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La poupée du destin

Écrit par Gaëlle Stresser, incipit 2, en 4ème du Collège Saut du Lièvre (67). Publié en l’état.

Et elle partit, tenant sa fille dans ses bras à la recherche, folle mais pas désespérée d’un simple jouet d’enfant, d’une toute petite poupée de chiffon, dans ce monde cruel qu’était la guerre… Dans ce monde où résonnaient souffrance et malheur, il était dur pour une mère et sa fille de survivre. S’éloignant des bombes aux bruits stridents, elles esquivèrent les soldats et les tranchées.

La mère courut aussi vite qu’elle le pouvait, jusqu’au dernier petit bout d’énergie qui lui restait, à bout de forces. Mais elle trébucha, lâchant l’enfant de ses bras protecteurs. Celle-ci laissa échapper un cri de douleur en tombant sur ce sol meurtri par les bombes. La fillette, tout en essayant d’apaiser sa douleur, se releva péniblement et tenta de secourir sa mère, mais en vain. Elle était épuisée.

  • Maman ! Maman ! Allez ! Tu peux le faire ! S’il te plaît ! insista-t-elle.

L’enfant réussit enfin à traîner sa mère jusqu’à l’intérieur d’une bâtisse fort ancienne, dont les parois étaient semblables à des ardoises où la craie ne s’efface plus. Le ver à bois avait infiltré les poutres, les murs tremblaient à chaque explosion et le sol grinçait à chacun de leurs pas. La femme s’écroula. La petite était désarmée, seule, sans celle qui l’avait toujours protégée. Elle décida alors d’aller chercher de l’aide, laissant sa mère à l’abri dans cette demeure.

Le petit ange se rendit à l’extérieur. Elle toqua à toutes les portes du quartier, hurlant à l’aide. Aucune réponse. Les gens avaient probablement fui cet enfer. Elle s’effondra, anéantie, n’ayant plus aucune ressource. Elle erra, n’ayant pour seule compagnie que la peur et la solitude. Son estomac criait famine, tel un mendiant. Sa fatigue se ressentait autant que la guerre dans Verdun.

Elle était allongée, si fatiguée et affamée au milieu de ce champ de bataille et de ce feu qui rongeait toute une ville. Le ciel gris se reflétait dans ses petits yeux naïfs d’enfant, et des larmes perlaient sur ses joues. La puissance assourdissante des obus, la fit s’évanouir.

Elle reprit connaissance. Elle ouvrit les yeux dans un endroit qui lui était étranger, un endroit où la guerre lui semblait tellement loin. Plus aucun bruit ne l’effrayait, il régnait un silence presque pesant. Il faisait sombre, seule une bougie éclairait les lieux. Il y avait une odeur de moisissure. Elle s’assit, regardant cette pièce avec stupeur. Elle était sur un vrai lit, avec un matelas tel un nuage sur lequel on pouvait dormir. Dessus était déposée une vieille couverture. La fatigue avait disparu. Distinguer le rêve de la réalité est parfois compliqué.

La petite se demandait où elle était. La faim se faisait toujours ressentir, et une odeur de pain l’allécha. A ce moment, une porte s’ouvrit, laissant apercevoir un homme dont le visage était ravagé par les années, qui tenait dans ses mains une miche de pain. Croyant rêver, elle retint sa respiration. L’homme se présenta. Ils se trouvaient dans son abri anti-obus. L’ayant trouvée à moitié morte sur son chemin, il l’avait emmenée chez lui pour la protéger. L’homme lui proposa une tranche de ce pain qu’elle ne put refuser. Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait rien avalé d’aussi bon. Après s’être restaurée, la fillette parla longuement avec celui qui l’avait sauvée. Dans la discussion, le souvenir de sa mère revint, lancinant. Elle remercia l’homme de son hospitalité, et lui demanda son aide pour aller secourir sa mère. L’homme accepta.

Ils se mirent en route immédiatement sous une pluie battante, qui leur lacérait le visage. Ils eurent du mal à avancer contre le vent. Mais l’endroit où elle avait laissé sa mère ne lui revint pas à l’esprit. Le brouillard était toujours là, aussi épais que dans ses souvenirs.

Subitement, elle vit une ombre qui s’approchait d’eux. Intriguée, elle l’observa jusqu’à ce qu’elle devienne de plus en plus nette. Après quelques secondes, elle vit se dessiner un chien. Il marchait difficilement sur ses trois pattes. Il était comme Verdun, amoché. La petite vit quelque chose dans la gueule de l’animal, un objet qu’elle croyait être un chiffon. Au fur et à mesure que le chien avançait, le visage de l’enfant s’illumina.
– Ma poupée ! Ce chien tient ma poupée ! hurla la fillette.
Le chien, effrayé, s’enfuit en courant. La fillette supplia le vieil homme de le suivre à la trace.
– Mais, dit l’homme, ne veux-tu pas qu’on cherche ta maman ? Ce n’est qu’une poupée, elle peut attendre.

La petite fille insista, et ils se mirent donc à la poursuite du chien. Il avançait dans les rues étroites. Dans son élan, le chien laissa échapper la poupée de chiffon de sa bouche. La petite courut chercher sa poupée, la ramassa et la serra contre elle de toutes ses forces.

L’enfant reconnut la ruelle et vit la vieille bâtisse dans laquelle était sa mère. Elle avança, heureuse, sa poupée à la main. A peine fut-elle arrivée devant le bâtiment qu’elle entendit un sifflement. En une fraction de seconde, la demeure explosa, avec sa maman dedans. Un feu immense apparut. La fillette laissa échapper un cri.

Une larme reflétant le feu qui lui avait volé sa mère, coula le long du visage de cette enfant dévastée.

Gaëlle STRESSER

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