Écrivains voyageurs

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Dans un livre grave et lumineux, Bernard Chambaz nous dit sa traversée de l’Amérique à vélo, sur les traces de son fils disparu 20 ans auparavant. Alain Hervé, grand bourlingueur, nous dit sa passion des îles du bout du monde et Édouard Launet celle des îles anglo-normandes. Bernardo Carvalho est assurément le plus voyageur des écrivains brésiliens, qui nous entraîne de Saint-Pétersbourg à Grozny et de la guerre de Tchétchénie aux trafiquants d’Amérique du Sud. Descendant de bandits napolitains, Gérard de Cortanze a le sens de la fresque épique et fait traverser les siècles à son héroïne depuis les massacres de juifs à Grenade en 1066. Et Jean-Paul Delfino, avec Saudade nous livre son grand roman sur le Brésil, tandis que David Fauquemberg nous offre un « roman flamenco » enfiévré, dont la langue bat la mesure, heurte, sonne et emporte et Velibor Colic, un « roman tsigane », la réincarnation au fil du siècle et partout en Europe d’un fameux orchestre de virtuoses. Kenneth White, retrouvant l’inspiration de la Route bleue, qui lui valut le Médicis étranger, nous fait écouter Les vents de Vancouver. Perrine Leblanc nous plonge dans les solitudes froides de Gaspésie dans son deuxième roman Malabourg.

Cédric Gras

Première incursion dans le domaine de la fiction de Cédric Gras, amoureux des confins russes, qui explore ici le dilemme entre le désir d’évasion et le besoin d’une attache. Le Calcutta de Dominique Sigaud n’a que peu à voir avec celui de Shumona Sinha, violent et tourmenté – preuve que les voyages sont aussi des voyages intérieurs, et parfois des miroirs où se perdre... Renaud Jean, lui, bat en retraite devant le tout-numérique, avec un art consommé de la flânerie vagabonde et distanciée. Jean-Didier Urbain revient sur la figure tant décriée du touriste dans L’Envie du monde. Après s’être aventuré au plus loin, sur la route de la soie, voici Bernard Ollivier au plus près, arpentant les routes de Normandie, de Rouen au Mont-Saint-Michel, et c’est toujours le même bonheur.
Alain Jaubert imagine la rencontre de deux géants, Conrad et Rimbaud à Marseille, tandis qu’Alain Dugrand propose une version revue de son voyage passionnant et passionné sur les traces de Conrad en Méditerranée. François Beaune avec la Lune dans le puits, rassemble 200 histoires collectées sur tout le pourtour méditerranéen, pour nous dire, malgré divisions et conflits, la richesse de sa culture. Emmanuel Lepage, dessinateur-voyageur, revisite 25 ans après la zone de Tchernobyl dans deux albums fascinants – et dérangeants. Enfin, Anne Vallaeys, dans Le loup est revenu, nous entraîne avec elle aux côtés des bergers et incite à la réflexion sur le sauvage dans notre culture, tandis qu’Isabelle Sorente, dans 180 jours, plonge dans l’univers hallucinant de l’élevage industriel, où se dit aussi notre rapport à nous-mêmes.