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Dans les griffes du temps

Ecrit par Ananda Fioramante (2nde, Lycée les Chassagnes d’Oullins), sujet 1. Publié en l’état.

Instinctivement, Alicia ferma les yeux et dans l’appréhension de ce qu’elle allait trouver, retarda le moment de les rouvrir. L’impression de tomber dans un trou sans fond lui donna la nausée, ce qui la contraignit à les ouvrir lentement, comme pour sortir d’un rêve étrange. Ses yeux se posèrent sur chaque détail de ce nouveau paysage. Un sourire d’enfant émerveillé se dessina sur son visage ébahi. Une forêt somptueuse, remplie de gigantesques arbres, encore endormis, filtrait les couleurs du soleil. Leur cime irisait la lumière en touches de couleurs violettes, rosées et bleues. Un ruisseau clair parsemé de petits rochers gris, serpentait au milieu d’une clairière qui s’étalait immense, verdoyante, couverte de rosée, laissant échapper un léger brouillard qui estompait les détails de cette vision paradisiaque. Plus loin, une cascade brillante comme l’or glissait entre deux montagnes recouvertes d’un léger nuage vert. Le ciel en feu, incendiait l’horizon. L’air était vif et piquant. C’était le matin.

Les yeux d’Alicia glissèrent lentement sur ses vêtements, un regard étonné s’afficha sur son visage. L’affreuse combinaison en latex moucheté de capteurs s’était transformée en un gros blouson résistant au froid, ses mains étaient recouvertes par des gants et son pantalon en toile épaisse la protégeait des ronces. Accrochées à sa ceinture, elle trouva une arme, une gourde et une lampe de poche… Tout avait changé, seule la sensation désagréable de porter un casque demeurait la même. Peu à peu, Alicia se mit à sourire face à la magie de ce monde virtuel et se laissa prendre au jeu. Son inquiétude s’envola. Après tout pourquoi ne pas devenir une Lara Croft ? Elle reprit ses esprits, elle avait un rôle à jouer et il était temps de s’y consacrer. Elle prit les jumelles à sa ceinture et chercha au loin un indice qui pourrait guider ses pas. Un objet difforme brillant scintillait au milieu de la forêt. Environ quatre kilomètres les séparaient. Alicia enthousiaste, se dirigea d’un bon pas en direction de cette forme mystérieuse.

Au fur et à mesure qu’elle se rapprochait, elle commençait à identifier plus précisément ce qui l’avait attirée. Sur le sol, des débris étaient éparpillés. Elle leva les yeux. Une végétation luxuriante recouvrait un enchevêtrement de métal qui reflétait les rayons du soleil. Alicia s’accroupit instinctivement. Sa main souleva légèrement son pantalon rêche et elle saisit une petite dague accrochée à sa cheville. Elle coupa et arracha les lianes, tira de droite, de gauche, de toutes ses forces, s’énervant et jurant car cette prison de verdure ne voulait pas lui céder sa proie. Après de nombreux efforts, Alicia s’allongea, fatiguée sur le sol. Cependant, elle ne s’avouait pas vaincue, elle avait certes perdu une bataille, mais sûrement pas la guerre ! Plus le corps est faible plus la pensée agit fortement, alors elle se releva d’un bon et rangea soigneusement sa petite dague, puis en s’aidant des robustes lianes et diverses plantes, elle commença à escalader. Une fois en haut, elle chercha vivement l’issue de secours de la bête argentée. Trouvant la petite porte, elle dégagea les plantes qui la recouvraient, puis sauta dessus pour que le verrou cède. Cette dernière s’écroula, et Alicia tomba du ciel comme un ange venu sauver le monde. Elle essaya de se lever mais la violence de la chute l’avait étourdie, ce qui la contraignit à rester quelques instants de plus allongée.
Elle regarda le ciel et les feuillages par le trou d’où elle était tombée, quand une créature inquiétante commença à descendre dans sa direction. Alicia devenait une proie facile pour cet animal immense aux poils drus et poussiéreux. Prise de panique et sous l’effet de l’adrénaline, la jeune femme recouvrit immédiatement ses esprits. Son scénario ne pouvait pas se finir ainsi. Elle tacha de se rassurer : elle savait qu’elle était sur Edena 2, un monde virtuel et que tout pouvait s’arrêter dès qu’elle enlèverait son casque. Le réalisateur ajoutait simplement une complication pour elle au tournage. Elle devait faire face. Elle se faufila discrètement vers un endroit sombre et ne voyant plus la bête, elle attrapa sa lampe torche et son arme qu’elle serra fort contre elle. Un bruit la fit sursauter, elle alluma la lampe d’un coup en la pointant vers le vide. L’animal était là, à quelques centimètres de sa lampe. Il lui montra sa gueule répugnante armée de multiples crocs pointus, blancs comme neige, dégoulinants de salive verte. Un bruit sourd retentit. Il était mort. Sa tête s’écrasa sur le sol et un liquide violet visqueux lui sortit de la bouche. Du sang. Elle lui avait tiré en pleine gueule, et la balle avait transpercé son crâne. Il était mort.
En continuant ses recherches dans le vaisseau, Alicia ne découvrit aucun signe de vie de l’équipage. Peut-être étaient-ils partis chercher de l’eau ou des vivres ? Elle appela plusieurs fois pour se signaler au cas où ils ne seraient pas loin mais personne ne répondit. Elle continua à chercher de fond en comble mais toujours rien. Étrangement l’intérieur du vaisseau était couvert de poussière comme si personne n’en avait pris soin, comme si personne n’y avait vraiment vécu… Alicia avait une affreuse migraine, qu’elle imputa à son casque trop lourd pour sa petite tête et qui bourdonnait à ses oreilles depuis que le régisseur lui avait ajusté… Avait-elle présumé de ses forces ? Ses membres tremblaient, sa respiration était difficile.

Exténuée, Alicia croyait entendre des murmures. Devenait-elle folle ? Trop fatiguée pour les écouter, la jeune femme voulut s’assoupir quelques instants dans le fauteuil du copilote. C’était l’après-midi quand elle se réveilla en sursaut. Une affreuse douleur lui envahissait la tête, elle tenta de réajuster son casque afin de faire cesser ce qui était devenu un sifflement strident, mais rien n’y fit. « Euh excusez-moi ? Il doit y avoir un problème avec le casque là, j’ai super mal à la tête et je n’arrive pas à arrêter le bruit. S’il vous plaît, réglez cela au plus vite car c’est insoutenable et je ne vais pas rester dans une telle situation, c’est très désagréable… et oh ? Y’a quelqu’un ? J’ai mal aux articulations, à la tête, je tremble, ma vision se trouble, c’est de pire en pire ! J’ai lu un article avant de venir au studio qui déclare que le passage dans le monde virtuel ne cause pas de dommage physique et psychique sur la personne, donc je pense qu’il y a vraiment un problème, je ne me sens pas bien du tout. » autre candidate prenne ma place, mais moi j’arrête, j’ai vraiment trop mal, je suis désolée. » Toujours pas de réponse. Alicia ferma fort les yeux, arracha son casque, et plaqua ses mains sur ses oreilles pour s’isoler. A présent, le sifflement avait cessé, elle les retira doucement mais les murmures étaient toujours présents. D’un coup, elle ouvrit les yeux. Un cri, un seul sortit de sa bouche. Sa respiration s’accéléra, des larmes coulèrent sur ses joues. Elle n’en revenait pas. Alors qu’elle s’attendait à rejoindre le studio et les autres candidates, l’aventurière était restée coincée dans ce monde inconnu, seule vraiment seule à présent, sur Edena 2. Ce qui lui était apparu quelques heures auparavant comme un paradis, se transforma brusquement en un terrible enfer.
Elle était fatiguée, à bout de force, la pression de l’atmosphère lui semblait lourde et elle n’arrivait pas à s’y habituer. Son corps pesant avait du mal à se mouvoir, chaque effort lui coûtait. Elle se leva mécaniquement et les yeux dans le vague déambula jusqu’à l’arrière du vaisseau. Là, son regard s’arrêta machinalement sur une combinaison de l’équipage, qui était étendue sur une couchette. Elle se remit à pleurer, et attrapa violemment l’uniforme et le secoua en criant son désespoir. Elle s’arrêta net quand le casque se décrocha, laissant échapper un nuage de poussière et, retombant sur le sol, roula à ses pieds, laissant apparaître le sourire macabre d’un crane. Ses yeux glissèrent sur le prénom inscrit sur la combinaison vide. Et un murmure s’échappa de sa bouche : « mon pauvre Yorick... » Elle lâcha le corps de toile sans existence, et regagna péniblement la cabine de pilotage. Elle voulait savoir. Alicia nettoya l’écran poussiéreux du tableau de bord, et tenta de l’allumer. Des mots, des mots, seulement ces mots s’affichèrent. « 22 JUIN 2070 - SOS - SOS - VAISSEAU OTHELLO - EN PERDITION - ATERRISSAGE D’URGENCE - SUR EDENA2 - DEFFAILLANCE DUE A SABOTAGE ». C’était le denier message de l’équipage. Le vaisseau était sur Edena 2 seulement depuis cinq jours, et la végétation l’avait déjà recouvert, le corps de Yorick était décomposé. Un phénomène étrange sévissait.
Alicia se laissa glisser doucement sur le siège, tête baissée. Elle était bouleversée et n’en revenait pas. Elle ne savait plus quoi penser. Comment allait-elle faire pour rentrer chez elle ? « Mais bien sûr ! C’est ma seule et unique chance de retourner dans la vie réelle. » Alicia respira profondément et prit le casque qu’elle avait arraché auparavant. Alors qu’elle l’approchait de sa tête, elle remarqua un visage dans la visière. La nuit apportait avec elle des bruits étranges et effrayants. Dans la pénombre, elle ne reconnut pas la femme qu’elle aperçut. Sa main effleura les traits de son visage, sans les reconnaître. Son teint de pêche, sa magnifique chevelure et ses yeux en amande, si joyeux et lumineux s’étaient éteints… Le reflet d’une vieille femme ridée, fatiguée par la vieillesse qui rongeait peu à peu tout son corps avait pris sa place. Elle était seule, dans un pays inconnu, d’où nul voyageur ne revient. Affaiblie et n’ayant plus la force pour pleurer, Alicia accepta son sort, l’esprit tranquille sachant que maintenant, le dénouement serait rapide. « Oui, je suis poussière et à la poussière, je retournerai. » Et comme une réponse à sa tristesse, une voix d’homme lui murmura à l’oreille « ma pauvre Alicia ». Elle sourit car elle savait que c’était Yorick qui lui répondait. Et cette pensée l’apaisa. Une présence était là, à côté d’elle. L’acceptant, elle profita de ses derniers instants… Alicia lui murmura : « merci, merci d’être là ». Elle sentit un rire chaleureux et compatissant. Réconfortée, elle s’installa correctement dans son fauteuil. « Et maintenant ? Que vais-je faire ? Mourir ? Dormir ? Rêver peut-être ? Mais le reste est silence… » Et alors la lumière fut.

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