L’édito de Michel Le Bris

Edito : Saint-Malo 1990

Du 25 au 27 mai 1990
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La route de la soie, la piste de l’encens, les caravanes du sel dans le vent du désert - nous rêvons d’aventure, de saut dans l’inconnu, de la griserie de ce que serait une « première fois », et nous n’en finissons pas de mettre nos pas dans les pas de ceux qui nous ont précédés, aventuriers, nomades, ou géographes.
Comme si leurs traces, seules, avaient le pouvoir de nous introduire au grand poème du monde. Illusoires aventures ! diront les esprits forts. Mais que serait un voyage sans le livre qui l’avive, et en prolonge la trace - sans le bruissement, aussi de tous ces livres qui le guidèrent, et que nous lûmes avant de prendre la route ? Et tous ces pirates, conquérants, chercheurs d’or, traqueurs de chimères qui nous ont fait rêver, qu’avaient-ils donc en tête pour prendre ainsi le large, sinon d’autres récits, d’autres légendes, les sept villes d’or de Cibola, l’Eldorado lointain, le royaume du prêtre Jean - l’inguérissable nostalgie d’un autre monde ? Dont les seules pistes ici-bas, les signes sont les traces laissées par ceux qui les précèdent et nous précèdent. Après tout, depuis l’aube des temps nous ne partons jamais qu’à la poursuite de nos rêves.