Téléchargez Dimanche Ouest France
(Fichier PDF - 2.7 Mo)

Alvaro Mutis s’est éteint

image

Alvaro Mutis au festival Étonnants Voyageurs en 1991

Il fut plus qu’un ami du festival : un membre de la famille, dès la première édition. Il s’est éteint avant-hier, à l’âge de 90 ans, mais il était l’esprit même de la jeunesse, rêveur de royaumes et d’horizons lointains, arpenteur de rivages désormais pour l’éternité. La maladie, ces dernières années, l’avait empêché d’être des nôtres, mais pour nous tous il était là, à nos côtés, à chaque nouvelle édition, et le souvenir de son rire clair, de ses longues rêveries jusqu’au cœur de la nuit. Il est là, près de moi, me semble-t-il, tandis que je trace ces quelques lignes, ravagé de chagrin, comme sont présents tous ces amis en allés mais dont l’esprit continue d’habiter le festival. Si Étonnants Voyageurs continue de vivre et de croître, c’est, j’en suis convaincu, parce qu’il a une âme : la leur. Et la sienne.
Petit enfant de Stevenson, de Jack London, de Conrad – puisque tel était notre projet initial, de rassembler les auteurs qui de par le monde se reconnaissaient en cette filiation – il l’était plus que tout autre, et je ne suis sans doute pas le seul à garder un souvenir ému de sa rencontre, lors de la première édition du festival, avec Hugo Pratt, chacun émerveillé de découvrir dans le héros de l’autre un frère en esprit, Corto Maltese, si proche de Maqroll le Gabier, et dès lors ils ne s’étaient plus quittés de tout le festival. Il s’était fait passeur, aussi, soucieux d’agrandir la famille, en nous pressant, Jean Pierre Sicre, créateur des éditions Phébus, et moi de faire découvrir Francisco Coloane alors oublié en son pays – Francisco Coloane, géant au regard d’aigle, qui dès sa venue à Saint Malo, devint une des « stars » du festival, cas unique d’un auteur redécouvert en son propre pays, du fait de son succès en France.
Saint-Malo, ville habitée au fil des siècles par tant de personnages qui avaient fait du grand large leur demeure, était devenue sa ville de cœur, dont René Couanau l’avait fait citoyen d’honneur à l’occasion du Xème anniversaire du festival, et rien je crois ne pouvait lui faire plus plaisir que la hache d’abordage, copie des temps de Surcouf, qui lui avait été remise à cette occasion. Malouin, oui, il l’était devenu – et le restera pour nous tous, étonnant voyageur s’il en fut.

Michel Le Bris


Retrouvons-le au festival de 1994 nous parler du pouvoir de son héros : Maqroll le Gabier


Sans oublier ce plateau grandiose : Alvaro MUTIS et Hugo PRATT (1994)



Mais aussi en compagnie d’Ella Maillard en 1991.


Et d’autres petites pépites à consulter dans nos archives.

Téléchargez Dimanche Ouest France
(Fichier PDF - 2.7 Mo)