oublieuse de la ponctuation, foisonnante de néologismes.


En savoir plus :

  • Rencontre avec Chantal Spitz, un film de Christian Tortel :

Bibliographie :

  • Hombo (Au vent des Îles, 2012 / Éditions Te Ite, 2003)
  • Elles. Terres d’enfance. Romance à deux encres (Au vent des îles, 2011)
  • Pensées insolentes et inutiles (Éditions Te Ite, 2006)
  • L’île des rêves écrasés (Éditions de la plage, 1991, réédition en 2003, Au vent des îles)

Présentation de Hombo

Réédition d’un roman publié en 2003 aux éditions Te Ite, Hombo, tient du roman et de la poésie par un style littéraire très affirmé. Chronique souvent poignante, sensible, l’ouvrage retient également l’atten- tion par son style original, au croisement du français et du tahitien.

Revue de Presse :

« Le lecteur n’entre pas douillettement dans ce roman, comme on se glisse dans certaines fictions de loisirs. L’auteur exige de lui une lecture active et questionnante, ce qui peut le dérouter. L’esthétique du langage ne doit pas conduire à une lecture de confort, au contraire elle doit imprimer au lecteur la marque de la nature de cette écriture-colère : une somme de souffrances et de violences. » Tahiti Pacifique


Présentation de Elles. Terres d’enfance. Romance à deux encres


« Longtemps mes mémoires sont restées vierges. Elles se sont épanouies longtemps après ma dernière mort quand j’ai accepté de vivre puisque je ne savais mourir et ces mémoires obstinées que j’avais anémiées dépéries éteintes pour m’illusionner dans des semblances d’intégralité ont vagi gémi rugi toutes mes difformités dénudées en cheveux arrachés têtes cassées sangs sués et ces souvenirs résistants que j’avais censurés déniés récusés pour m’embellir dans des arrogances d’authenticité ont avoué avéré arboré toutes mes réalités déclinées en poudres jetées changes donnés circonstances forgées
et ces éclaboussures de lucidité ces panaches de limpidité m’ont immergée dans mes doutes mes peurs mes deuils desquels je m’extirpe par la puissance des malaises démasqués des blessures témoignées des souffrances confessées... »

Ce roman raconte l’histoire d’une femme et se fait l’écho d’une identité métissée dans une Polynésie violente, doucement douloureuse, mais férocement poétique. Le personnage principal porte plusieurs noms, Victoria, côté papa’a, et ‘Aiu, côté tahitien comme le livre a reçu plusieurs titres. « Elles » sont celles qui ont construit cette vie, Chantal Spitz, l’auteure leur offre une existence, et son titre souligne l’importance de ces femmes : grand-mère, mère, grands tantes et enfin la plus humble, servante et mère nourricière. Ce livre est aussi « Terre d’enfance » car Victoria-‘Aiu, comme peut-être Chantal Spitz, porte à jamais en elle le monde polynésien et l’enfance, source de douleurs et de mots, qui façonne le chemin jusqu’au terme de la vie. Avec ses tendresses et ses bonheurs, ses histoires et ses larmes, ses peurs et ses rêves, ses chagrins et ses colères, ses rencontres et ses fardeaux. « À deux encres », l’écriture métisse est alors un cri, une errance, une fureur qui transperce la terre, le lien aux ancêtres, les refus, celui de l’autre, comme celui d’être refusé par l’autre. Somptueuse, elle s’empare des mots français et tahitiens pour les nouer, romance le flux du discours du orero, poétise la prose, se joue des néologismes et apporte sa version polynésienne de la construction du verbe français.


Présentation de L’Île des rêves écrasés :

L’Île des rêves écrasés met en scène ce malaise omniprésent qui déchire la Polynésie française d’aujourd’hui. Si son écriture semble agressive, c’est à une histoire d’amour que l’auteur nous convie. La publication en 1991 de L’Île des rêves écrasés a suscité de nombreuses réactions dans la société tahitienne, allant des félicitations les plus élogieuses aux condamnations les plus frénétiques. De courriers anonymes en appels non identifiés, la violence des attaques a été à la mesure des désordres que la lecture de ce roman a provoqués à une époque où le conformisme tenait lieu de pensée. Douze ans après, la réédition, dans la collection Littératures du Pacifique, de cet ouvrage épuisé depuis longtemps était une nécessité.

Elles. Terres d’enfance. Romance à deux encres

Au Vent des Iles - 2011

Elles. Terres d’enfance. Romance à deux encres Ce roman raconte l’histoire d’une femme et se fait l’écho d’une identité métissée dans une Polynésie violente, doucement douloureuse, mais férocement poétique. Le personnage principal porte plusieurs noms, Victoria, côté papa’a, et ‘Aiu, côté tahitien comme le livre a reçu plusieurs titres. « Elles » sont celles qui ont construit cette vie, Chantal Spitz, l’auteure leur offre une existence, et son titre souligne l’importance de ces femmes : grand-mère, mère, grands tantes et enfin la plus humble, servante et mère nourricière. Ce livre est aussi « Terre d’enfance » car Victoria-‘Aiu, comme peut-être Chantal Spitz, porte à jamais en elle le monde polynésien et l’enfance, source de douleurs et de mots, qui façonne le chemin jusqu’au terme de la vie. Avec ses tendresses et ses bonheurs, ses histoires et ses larmes, ses peurs et ses rêves, ses chagrins et ses colères, ses rencontres et ses fardeaux. « À deux encres », l’écriture métisse est alors un cri, une errance, une fureur qui transperce la terre, le lien aux ancêtres, les refus, celui de l’autre, comme celui d’être refusé par l’autre. Somptueuse, elle s’empare des mots français et tahitiens pour les nouer, romance le flux du discours du orero, poétise la prose, se joue des néologismes et apporte sa version polynésienne de la construction du verbe français.

Littérature et oralité

Grands débats en vidéo
Saint-Malo 2012

Avec Edem Awumey, Gary Victor, Moetai Brotherson, Chantal Spitz. Animé par Alexis Lacroix.


Mondes en miroir

Les Cafés littéraires en vidéo
Saint-Malo 2012

François Garde, Chantal Spitz et Nicolas Kurtovitch

Nouvelle-Calédonie : La natte des poètes

Avec Frederic Ohlen, Nicolas Kurtovitch, Anne Bihan et Chantal T. Spitz - Saint-Malo 2012

Avec Frederic Ohlen, Nicolas Kurtovitch, Anne Bihan et Chantal T. Spitz.


Jeunes à la dérive

Avec Chantal T. Spitz, Alan Duff et Nicolas Kurtovitch - Saint-Malo 2012

Une rencontre entre Chantal T. Spitz, Alan Duff et Nicolas Kurtovitch, animée par Géraldine Delauney.


Les pièges de l’exotisme

Avec Chantal T.Spitz, Nicolas Kurtovitch, Marc De Gouvenain et Jean-Luc Coatalem - Saint-Malo 2012

Avec Chantal T.Spitz, Nicolas Kurtovitch, Marc De Gouvenain et Jean-Luc Coatalem, animé par Mireille Vignol