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Yvon Le Men, par Michel Le Bris

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© Eric Legret

Yvon Le Men
Michel Le Bris

Ma première rencontre avec Yvon Le Men date de l’après-68 – sans doute en 1975, car venait de paraître son premier livre, chez J.-P. Oswald. C’était dans la grande cour du musée des Jacobins, bondée et en effervescence, à Morlaix. Un jeune poète, regard fiévreux, le poing brandi, soulevait la foule autour de lui, et c’était bien la première fois que je voyais un meeting où des poèmes avaient plus de force que les slogans. Le poing brandi, depuis, est devenu une main ouverte, sans que jamais il cède sur son choix d’existence : s’il est quelqu’un répondant à ce que Maurice Clavel exprimait si bien dans un petit film fameux, L’Insurrection de la vie, c’est bien lui, dont le premier recueil publié avait justement pour titre Vie.

Beau programme, dira-t-on – surtout si on l’entendait au sens strict : abandonnant ses études, n’avait-il pas fait le pari, dans la folie de mai, de « vivre en poésie » ? À comprendre dans tous les sens de « vivre », dont le plus difficile : économiquement. Et l’extraordinaire est qu’il a tenu ferme depuis, vivant de ses livres et de ses spectacles, devenu le plus grand poète de Bretagne, poète aussi du monde entier, traduit en plus de dix langues…
Vivre en poésie – cela aurait-il pu s’imaginer hors de Bretagne ? Je n’en suis pas certain, tant « Bretagne est poésie » depuis des siècles, tant l’imaginaire, ici, se nourrit du poème du monde, tant « l’être ensemble » s’y tisse de musiques et de mots. C’est pourtant un poète du soleil qui fut le déclencheur de sa vocation, Jean Malrieu, pour cette simple phrase : « Le bruit court que l’on peut être heureux. » Xavier Grall, un peu plus tard, puis l’immense Guillevic, Claude Vigée : les plus grands auront su très vite le reconnaître comme un des leurs.

Vivre en poésie, vivre de sa poésie et uniquement d’elle… Il se sera donc fait diseur, comédien, passeur de mots et de poètes, brûlant sa vie sur scène, des plus grandes aux plus petites des villages de Bretagne et d’ailleurs, loin, très loin des chapelles, des clans, des modes éphémères. Parce que pour tenir ce pari d’existence, il faut être un peu fou, certes, mais surtout d’une exigence absolue, stylistique et morale, excluant par avance affèteries postmodernistes et verbiages mondains, tissant de livre en livre une œuvre forte, originale. Nous voulions affirmer l’urgence de la poésie en ces temps de crise et combien « l’être ensemble » se nourrit de la perception d’une dimension poétique de l’être humain : poète du plus près, de soi et des autres, et poète du plus loin, Yvon Le Men, au fil des années, aura su faire du festival, dans la salle Sainte-Anne à Saint-Malo comme à Bamako, à Port-au-Prince, à Haïfa, à Rabat, à Dublin, à Sarajevo, un lieu de partage où « vivre en poésie » avec lui et ses amis poètes, le temps du festival. Et de cela je tenais, ici, à lui dire merci.

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