Vers un autre monde

Écrit par MORICE Maël (2nde, Lycée Lapérouse-Kerichen de Brest), sujet 2. Publié en l’état.

− Je ne sais pas, je sais seulement qu’ils fuient, comme nous.
Ma petite sœur Sarah, qui n’a que sept ans, me demande vers où l’on marche.
Nous sommes partis depuis quatre jours déjà. Je quitte ma terre natale, entraîné par les autres. Ma sœur est perdue autour de tous ces gens. J’espère que l’un d’entre eux va nous guider car je ne suis pas très à l’aise au milieu de toutes ces personnes sans avoir mes parents à mes côtés quand on me dit soudain :
− Hé, jeune homme, on va prendre un bateau !
− Quoi ? On va où ?
Personne ne me répond. J’ai peur mais je ne le montre pas pour rassurer ma sœur. Ma sœur et moi ne sommes jamais montés sur une embarcation. La première fois, il faut être très courageux pour oser mettre le pied sur le bateau. Des bousculades pour les gilets de sauvetage, le bateau bascule de droite à gauche, un vrai cauchemar. Enfin nous voilà partis, je n’ai aucune idée d’où nous allons mais peu importe, l’essentiel est de n’être pas tout seul. C’est ce que je garde en mémoire pour me motiver et m’encourager. Et puis, je dois veiller sur Sarah.

Le voyage en mer est pénible, difficile. Beaucoup de gens sont malades, Beaucoup gémissent. La peur se lit dans les yeux des passagers. Sarah reste blottie contre moi, j’essaie de la réchauffer comme je peux. Et puis, j’essaie de la rassurer en lui disant que de toute façon, là où nous serons, ce sera mieux, et que nous retrouverons nos parents.

Après trois semaines de voyage nous arrivons, si j’ai bien compris, en France.Tout à l’air tellement différent ici. Tout le monde semble heureux d’être au bout du voyage, les visages se sont complètement transformés. Plus d’angoisse, plus de stress, une nouvelle vie va commencer pour chacun d’entre nous.
Au bout d’un moment, on nous ordonne de nous mettre en rang :
− Suivant ! Par ici, approchez.
Ma sœur est timide et reste en retrait.
− Bonjour, avez vous une carte d’identité ?me demande une dame qui ressemble à une de mes tantes.
Je ne comprends pas ce qu’elle me dit alors quelqu’un traduit dans ma langue.
− Oui ! C’est ce que je te demande, tu n’as pas de papiers, n’est-ce pas ?
Je fais un signe de la tête pour dire non. J’ai peur d’avoir commis une faute, mais la dame reste souriante et nous fait comprendre que nous allons bientôt aller vivre dans une petite ville, une famille nous y attend.

Quelques jours plus tard, nous voilà tous les deux dans notre famille d’accueil. Ma sœur est renfermée sur elle-même, elle ne cherche pas à s’exprimer et ne comprend pas où elle est. Elle est vraiment bouleversée et moi je suis perturbé par cette langue incompréhensible. Mais une chose me donne du courage car je mange à ma faim. La mère de la famille fait tout pour qu’on soit heureux, comme chez nous auparavant sauf quelle n’a pas compris qu’il faut un temps avant de s’adapter. J’ai de nombreuses pensées pour mes parents que je ne reverrai, j’en ai de plus en plus le pressentiment, sans doute jamais.

Après plusieurs jours de repos, je réussis tant bien que mal à comprendre que je dois aller à l’école. L’école sera sans doute pour moi une façon de m’exprimer avec des copains en qui on peut avoir confiance et puis je vais apprendre à lire et à écrire.
A mon arrivée en classe, il y a un grand silence, tous les élèves ont les yeux rivés sur moi. La maîtresse annonce avec joie que je peux me présenter à la classe. L’angoisse ne cesse d’augmenter et je me mets à bafouiller. Mes premiers mots sont suivis d’un grand fou rire interminable des élèves. Une fille se lève brusquement et dit :
− Alors, comment tu t’appelles ? D’où tu viens ? C’est quand même pas compliqué de répondre !
Je ne trouve plus mes mots, je me sens tout petit, ridiculisé autour de toutes ces personnes n’ayant aucune pitié pour les autres. Je garde malgré tout l’espoir que ça s’arrange car ma sœur n’a pas de problème avec ses camarades de classe et elle s’est fait des copines.

J’entame ma deuxièmes semaine de cours et les élèves n’ont pas changé. Des insultes me tombent dessus à longueur de journée.
− T’es noir, tu n’as rien à faire en France ! Retourne d’où t’es venu.
Un autre dit à son tour :
− Tu n’as pas de famille, pas d’ami, tu ne sais même pas parler français ! Dégage !!
Je me renferme, ayant peur de leur répondre et de me faire frapper. Dans la cour de récréation, les garçons essayent de me voler mon sac et tout ce que je possède sur moi. Pas une seule personne n’est à mes cotés pour me soutenir et m’aider. Il n’y a rien à faire !

Ce vendredi-là, comme tous les vendredis après-midi, nous revenons du sport vers 4 heures. Mais aujourd’hui, ce n’est pas un jour comme les autres en raisons des conditions météo annoncées depuis plusieurs jours. Sur le chemin du retour, un orage se fait entendre, suit une terrible pluie avec un vent fort et glacial.
La maîtresse commence à paniquer et ne sachant que faire, les élèves se dispersent dans tous les sens pour chercher un endroit où s’abriter. Soudain, la foudre s’abat sur une maison qui commence peu à peu à brûler. Je reste calme, lucide quand j’entends un cri semblant venir de la maison. Je cherche et j’aperçois, après quelques secondes, une jeune fille à la fenêtre de la chambre. Elle s’apprête à sauter car les flammes se répandent à une vitesse considérable dans la maison. La seule possibilité est de la réceptionner, il faut faire vite car les flammes s’amplifient et le tonnerre continue toujours à gronder. Je lui fais signe d’y aller. Elle hésite quelques secondes puis prend sur elle et se laisse tomber.
Malgré ma concentration, le vent me déstabilise et la réception de la fille est brutal pour moi et ma tête heurte le sol. Je ne comprends pas ce qui m’arrive et la douleur m’envahit. J’arrête de lutter et me laisse aller. Je revois la scène en boucle dans ma tête, et je m ’évanouis.

A mon réveil, je suis dans un hôpital, je ne me souviens plus très bien de ce qui m’est arrivé. Alors, j’aperçois peu à peu la petite fille à qui j’ai sauvé la vie. Elle me remercie infiniment. Et puis, toute la classe est là, venue me rendre visite, sous une holà d’applaudissements.
− Tu as été formidable ! Tu es un vrai héros, notre héros !

Les larmes me remplissent les yeux et se mettent à couler ; mais ce ne sont plus des larmes de colère ou de tristesse comme avant. Ce sont des larmes de joie, de soulagement et aussi un peu de fierté. Car à partir de cet instant, je ne serai plus « l’étranger », l’enfant différent. Je vais apprendre la langue, je vais pouvoir jouer avec mes nouveaux camarades, sortir avec eux, vivre comme eux en somme. Je garderai aussi, au fond de moi ,comme un secret, le souvenir de ma famille, de mon pays d’origine, qui jamais ne me quittera.

Je m’appelle Ryad. Aujourd’hui, j’ai 70 ans et je viens de vous raconter la plus belle histoire de ma vie.

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