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SIGAUD Dominique

France

Partir, Calcutta (Verdier, 2014)

Au départ c’est venu des interrogations qui me tenaillaient sur le style journalistique. Comment transmettre au lecteur français d’un reportage le sens des mots d’une petite réfugiée sud-soudanaise ? C’est une question d’écriture et au fond, je crois de littérature.

© W. Rouff

Ancienne reporter de guerre, Dominique Sigaud ne se résout pas au silence et trouve dans la littérature un moyen plus juste de décrire les atrocités du monde. Dans ses livres, elle plonge le lecteur au plus près de la douleur, au cœur de l’homme, mais surtout au plus proche d’elle-même. Son dernier roman Partir, Calcutta, est le récit d’un voyage intérieur et solitaire, une tentative de se retrouver un peu dans cette métropole grouillante, douce et violente, si étrangère mais qu’elle trouve si similaire à son état d’esprit.

Celle qui a voyagé aux quatre coins du monde, dans les régions les plus exposées, notamment en Afrique et dans le monde arabe, décide de se poser et de défaire ses bagages en 1995 pour se consacrer pleinement à l’écriture. L’Algérie qui est au centre de ses premiers combats, est alors primordiale dans ses premiers écrits (La Fracture algérienne paru en 1991 et La Vie, là-bas, comme le comme le cours de l’oued paru en 1997). Elle se penche également sur la guerre du Golfe, « dégoûtée par le silence des intellectuels français », et publie en 1996, son premier roman, L’Hypothèse du désert, qui obtient l’année suivante les prix Alain Fournier, Emmanuel Roblès et Marguerite Yourcenar.

Ces voyages lui donnent matière à roman, mais elle base aussi volontier ses écrits sur une expérience vécue ou des événements historiques. L’exécution d’un condamné à mort dans Blue Moon ou encore l’Allemagne nazie dans Franz Stangl et moi et l’Occupation de la France dans Le piège des loups. Même dans ses romans policiers, Dominique Sigaud montre la folie du monde, qu’elle se doit d’explorer et d’écrire, véritable acte de résistance qui lui permet de rester debout. Une tendance présente dans ses écrits plus personnels, comme Aimé où elle parle de la difficulté pour une femme de perdre un enfant avant sa naissance.

Partir, Calcutta, c’est à la fois l’histoire d’un voyage et le récit intime d’un départ devenu nécessaire. L’écrivaine parcourt la ville, en même temps qu’elle se parcourt intérieurement. Un retournement, un renouvellement permis grâce à Calcutta, une ville poétique à mille lieues des clichés que l’on possède et qui nous montre ce qu’exister veut dire.


Bibliographie :

  • Partir, Calcutta (Verdier, 2014)
  • Le piège des loups (Stock, 2012)
  • Franz Stangi et moi (Stock, 2011
  • Conte d’exploitation (Actes Sud, 2011)
  • La Corpulence du monde (Le Seuil, 2008)
  • L’incofort des ordures (Actes Sud, 2006)
  • Aimé (Actes Sud, 2005)
  • The Dark Side of the Moon (Actes Sud, 2004)
  • De chape et de plomb (Gallimard, 2002)
  • Les Innocents (Gallimard, 2000)
  • Blue Moon (Gallimard, 1998)
  • La Vie, là-bas, comme le cours de l’oued (Gallimard, 1997)
  • L’Hypothèse du désert (Gallimard, 1996)
  • La Fracture algérienne (Calmann-Lévy, 1991
Partir, Calcutta

Partir, Calcutta

Verdier - 2014

“Il y a dans ce que je suis, comme elle, Calcutta, des palais à l’abandon. C’est le début, il n’y en a pas d’autre. Quelque chose s’est résumé dans cette phrase. Je ne l’ai pas inventée”
Telle est l’impression d’étrange déflagration qui va donner lieu au récit de ce séjour solitaire de la narratrice dans Calcutta, arpentant la ville comme on marcherait au-dedans de soi, assistant à son propre retournement.
Elle ignore à son arrivée la place que prendra la voix de Marguerite Duras, résonnants avec ce désir d’ailleurs et de partir qui ne saurait se trouver que là, dans cet entrelacs de rues, de gens, dans le flux impassible du Gange ou des palais délabrés.
Désir de ce temps de suspens, qui seul permet une véritable disponibilité au monde et une attention à tous les mouvements fugitifs en soi.
Cette parole risquée, tendue, dense, mais aussi ténue et fragile, se tient à la hauteur du défi que se donne l’écriture : “ non pas fixer mais soulever, maintenir la suspension, ne pas décrire mais écrire.”

Villes-miroirs

Saint-Malo 2014

Avec : Mohamed Al-Fakharany, Dominique Sigaud, Célia Lévi et Murong Xuecun
Animé par : Willy Persello