Propos décalés d’Elisabeth Tchoungui

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Écrire relève du sensible, et on dit des femmes qu’elles le sont. Etonnants Voyageurs a fait une belle place aux femmes- écrivains. Nous avons rencontré l’une d’elle, lectrice boulimique et auteure talentueuse. L’écrivain et journaliste franco-camerounaise Elisabeth Tchoungui s’est volontiers prêtée au jeu de nos questions. Interview.

Quel a été votre premier choc littéraire en tant que lectrice ?
Rire. J’ai lu avant de savoir lire, c’est-à-dire que ma mère me lisait des livres quand j’avais 3 ans, j’étais tellement passionnée qu’elle me les lisait dix fois et que je les apprenais par cœur, notamment une bande dessinée qui paraissait à la fin du journal Mode de Paris qui s’appelait Arthur et Zoé. Je prenais le journal, j’allais à la page Arthur et Zoé, et je lisais… ça épatait la galerie… Mais je crois que mon premier choc littéraire a été Le Grand Meaulnes, que j’ai lu à mon adolescence. C’est un livre qui décrit merveilleusement bien cet état d’adolescence.

Quel est le penseur qui vous accompagne ?
Je n’en ai pas un en particulier tout le temps, mais une devise qui me vient en tête. C’est un quatrain d’Omar Khayyam, un poète perse du XII siècle qui dit :
‘‘ Lorsque la sagesse me dit jamais dans le sommeil
La rose du bonheur n’a fleuri pour personne,
Pourquoi s’abandonner à ce petit frère de la mort
Bois du vin tu auras des siècles pour dormir’’

Un sophisme qui vous exaspère ?
Non, le sophisme étant une construction littéraire qui m’amuse, je préfère m’attacher au style et à la forme, plutôt qu’au fond.

Une question qui vous tourmente ?
Oui, y a-t-il quelque chose au-delà (rire)

Blanc ou noir ?
Les deux à la fois.
Il faut jouir de l’existence, carpe diem.

De quoi n’avez-vous pas encore accouché ?
De mon troisième roman, l’accouchement est long et douloureux et sans péridurale (rire)

Votre idée du bonheur ?
(Soupir) …Arriver à l’identifier plus facilement

Votre idée du malheur ?
La maladie.

Qu’est-ce qui vous exaspère le plus chez les hommes ?
Leur machisme plus ou moins assumé. Je connais peu d’hommes véritablement féministes. Il y a toujours un vieux fond qui ressort au moment où on s’y attend le moins, même quand on pense avoir affaire à des hommes féministes.

Qu’est-ce qui vous exaspère le plus chez les femmes ?
Le manque de solidarité entre elles, parce que des femmes aussi peuvent être de grandes machistes et perpétuer des modèles de soumission.

Quelle est votre personnalité vivante préférée ?
Nelson Mandela.

Un personnage historique auquel vous pourrez vous identifier ?
J’ai beaucoup d’admiration pour les anonymes qui à un moment donné refusent la soumission. Je pense notamment Rosa Park, cette noire américaine, qui avait refusé de se lever de son siège dans un bus ségrégationniste.

Si vous rencontrez Dieu un jour, que lui diriez-vous ?
Tu dors ou quoi ? (rire)

A quoi servent les écrivains ?
À jubiler, à rire, à réfléchir… Ils vous offrent le monde où que vous soyez, en quelques pages, ils vous l’apportent sur un plateau.

Etonnants Voyageurs ?
Pouvoir rencontrer son public, des lecteurs, parce que l’écriture est un exercice extrêmement solitaire donc ce sont de vrais moments de partage qui nous nourrissent. Beaucoup de plaisir à rencontrer d’autres écrivains, à échanger avec eux sur notre vision de la littérature, de découvrir leur univers. Ce festival et ces écrivains qui viennent du monde entier, ce n’est que bonheur !