Toc, toc

Écrit par TIVAUD-BERTHE Elliott (6 ème, Collège Sévigné de Granville)

Toc, toc.

Elle esquissa un pas à reculons, puis fit une brusque volte-face et s’éloigna en s’efforçant de ne pas courir.

Elle descendit les escaliers à toute allure, mais elle tomba car elle guettait l’homme qu’elle imaginait à sa poursuite. Malgré la pluie, la fenêtre était entrouverte, il était certainement déjà entré dans la maison. La jeune fille, paniquée, se releva et alla dans la direction de sa chambre. Soudain elle vacilla, elle avait laissé la paire de ciseaux en bas, sur la table de la cuisine ! Une sueur froide longea sa colonne vertébrale. Elle ouvrit la porte de sa chambre, qui arborait un panneau stop qui n’arrêterait pas son poursuivant, et la referma aussitôt, elle poussa son armoire. C’était une vieille armoire en bois remplie de vêtements. Elle appuya sur le côté de celle-ci de tout son corps pour la pousser, elle avait l’habitude de la pousser mais pas ainsi. Elle la déplaça sur sa porte pour être certaine que l’homme ne rentre pas. Derrière son armoire se découvrit son grand tableau rempli de photos et de coupures de journal reliées entre elles par des fils rouges, comme dans un film policier, sauf que cela n’avait rien d’un film, l’homme sur le tableau, c’était son poursuivant. Comment avait-il pu venir jusqu’ici ? Comment savait-il qu’elle habitait là ? Mille questions la tourmentaient, l’empêchant de réfléchir correctement. Elle entendit des bruits de pas lourds venant de sa porte et tendit l’oreille, soudain concentrée, tous ses sens en alerte. Les pas s’arrêtèrent, elle entendait le souffle de l’homme. Lola tourna la tête, elle était prise au piège… Réfléchis Lola ! Réfléchis Lola ! Alors son regard se tourna vers la fenêtre. Elle se précipita, le souffle court. MG bien sûr ! elle ouvrit sa fenêtre d’une main tremblante, enjamba le rebord, sauta, se tordit la cheville mais courut sans même sentir la douleur jusque chez sa grand-mère qui habitait deux maisons plus loin, priant pour que l’homme ne la suive pas, le cœur cognant dans sa poitrine.

« Allez Lou, rattrape-la, se disait – il, il le faut c’est ta seule chance. Il poussa les battants de la fenêtre en essayant de ne pas faire de bruit et vérifia qu’elle ne fut pas derrière la porte. Il entra discrètement et caressa sa longue barbe poilue en signe de réflexion. Où était-elle ? Il entendit quelque chose tomber dans les escaliers, elle avait dû tomber. Il courut vers les escaliers et entendit qu’on poussait quelque chose de lourd. Cela venait d’en bas d’après ses déductions. Il descendit aussitôt, le stop sur la porte en bas le fit sourire. Il entendit Lola, ce devait être sa chambre. Il essaya d’entrer, il appuya sur la clenche mais la porte était verrouillée. C’était ça le bruit… Elle avait dû mettre un meuble derrière la porte. Il essaya de ne pas s’énerver, poussa la porte avec son épaule mais il n’y arriva pas. Il avait beau essayé c’était bloqué. Il rugit exaspéré : ouvre-moi ! C’est à ce moment-là qu’il entendit une fenêtre s’ouvrir. Il fit demi-tour et remonta les escaliers vers la porte d’entrée, mais avant d’y arriver, il aperçut à travers la fenêtre ouverte de la cuisine, Lola qui traversait en courant le jardin. Son cœur battait fort dans sa poitrine, il avait préparé tant de fois cette scène, cela n’aurait pas dû se passer comme ça… Il soupira, tant pis, il improviserait. Il franchit de nouveau la fenêtre de la cuisine et courut dans la direction qu’elle avait prise, marmonnant de sa voix rauque : « Attends, Lola ! ».

Lola n’était plus qu’à quelques mètres de chez MG, Mère-grand, elle l’appelait comme cela depuis toute petite, depuis son adoption, car elle lui lisait tous les soirs « Le petit chaperon rouge » de Charles Perrault. Elle se souvenait de son magnifique et vieux livre avec tous les contes, qu’elle sortait d’une énorme bibliothèque. Elle avait 7 ans quand ses parents s’étaient fait assassiner sous ses yeux, du moins c’est ce que lui avait raconté MG car elle avait oublié cette nuit atroce. Elle se demandait d’ailleurs comment elle avait pu oublier une chose aussi triste et si terrifiante pour une enfant de son âge. Sa grand-mère lui avait raconté que ses parents avaient été tués à coup de poignard. Elle vit enfin la maison de MG. Elle se demanda si elle était réveillée ou si elle dormait, mais elle était la seule à pouvoir l’aider, alors elle frappa à la porte. « MG, je t’en prie, ouvre-moi la porte, Mère-grand, je t’en supplie ! ». Sa grand-mère ouvrit alors quasiment à l’instant même où elle finissait sa phrase. « Tu m’apportes mes courses bien tôt ! Cela faisait longtemps que tu ne m’avais pas appelée ainsi… » Mais sa phrase s’arrêta sur ses lèvres quand elle découvrit le visage de Lola.

« Ah ! Cette petite est vraiment très gentille, pensait la vieille dame en reconnaissant la voix de sa petite-fille. Quel amour de me rapporter tous les samedis mes courses, et j’espère qu’elle n’a pas oublié le beurre ». Mais quand elle vit l’état dans lequel était Lola, son sang ne fit qu’un tour. Lola, en larmes, nu-pieds, échevelée, se blottit dans les bras de sa Mère-grand. Elle lui demanda ce qui se passait mais Lola avait le regard perdu et ne pouvait prononcer un seul mot, suffoquant. « Respire Lola, regarde-moi ! » La voix de sa grand-mère arrivait difficilement jusqu’à elle comme dans un brouillard. Soudain Lola articula « Il …me poursuit…il …est venu pour me tuer moi aussi » La grand-mère comprit alors de qui elle parlait. Cela faisait des années qu’elle surveillait ce psychopathe, depuis qu’il avait été accusé d’avoir massacré sa fille et son gendre. Mais il s’était enfui quelques jours auparavant. Lola d’ailleurs était inquiète, elle découpait chaque article qu’elle trouvait dans le journal. Elle avait tenté de la rassurer, il ne savait pas où elles habitaient… Elle s’était trompée. Elle regarda par-dessus l’épaule de Lola et le vit en train de courir à toute allure vers la porte qui n’était pas verrouillée. Elle voulut atteindre le battant de la porte, mais ses jambes se dérobaient, il se rapprochait de plus en plus. Elle avait le cœur qui battait à tel point qu’il allait quasiment sortir de sa poitrine. Elle réussit à fermer la porte juste à temps. Soulagée qu’il ne soit pas entré, elle se tourna vers Lola toujours tétanisée, et d’une voix sifflante lui dit « Il faut que l’on se cache, viens par ici », elle montrait la cuisine du doigt. C’était une vieille cuisine, d’un jaune criard, on aurait pu se croire dans les années soixante. Elle attrapa sur le plan de travail l’un des grands couteaux à viande. Mais au même moment la porte de l’arrière-cour, donnant sur la cuisine, s’ouvrit lentement. C’était lui. Ses yeux noirs se posèrent plein de haine sur la vieille dame qui attrapa le bras de Lola, enfonçant ses doigts dans sa chair. Il tourna alors ses yeux vers Lola et son regard changea soudain, il murmura de sa voix rauque, comme essoufflé :

  • N’aies pas peur Lola, je m’appelle Lou n’aies pas peur, je ne veux pas te faire de mal, je te le jure. D’ailleurs je n’ai jamais fait de mal à qui que ce soit, il faut que tu me croies…
  • C’est pour cela que l’on t’a enfermé, bien sûr que tu n’as rien fait ! Tu es un malade, un psychopathe ! cria la vieille dame.
    Il y eut un silence pesant. Lola tremblait et des larmes coulaient de ses yeux agrandis par la peur. Alors l’homme changea d’attitude :
  • C’est ce que tu as voulu faire croire. C’est tellement facile d’accuser un enfant de douze ans qui n’a rien fait. Et se tournant vers Lola, c’est elle, tu dois savoir Lola, c’est elle qui les a tués, c’est elle qui a tué nos parents…
  • Quoi, bégaya-t-elle, MG, c’est vrai ce que dit Lou ?
    Pour seule réponse, sa grand-mère planta alors son couteau dans la gorge du frère de Lola qui, entendant prononcé son prénom par sa sœur, avait eu un moment d’inattention. Horrifiée, elle regarda la vieille dame, cette dernière affichait un sourire cruel qu’elle ne lui connaissait pas.
  • C’est tellement triste, lui dit-elle, tu as toujours été ma préférée. C’est un vrai gâchis, une si belle fille...
    Elle fit un pas vers elle, marchant dans le sang qui se répandait sur le carrelage.
    La porte, par laquelle Lou était entré, était restée ouverte, Lola sentait l’air frais dans sa nuque. Ses souvenirs remontèrent d’un coup.
    MG n’étaient pas les initiales de Mère-Grand, il fallait inverser les lettres, G.M. comme Grand-Méchant… loup.
    Mais hélas ! qui ne sait que ces loups doucereux,
    De tous les loups sont les plus dangereux…
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