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Une poupée pour tout espoir

Écrit par Madison Mahé, incipit 2, en 3ème au Collège Léonard de Vinci à Romorantin-Lanthenay (41). Publié en l’état.

Et elle partit, tenant sa fille dans ses bras à la recherche, folle mais pas désespérée, d’un simple jouet d’enfant, d’une toute petite poupée en chiffon, dans ce monde cruel et obscur qu’était la guerre. (…)
La femme enjamba un corps, gisant sans vie sur ce sol qui appartenait maintenant à la guerre, une main sur les yeux de sa fille. Elle aurait aimé lui épargner tout ça. Toute cette horreur, tout ce sang, se l’épargner à elle même aussi. Si seulement. Des cris et des explosions déchiraient le silence et les flammes, crépitantes, coloraient ce spectacle de cendre, tel des démons moqueurs. Elle n’arrivait déjà plus à imaginer ce qu’était sa ville natale avant que les bombes ne l’écrasent.
La mère s’arrêta pour reprendre son souffle, crachant de la salive noirâtre. Elle arracha deux bouts de tissus de sa robe noire : « Respire dedans ». Sa fille porta doucement le bout de tissu à sa bouche. Son visage était pâle et sale. Elle cherchait partout dans l’espoir d’apercevoir sa petite poupée. Tout ce qu’elle voulait, c’était la retrouver.
La femme reprit sa marche au milieu de planches de bois, de pierres et de meubles que les explosions avaient éparpillés. Elle n’arrêtait pas de se demander comment les Hommes étaient capables d’une telle chose. D’une telle violence. « Comment peuvent-ils être aussi fous ? » : c’était la question qui restait inlassablement sans réponse, collée à ses lèvres.
Elle pleurait toujours silencieusement quand elle vit un homme, à moitié nu, criant en regardant sa maison brûler. Peut-être sa femme était-elle restée à l’intérieur ? Ou bien son enfant ? Si elle avait été courageuse, elle y serait allée, elle se serait infiltrée dans la maison et aurait sauvé une vie. La même vie qu’elle entendait hurler par une des fenêtres de la maison en flammes. Elle baissa les yeux ; elle n’était pas courageuse. La mère et sa fille tournèrent enfin au virage où elle avait vu la poupée pour la dernière fois. La femme échappa un sanglot quand elles arrivèrent à ce qui restait du parc où jouait si souvent sa fille.
Tout était entièrement détruit. Les balançoires et les jeux de bois n’étaient plus que des cendres. Il ne restait presque plus rien. Sauf le manège de chevaux de bois qui, comme par magie, était indemne au milieu de ce chaos. Elle aurait voulu tomber à genoux et pleurer toutes les larmes que son corps pouvaient contenir, s’allonger ici et attendre que la guerre soit finie. Mais elle se devait d’être forte pour sa fille. Elle la déposa délicatement par terre et lui dit doucement : « Nous n’avons pas beaucoup de temps, dépêchons-nous. ».
La mère en était sûre ; elles ne retrouveraient pas la poupée de chiffon que son époux, mort au front, avait offert à sa fille quand elle avait seulement six mois. Aujourd’hui, elle avait cinq ans et se séparer de cette petite poupée que son père lui avait offerte était impensable. La petite fille se mit à courir partout, trébuchant puis se relevant pour retomber à nouveau sans rien trouver. Elle commença à pleurer doucement tout en continuant de chercher. Quant à sa mère, elle regardait autour d’elle sans trop d’espoir. Et pour cela, elle était si triste.
Désormais, cette petite poupée était tout pour ces deux personnes. Tout ce qui les rattachait à quelque chose de concret, à de beaux souvenirs. Leur maison avait brûlé et par conséquent les photos, les dessins, les peintures n’étaient plus que cendres... Bien sûr, il leur restait leur mémoire. Mais les images y appartenant finiraient par s’effacer tôt ou tard, peu importe à quel point elles résisteraient.
La femme se demanda tout à coup ce qu’elles allaient devenir et ce qui allait se passer. N’en n’ayant aucune idée, la mécanique de son c ?ur dérailla. Il battait à une telle vitesse... Que deviendrait sa fille ? Que deviendrait cette ville ? Que deviendraient tous les soldats qui se battaient pour leur pays ? Que deviendrait-elle, elle ? Si seulement son époux était encore là,
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pensa-t-elle... Il l’aurait prise dans ses bras et l’aurait rassurée en lui disant des mots doux, comme quand elle n’était encore qu’une jeune adolescente. Grâce à cette pensée, son c ?ur se remit à battre normalement. Elle ferma les yeux quelques secondes et quand elle les rouvrit, elle entendit une explosion toute proche.
Elle échappa un cri de surprise et chercha sa fille sans la trouver. Elle criait son prénom de toutes ses forces : « Marie ! Marie où es-tu ?! ». Une autre explosion retentit et des hurlements se firent entendre. Marie était-elle au milieu de ces cris ? La mère de l’enfant, pieds nus, se mit à courir en tout sens. Où était-elle partie ?! « Marie ! » hurlait-elle encore. Sans réponse... Elle sentait des éclats de verre et des pierres lui lacérer les pieds, mais peu lui importait. Marie était tout ce qui lui restait et il était hors de question qu’elle ne la retrouve pas.
La mère de Marie paniquait. Si elle perdait Marie, elle perdait tout et ça, elle ne le supporterait pas. Elle continuait de hurler le prénom de son enfant. Elle repassa près de l’homme qui était toujours devant sa maison sauf que cette fois, il était assis et se balançait d’avant en arrière. Elle s’approcha de lui et lui demanda en pleurant : « Avez-vous vu une fillette passer par là ? ». L’homme leva la tête, il pleurait. Il prit la femme par les épaules et planta ses yeux verts dans ceux de la femme aux yeux d’un bleu profond. « Il n’y a pas d’espoir dans la guerre. Il n’y pas d’espoir ! ». La femme se dégagea des mains de l’homme qui paraissait fou et lui répondit « Bien sûr que si, il y a toujours de l’espoir ! ».
Elle se remit en route, oui, les Hommes étaient de plus en plus fous, maintenant, ils pensaient que l’espoir était mort. Mais elle, elle le savait : l’espoir, ça ne meurt pas. Sans trop savoir comment, la femme se retrouva une nouvelle fois dans le parc où sa fille et la poupée qu’elle avait perdue étaient sensées être.
Malgré ses pleurs qui brouillaient sa vue, elle vit quelque chose de blanc un peu jauni dans un buisson. Elle s’approcha doucement en essuyant ses joues ruisselantes de larmes d’un revers de la main. Ça ne pouvait être ça... C’était bien trop beau. Elle prit la petite poupée dans sa main tremblante, n’y croyant pas. Elle la palpait et la reniflait. C’était bien elle. C’était bien elle ! La mère serra la poupée de chiffon contre son c ?ur couvert de bleus.
Elle leva la tête. La femme n’avait pas rêvé, elle avait bien entendu des sanglots tous proches. « Marie ! » hurla-t-elle, « Marie où es-tu ? ». Comme seule réponse, elle entendit un nouveau gémissement. Le sang battait ses tempes et elle se mit à serrer une nouvelle fois la petite poupée plus fort dans sa main sale.
Son regard bleu océan se posa sur le manège du parc. Sa fille, autrefois, adorait y jouer et insistait toujours pour rester plus longtemps. Toujours. La mère s’approcha doucement en se calmant : elle savait. Elle chuchota : « Allez, viens Marie, je suis là. Tu n’as rien à craindre ». La tête de Marie apparut au dessus d’un cheval de bois. Son visage était barbouillé de larmes et elle tremblait comme jamais. La femme la prit délicatement dans ses bras en la berçant.
Soudain elle regarda le ciel noir, elle savait que derrière cette fumée et cette cendre, le ciel clair était là. Elles remirent leurs bouts de tissus sur leur bouche et avancèrent doucement. Qu’importe ce qu’ils leur arriverait. Marie, sa mère et la poupée de chiffon étaient ensemble. Les Hommes pouvaient bien dire ce qu’ils voulaient à propos de l’espoir : elles s’aimaient et pour s’aimer, il faut de l’espoir.
Après avoir fait trois ou quatre pas, un sifflement strident déchira une nouvelle fois le ciel, comme si la bombe était prête à s’écraser juste sur leur tête. Il lui sembla qu’elle aspirait l’air et soudainement, tout se figea et le monde devint vide. Alors, sans s’arrêter de marcher et en retenant son souffle, la mère serra encore plus sa petite fille contre sa poitrine...

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