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Katerina

Écrit par Solène Maillet, incipit 1, en Seconde au Lycée Albert Londres à Cusset (03). Publié en l’état.

« Un homme tremble. Il s’appele Gavrilo Princip et il tient un revolver. »

Un coup de feu retentit et crève le silence. Des oiseaux s’envolent, le monde se tait, le vingtième siècle vient de vraiment commencer. Après le coup de feu, le seul réflexe qu’eut Gravilo fut de regarder tout autour de lui. La foule panique, des cris se font entendrent, des personnes se rassemblent tous vers l’archiduc et son entourage. La cohue règne à présent, il est désorienté, il tournerait presque sûr lui-même, regardant le moindre détail aux alentours, les cris des oiseaux, les aboiements des chiens, l’arrivée de la police de la ville. Les policiers cherchent le tireur dans la foule en mouvement.
Son second réflexe fut de cacher son arme dans sa veste, à sa place initiale. Il faut croire que ce matin-là, le 28 juin 1914, il n’a pas été le seul à avoir eu cette idée. Il n’a pas tiré sur le futur empereur.
Il se recule et part, suivant la foule pour se camoufler. Mais une scène le fait sortir de la déferlante humaine. Gavrilo pouvait s’attendre à tout, il s’attend à tout. Tout, sauf a cela : sur le bord de la route, à deux mètres au plus de l’endroit où il se trouvait quelques minutes avant, quand le coup de feu a retenti et que le sang a commencé à couler, se tient une jeune femme, une arme à la main, un revolver, le regard vide, les bras pendant mollement le long de son corps. Le jeune homme prend l’arme de la jeune femme, ce qui la fait sortir de son état. Il cache le revolver et la prend avec lui, l’entrainant dans la foule.

Aucun des deux n’ouvre la bouche, même pour dire ne serait-ce qu’un mot.
Ils marchent dans les rues de la grande et, maintenant, funeste Sarajevo. Gavrilo suit la foule et presse le pas en tenant le bras de la jeune fille, essayant de se mêler à la masse. Mais il ne sait pas vraiment où ils pourraient trouver refuge dans la cité.
La jeune femme lève la tête vers lui. Pour la première fois depuis qu’il l’avait entrainée, lorsqu’elle était sur le bord du chemin, il peut vraiment la regarder.
Elle a de petits yeux bleus en jolie forme de noisettes, bordés de longs cils noirs et épais, des cheveux roux, empreints de reflets, qui sont attachés dans un chignon flou sur le sommet de sa tête, quelques mèches ondulent et encadrent son visage fin et pâle, elle a des joues creusées mais légèrement plus colorées que le reste de son visage ainsi qu’un petit nez en trompette, ces deux parties de son visage sont parsemées de centaines de taches de rousseur, sa bouche se dessine joliment, avec des lèvres parfaitement tracées d’un rose corail, un peu pulpeuses, légèrement gerçées. Sa lèvre inférieure surtout, sûr laquelle Gavrilo peut voir des morceaux de peaux abimés comme si la jeune femme se mordait souvent la lèvre.
Elle ouvre la bouche comme pour dire quelque chose mais reste muette, préférant tirer le jeune homme par la manche de son veston dans une ruelle, puis dans une autre, jusqu’à arriver devant une simple mais jolie maisonnette.

Elle ouvre la porte et rentre, tirant toujours Gravilo avec elle. Elle s’assoit et le regarde droit dans les yeux, elle semble légèrement perdue. Elle designe un deuxième tabouret en bois, en face du sien et Gravilo s’assoit. Il ne la lâche pas du regard pourtant, ni elle ni lui n’ouvrit la bouche. Ils restèrent ainsi une dizaine de minutes, silencieux. Gravilo finit par baisser les yeux.
« -Merci... ; dit une toute petite voix ; je suis Katerina Dzenanovic. »
Il relève alors la tête et regarde la jeune femme , comme pour s’assurer que c’est à lui qu’elle s’était adressée.
« -Ne me remercie pas. Je suis Gavrilo Princip.
-Tu vas me dénoncer ; questionne-t-elle doucement. »
Le jeune homme la regarde et mord sa lèvre inférieure, il met sa main dans sa veste et en sort le revolver de la jeune femme, il le met sur la table puis remet sa main dans sa veste, prenant cette fois-ci sa propre arme à feu, il la pose à coté de celle de Katerina.
À nouveau, Gavrilo relève la tête plongeant son regard noir et ténébreux dans les yeux bleus, presque angélique de la jeune femme. Katerina se mord la lèvre inférieure à son tour mais ne dis rien. Elle avance les mains pour reprendre son arme mais Gravilo fut plus rapide et reprend les deux revolvers.
« -Rend-le-moi . J’en ai besoin ; dit sèchement la rousse.
-Pour te faire arrêter . Non, tu n’en as plus besoin. Tu as fait la bonne chose, maintenant oublie cette histoire et vis sans te faire attraper. Je me débrouillerais avec les armes. Toi tu ne t’en occupes plus ; lui ordonne presque Gavrilo.
-Tu aides la main Noire ? Tu en fais partie ?
-La main Noire ? Non, je ne les aide pas, ils ont bien assez de bienfaiteurs, j’agis pour mon compte uniquement. »
Gavrilo regarde la jeune femme, elle se lève et revient avec un morceau de pain, du lard et des timbales en bois dans lesquelles elle verse de l’eau avant d’en donner une au jeune homme. Elle partage le lard et le pain et lui en donne à nouveau un morceau de chaque. L’homme la remercie poliment et ils commencèrent à manger. Une fois de plus, c’est le silence qui règne entre les jeunes gens.
Le jeune homme aide Katerina à ranger un peu sa maison, ils parlent à ce moment-là. Gavrilo apprend que la jeune femme fait, elle, bien partie de l’organisation de la main Noire.
« -Depuis quand recrutent-ils des femmes ?
-Depuis qu’ils ont compris qu’une femme est plus discrète et tout aussi douée qu’un homme ; répond sèchement la jolie fille ce qui provoqua un rire de la part de Gavrilo.
-Katerina ne le prend pas mal mais ça m’étonnerait beaucoup !
-Pourtant c’est moi qui ai tué l’héritier. Pas toi.
-On ne sait pas s’il est mort ; réplique-t-il alors sèchement. »
Katerina ne répond rien face au visage fermé qu’affiche Gavrilo à présent. Le jeune homme doit sûrement savoir qu’elle a raison, mais il ne le reconnaîtra pas.

Quelques semaines plus tard, le jeune homme et la jeune femme se retrouve à ranger la maison après un repas partagés ensemble . Aujourd’hui, Gavrilo va partir cacher les revolvers. Aujourd’hui, il n’ aura plus aucune preuve de la culpabilité de la jeune femme. Après avoir rapidement rangé la maison, Katerina part chercher de l’eau alors que Gavrilo s’en va de son coté pour se débarrasser du revolver de la jeune femme.
Il avait repéré un endroit lorsqu’ils fuyaient à travers la foule. Il savait que ça ferait l’affaire. Et même si l’on retrouve l’arme, personne ne pourra savoir que c’est elle que l’on a utilisée contre l’héritier impérial et encore moins à qui elle appartient.
Il en profite pour faire un détour dans la ville, histoire d’écouter parler les gens. Beaucoup de mots, de rumeurs, d’histoires. Toutes différentes mais pourtant si proche puisque le sujet de départ est le même : l’attentat qui a eu lieu il ya maintenant plus d’un mois aux portes de la ville. Certains disent que l’archiduc n’a même pas été touché par la balle le visant, contrairement à d’autres qui disent que l’héritier impérial est mort ou mortellement blessé. Mais les histoires les plus farfelues ne sont pas celles-ci, certains disent que la femme de l’archiduc serait morte, mais que le deuxième coup de feu est en fait une balle perdue qui se serait encastrée dans le mur près de l’endroit où se trouvait la calèche. Au détour d’une rue, Gravilo entend dire par deux vieilles femmes que ce serait en fait une jeune femme qui a tiré sur le jeune héritier. L’homme s’arrête, étendant soudain le nom de Katherina mentionné. Ses yeux s’écarquillent, il se dépêche de retourner chez la jeune femme. On distinguait l’inquiétude sur son visage, la peur aussi . En arrivant dans la rue, il entendit des éclats de voix, parmi toutes celles-ci, il reconnut celle de la jeune femme, il s’arrête au coin de la ruelle et regarde la scène se dérouler. Des gardes de l’empereur avaient été envoyés dans la ville suite à l’attentat du matin ; ils prirent la jeune femme et l’emmènent avec eux, laissant la porte de la maisonnette grande ouverte.
Gavrilo ne sait plus quoi faire. Il ne connaît personne pour aider la jeune femme et ne sait pas quel sort peut bien lui être réservé. Il se dirige vers la maison et rentre . Devant lui se trouve une pièce maintenant ravagée. Des pots sont cassés, le seau d’eau est vide, son contenu répandu sur le sol, les tabourets sont à terre, l’un a même perdu un pied. Le jeune homme entreprend de réparer le tabouret qu’il remet à sa place. Puis il nettoie toute la maisonnée. Gavrilo s’était attaché à cette jeune fille. Elle avait tiré sur l’un des hommes les plus importants du moment sans tressaillir mais elle était pourtant si fragile. Il l’avait vue, lorsqu’elle avait voulu récupérer son revolver. Malgré l’assurance de sa voix, son corps l’avait trahi : elle tremblait. Et pour cela Gavrilo le sentait, il savait. Il va tout faire pour la sortir de ce pétrin, pour la protéger.

Le soir même, la nouvelle court dans toute la ville. Le lendemain, une jeune femme du nom de Katerina Dzenanovic va être mise à mort pour avoir tué l’archiduc François-Ferdinand et la duchesse d’Hohenberg.
Gavrilo apprit la nouvelle dans la nuit par une conversation entendue dans le voisinage. Katerina avait plus de vingt et un ans, elle pouvait donc subir la peine de mort. Mais pas lui. Gavrilo avait actuellement vingt ans. Il rédigea un mot, bref, qu’il laissa dans l’armoire où la jeune femme rangeait la nourriture. Il se précipite à l’extérieur et se rend à l’hôtel de ville, où se trouvent alors des gardes impériaux.
Avant de venir dans cet endroit, le jeune Serbe avait été chercher l’un des revolvers. Il le pointe sur l’un des gardes se faisant ainsi encercler. Il dit haut et fort.
« -Mon nom est Gavrilo Princip. Je fais partie de l’organisation appelée la main Noire. Et aujourd’hui, 28 juin 1914, j’ai réussi là où beaucoup ont échoué . J’ai réussi à libérer la Serbie en assassinant l’héritier ! »
Après avoir dit ces mots, le jeune homme se fait maîtriser par les gardes l’entourant. On lui retire son arme et tout ce que Gavrilo ressent alors, c’est un coup donné à l’arrière de la tête avant le vide.

***
Décembre 1916

Il ouvre les yeux sur le ciel. Le jeune homme se lève et regarde autour de lui. Il était là depuis plus de trois mois maintenant. Il est enfermé dans la forteresse de Theresienstadt. Tous les jours durant, il subit la violence de ses gardiens, tous des partisans de l’Autriche-Hongrie. Il ne sait pas ce qui est advenu de Katerina, tout ce qu’il espère, c’est qu’elle est sauve.
La porte grince et un gardien le pousse violemment contre un mur. Le jeune homme ne dit rien. Un autre lui lance une vieille miche de pain et un verre d’eau. Gavrilo est habitué à tout ça maintenant. Les gardiens sortent et le prisonnier mange et boit rapidement.
Il retourne s’allonger et regarde le ciel se couvrir. Sa cellule est à ciel ouvert et la pluie commence à tomber. Le jeune homme se recroqueville sur lui-même pour se réchauffer du mieux qu’il peut, avant de s’endormir à nouveau.
Gavrilo ouvre de nouveau les yeux sur le ciel gris et neigeux. L’hiver touche bientôt à sa fin. Il a été plus long cette année. Gavrilo regarde son moignon gauche, où se trouvait deux ans auparavant un bras. Il avait était diagnostiqué atteint de tuberculose osseuse en 1915, un an après son envoie à la forteresse de Theresienstadt.

***
Avril 1918

Aujourd’hui, il se sent épuisé, à bout de forces. Il se lève en subissant une quinte de toux incessante et violente. Il ramasse alors le pain et l’eau que lui ont laissés les gardiens, ou du moins, les brutes qui lui servent de gardiens, sur le sol et mange, manquant de s’étouffer avec le pain rassi. Il boit très peu et repose l’écuelle sur le sol, retournant se coucher.
Mais le jeune homme de 28 ans trébuche. Il se relève avec difficulté, s’appuyant sur la seule main qui lui reste, faisant craquer tout son corps maigre et sale. Il tend sa main vers le lit de pierre et se traîne jusqu’à celui-ci, s’allongeant de nouveau avec beaucoup de difficultés dessus. Il souffre, sa gorge le brûle, sa tête tourne, son ventre gargouille, ses membres le font souffrir le martyre. Il est à bout.
Gavrilo Princip ferme les yeux dans sa cellule, essayant de trouver un peu de réconfort dans le monde du sommeil. Mais on est le 28 avril 1918 : il est dix heures du matin et les yeux d’un jeune homme innocent, luttant contre la mort, se ferment lentement pour ne jamais se rouvrir.
Quelques heures plus tard, le corps de Gavrilo est retrouvé par l’un de ses bourreaux.
Les restes du jeune garçon sont mis dans une boîte puis enfermée avec d’autres, contenant certainement les dépouilles de prisonniers n’ayant pas survécu, eux aussi, à leur peine.

***
Aout 1920

Quelques années plus tard, les restes de Gavrilo sont ramenés à Sarajevo sur ordre des autorités des nouveaux États. Une plaque commémorative est posée sur les lieux de l’attentat et sur celle-ci se trouve l’inscription le décrivant comme « un combattant de la liberté ».
Devant cette plaque se tient une personne, un enfant autour du cou et des fleurs dans sa main. Cette personne dépose les fleurs près de la plaque et murmure quelques mots.
« -Merci... Tu t’es sacrifiée pour moi et grâce à toi j’ai pu vivre. Je suis mariée, j’ai une magnifique petite fille... Et j’attends un autre enfant pour bientôt. Merci, pour tout ce que tu as fait Gavrilo. »
L’inconnue se relève, prenant l’enfant par la main pour qu’il marche à ses côtés. La petite fille aux longs cheveux vénitiens lève la tête vers sa mère.
« -M’man... Qui c’était l’monsieur pour qui t’as mis des fleurs et à qui t’as parlé ?
-Quelqu’un qui ne méritait pas ce qui lui est arrivé ; répondit doucement la femme aux cheveux roux ; et sans lui tu ne serais certainement pas là..

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