Thé ou café ?

Ecrit par Clément Valentin (3ème, Collège Jules Michelet de Beauvais), sujet 1. Publié en l’état.

Elle avait le trac, des nœuds à l’estomac mais Alicia sut vite se reconcentrer. Elle devait improviser et elle n’aimait guère cela : même si ses professeurs de théâtre l’avaient initiée à cet art difficile, jamais elle n’était aussi bonne comédienne qu’avec un texte. Mais aujourd’hui il lui semblait pourtant qu’elle jouait une enquêtrice galactique sûre d’elle. Elle prenait même plaisir à jouer ce rôle, dans cette étrange combinaison de latex, sur le décor rouge de la planète Edena 2 avec ce vaisseau en arrière-plan où était gravé sur la carlingue NOSTROMOS.
C’est alors que le producteur, plus pâle et encore plus froid que tout à l’heure, intervint dans un nouvel accès de colère :
« Arrête, on en a assez vu, dit Lucas Meron sur un ton cassant. Va te rhabiller, on trouvera mieux, beaucoup mieux, n’est-ce-pas les filles ?
Alicia, stoppée en plein élan, devint d’une pâleur à faire rougir les morts. Et pour ne rien arranger, en plus de son sentiment de honte, ses camarades actrices en herbes ou expérimentées se moquaient d’elle, certaines ricanaient, d’autres gloussaient doucement. Même si cela se voulait plus ou moins discret, pour la jeune fille c’était comme si ces insultes lui étaient dites à l’oreille. Dépitée, au bord des larmes, Alicia décida de se réfugier dans sa loge. Dans sa fuite, elle manqua de tomber, un de ses talons s’étant pris dans l’enchevêtrement de câbles du plateau, ce qui fit une fois de plus glousser les langues bien pendues des autres prétendantes au titre d’enquêtrice galactique.
Elle traversa en courant le couloir aux lumières agressives. Le désespoir était lisible sur son visage devenu à moitié gris, à cause des larmes mêlées au mascara. Sa loge n’était plus très loin. Elle ressentit une étrange impression de froid qui remontait depuis ses pieds, cela s’ajoutait encore à son dépit du moment. Encore quelques portes et elle pourrait enfin pleurer tout son content sans témoins. Elle n’aspirait qu’à la solitude.
Enfin sa loge ! Elle s’y engouffra et claqua la porte derrière elle. Une étrange sensation de froid la saisit à nouveau, elle frissonna. Elle remarqua alors que son rouge à lèvres avait glissé par terre près de la chaise rouge sur laquelle, peu de temps auparavant, elle s’était assise pour se maquiller. N’y prêtant pas plus attention, elle décida de prendre une bonne douche bien chaude pour oublier et faire passer ce choc mais surtout pour se réchauffer.
Elle fit couler l’eau pendant qu’elle se déshabillait rapidement, dans l’atmosphère sombre de son refuge. Elle entra dans la douche au carrelage rugueux et gris, l’eau chaude qui coulait sur son corps la réchauffait peu à peu et lui fit, l’espace d’un instant, oublier cet horrible casting, cette sensation de honte et les moqueries de ses rivales. Au bout de plusieurs minutes, elle se sentit enfin un peu apaisée… Glissant une main pour attraper la serviette sur le portant, elle entendit du bruit dans le couloir. N’y prêtant pas plus attention, elle se sécha vite car elle sentait toujours ce froid en elle.
Après s’être changée, elle entendit à nouveau ce bruit qui venait du couloir, comme des pas étouffés sur la moquette qui s’arrêtaient derrière sa porte.
D’une petite voix, elle demanda qui était là, aucune réponse ni même un son ne venaient troubler le silence de cathédrale de la loge d’Alicia. Quelques secondes plus tard, elle entendit de nouveau quelque chose, mais cette fois-ci, ce bruit était celui de la clenche qui s’abaissait. Sûrement une actrice venant se vanter de sa performance ou cet ignoble producteur. Heureusement, elle avait fermé la porte à clef. Elle ne voulait voir personne et encore moins eux ! Mais la personne derrière la porte semblait bien décidée à entrer.
Alicia demanda à nouveau qui était là, toujours pas de réponse, seul un souffle rauque trahissait la présence derrière la porte ; la peur commençait à gagner la jeune fille !
Il n’en fallut pas plus si ce n’étaient les cliquetis de la serrure qui était en train d’être crochetée pour qu’Alicia se précipite à la recherche de son téléphone portable. Elle était pourtant certaine de l’avoir laissé dans son sac à main ! Mais force était de constater qu’il n’y était plus. Il lui fallait se rendre à l’évidence, son seul moyen de se sortir de cette situation désespérée n’était plus. La panique l’envahit, elle voulut crier mais aucun son ne sortit de sa gorge. La porte de notre actrice se courbait maintenant sous les coups de poings et pieds. Les bruits qu’elle entendait étaient ceux de l’agacement et de la haine, la jeune fille était terrifiée. La porte ne tiendrait plus très longtemps à ce rythme effréné. Se cacher, vite ! Les bruits incessants de coups sur la porte devenaient de plus en plus forts, mais aussi plus aigus. Oui, à tel point qu’elle se réveilla dans son lit avec son chat Peluche à côté d’elle.
"-Thé ou café, Alicia ?" lui demanda sa mère.

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