Écrire la guerre

Avec Velibor Colic, Hubert Mingarelli, Andreï Kourkov, Amine Boukhris
Animé par Yann Nicol

Comment dire la guerre ? Comment, au plus simple, dire la vérité de l’expérience vécue, donner à voir, à entendre, donner la parole aux sans voix, quand de toutes parts se déchaînent les discours de propagande ? Certains, refusant la fiction, ne voudront croire qu’aux témoignages. Mais la guerre conduit bien au-delà : au sentiment de vivre une expérience psychologique,
métaphysique, fondamentale, révélant « au coeur des ténèbres » une dimension jusque-là inconnue, ou refoulée, de l’âme humaine. Avec ce soupçon, alors, que cette puissance de destruction à l’oeuvre sur les champs de bataille est celle aussi de l’enfantement d’un nouveau monde – que renforce la révolution de 1917… Écrire la guerre : après elle, on n’écrira plus de la
même manière, on ne filmera plus, on ne pensera plus son rapport aux autres et à soi-même de la même manière. Et ce sont Le voyage au bout de la nuit de Céline, Les réprouvrés d’Ernst von Salomon, Les falaises de marbre de Junger, L’homme sans qualité de Musil : n’est-ce pas la fiction, au final, qui aura le mieux dit la guerre ? Écrire la guerre : une question qui interpelle les écrivains, alors, et continue de le faire au long du siècle. Et aujourd’hui plus que jamais. Parce qu’elle renvoie à l’essence même de la littérature.