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MC LIAM WILSON Robert

Angleterre

Les dépossédés (Christian Bourgois, 2005)

Robert MC LIAM WILSON
D-R

Né à Belfast en 1964, Robert McLiam Wilson a étudié la littérature anglaise à l’Université de Cambridge, mais n’a pas terminé ses études. Il habite aujourd’hui Belfast. Il a écrit quatre romans : Ripley Bogle (1989) qui a remporté le Prix Rooney, le Prix Trask, le Prix Hughes et le Prix Irish Book, Manfred’s Pain (1992), Eureka Street (1996) et Les dépossédés, tous publiés chez Christian Bourgois Editeur. Robert McLiam Wilson a donné des cours pendant trois ans à l’Université d’Ulster et a tourné plusieurs films documentaires pour la télévision britannique.

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Bibliographie :

  • Les dépossédés (Christian Bourgois, 2005 – avec Donovan Wylie)
  • Ma douleur de Manfred (Christian Bourgois, 2003)
  • Eureka Street (Christian Bourgois, 1997)
  • Ripley Bogle (Christian Bourgois, 1997)

Résumé de Les dépossédés :

Essai-journal sur les « dépossédés » de Londres, Glasgow et Belfast publié en 1990 en Angleterre, ce livre témoigne des souffrances engendrées par la pauvreté.
Robert McLiam Wilson affirme très vite qu’il a entrepris ce livre pour se débarrasser des idées reçues sur la pauvreté et pour battre en brèche la politique thatchérienne et ses effets catastrophiques sur ce que l’on appelle pudiquement « les classes défavorisées » anglaises à la fin des années 80 et au début des années 90. Construit en trois parties (une par ville) et écrit à la première personne, ce livre décrit une succession de rencontres dans des centres d’hébergement ou d’accueil ou des cités habitées par les « dépossédés ». Ces rencontres donnent lieu aux réflexions de Robert McLiam Wilson qui a lui aussi fait cette expérience de la misère. D’ailleurs il ne prétend à aucune objectivité : il adopte l’attitude du « nouveau journaliste » à l’américaine où le point de vue subjectif est toujours revendiqué. Robert McLiam Wilson démonte l’un après l’autre tous les préjugés « moraux » qui s’attachent aux « pauvres » et critique l’aspect mensonger et anesthésiant des statistiques. Les nouveaux barèmes mis en place par les économistes thatchériens sont un écran de fumée fallacieux, conçus pour faire croire à une baisse de la pauvreté alors que cette dernière n’a fait qu’augmenter au Royaume-Uni pendant l’ère Thatcher. Mieux, les chiffres ont en eux-mêmes un côté déshumanisant, rassurant, abstrait qui permet d’oublier la réalité brutale de la pauvreté que McLiam Wilson s’attache à décrire avec compassion, humanité, intelligence.

Si aucune conclusion ni aucune découverte majeure d’ordre sociologique ou autre ne conclut ce livre, toutes les idées et les théories reçues sont passées à la corbeille : la déconstruction est souvent source de mélancolie. Mais la colère de l’auteur devant la théorie thatchérienne du « trickling down » est tout sauf mélancolique. Cette théorie particulièrement cynique affirmait contre toute évidence que la richesse des très riches finirait bien par rejaillir, magiquement et au bout d’un temps indéterminé, sur les pauvres et les très pauvres. La réalité a prouvé le contraire : les riches se sont enrichis sous Thatcher, les pauvres appauvris.
Cet essai a en plus le mérite d’éclairer le personnage de Robert McLiam Wilson. On pourrait presque y lire un fascinant autoportrait involontaire, donné en sus, en contrebande, derrière une enquête minutieuse et éreintante qui met à nu les conditions matérielles de la misère.