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Avec un peu d’imagination

Ecrit par Clémence Aucouturier (2nde, Lycée Jean Dautet de La Rochelle), sujet 2. Publié en l’état.

Ce que comprenait surtout Rémi, c’est qu’il allait devoir enfiler l’un de ces maudits casques. Et aucun stage de la police ne l’avait entraîné à enquêter dans un monde virtuel…

-Le principe du jeu est très simple, lui expliqua Fred, « New Graal » vous met dans la peau d’un chevalier du Roi Arthur, dans une version modernisé du monde moyenâgeux.

Le lieutenant prêta une oreille attentive aux explications et aux règles de sécurité, celles même que Lucie avait dû écouter une heure auparavant, avant de disparaître. Il enfila le casque de réalité virtuelle, plongé dans le noir pour un instant.

-Prêt lieutenant ? lui demanda le jeune P.D.G.

Il acquiesça et, entendant un léger grésillement, le monde se para soudain de couleurs, et Rémi se retrouva au beau milieu d’une plaine d’herbe tendre. Près de lui, paissaient d’étranges animaux blancs et noirs, au museau rose, qu’il n’avait jamais vus. Brusquement, comme si on avait lu dans ses pensées, une petite indication apparut au-dessus d’une des bêtes. « Vache. Animal herbivore. Éteint depuis un siècle avec l’herbe. » Rémi fronça les sourcils. L’herbe ? Il se pencha et passa sa main au sol. Les brins se courbèrent sous ses doigts puis reprirent leur position, tels des cheveux ébouriffés. Cette pelouse-là n’était pas synthétique et elle sentait fort. Habitué aux odeurs stériles, Rémi plissait le nez, assailli par des dizaines de parfums.
Se rappelant le but de sa venue en ce lieu odorant, il releva la tête, pour apercevoir un petit village construit à flanc de colline. Celui-ci lui rappelait les vacances qu’il passait enfant chez sa grand-mère, avec ses toits d’ardoise couverts de panneaux photovoltaïques et ses vitres aux volets de bois filtrant la lumière. Un petit bourg de campagne comme on n’en trouvait plus que rarement. Un petit bourg qui donnait envie à n’importe quel rêveur d’y placer quelques aventures extraordinaires.
Il atteignit l’entrée du village après un petit quart d’heure de marche. En chemin, il avait fait l’inventaire de ce qu’il avait sur lui : son arme paralysante de service, une photo de Lucie que Fred lui avait donnée et le boîtier de retour, noir, surmonté d’un énorme bouton rouge sur lequel il suffisait d’appuyer pour réintégrer le monde réel.
Sur la grande place du bourg, une drôle de construction attira l’attention de Rémi. A peine s’était-il demandé ce que c’était, qu’une indication apparaissait au-dessus : « Puits. Utilisé avant l’invention de l’eau courante. ». Le casque semblait véritablement lire dans ses pensées. C’en était presque effrayant.
De nombreuses personnes allaient et vaquaient paisiblement à leurs occupations, certaines vêtues d’un mélange d’armure moyenâgeuse et de combinaison de protection en Kevlarex, un matériau à la fois souple et résistant à tout impact, développé depuis peu. Elles ne portaient aucune des armes habituelles, mais plutôt une sorte de long bâton de métal, que le casque nomma « Épée. Arme adaptée au combat rapproché. ». Bien qu’archaïque, l’arme restait dangereuse et le lieutenant de police n’avait aucune envie de se frotter à ces gardes. Se rappelant sa mission, il observa une dernière fois la photo de Lucie et se mit à sa recherche.
Il approcha bientôt d’une grande bâtisse d’où provenaient de nombreux cris, des bruits de conversation et le vacarme des pas sur le bois qui composait le sol du bâtiment. Tout ceci était bien trop bruyant pour Rémi, habitué aux discussions basses et aux pas feutrés sur le linoléum. Lorsqu’une lourde et écœurante odeur vint à ses narines, le lieutenant de police décida qu’il en avait assez senti et entendu pour être certain que Lucie ne se trouvait ici, et s’éloigna du « Marché aux poissons. Endroit où sont vendus de véritables poissons, non recréés en laboratoire. ».
Rémi se figea brusquement. Là-bas, près de la « Fontaine. Décoration gaspillant de l’eau. », se tenait une jeune fille qui ressemblait à s’y méprendre à Lucie. Pourtant, rien dans son attitude ne semblait indiquer qu’elle était égarée.

-Mademoiselle ? demanda-t-il en s’approchant.
La jeune fille se retourna. Elle avait une figure délicate, une bouche et un nez fins, de lourds cheveux bruns et bouclés remontés sur la tête. Deux trop grands yeux verts lui mangeaient le visage, au point d’éclipser tout le reste. Elle le faisait penser aux héroïnes des romans pour lequels il se passionnait plus jeune.

-Êtes-vous Lucie ? poursuivit-il.

Il se sentit mal à l’aise. Que ferait-il s’il obtenait une réponse négative ? L’instruction qu’il avait reçue dans la police l’avait habitué à interpeller les gens, mais ce monde virtuel le désorientait. Heureusement, la jeune fille ne lui laissa pas le temps de se tourmenter.

-C’est bien moi, répondit-elle, et vous êtes ?

-Rémi, de la police de la région France. Je suis ici envoyé en mission par le gouvernement national de l’Europe, avec ordre de vous ramener saine et sauve dans le monde réel.

-Vous ne rentrerez jamais dans le monde réel.

Rémi n’eut pas le temps de s’étonner, qu’il fut saisi par derrière et un coup s’abattit sur sa tête, le faisant sombrer dans l’inconscience.
Lorsqu’il se réveilla, il était allongé sur un confortable canapé de cuir brun, dans une agréable pièce où crépitait un « Feu. Interdit depuis le grand incendie de 2053. ». Il voulut se lever, mais sa tête lui tourna et il préféra se rasseoir, et observer autour de lui. Tous les murs étaient couvert d’étagères où on avait rangé d’étranges objets.

-Vous admirez ma bibliothèque ? demanda un voix derrière lui.

Le lieutenant de police se retourna et aperçut Lucie dans l’embrasure de la porte, vêtue d’une ample « Robe. Vêtement féminin abandonné car peu pratique. » qui lui tombait au-dessous des chevilles.

-Une bibliothèque ? dit Rémi, surpris.

-Vous ne lisez donc jamais ? s’étonna la jeune fille.

Bien entendu qu’il lisait, mais tous ses livres étaient contenus dans sa tablette numérique, tablette que possédait tous les individus dès leur plus jeune âge.
Lucie attrapa un des étranges objets et entreprit de le feuilleter. « Ancienne forme du livre. » indiqua le casque. Ce ne devait tout de même pas être très pratique lorsqu’on voyageait, que d’emmener sa bibliothèque.
Se souvenant soudain de la raison de sa venue, Rémi se redressa subitement.

-Nous devons repartir dans le monde réel, dit-il, on va finir par s’inquiéter.

Lucie sourit tristement et reposa son livre.

-C’est impossible, lui apprit-elle.

Voulant lui prouver le contraire, le lieutenant de police appuya sur le boîtier de retour. Une fois, deux fois, trois fois... mais rien ne se passa. La jeune fille avait toujours le même air désolé.

-Vous êtes coincé ici pour toujours.

Rémi ne comprenait plus. Pourquoi ne pouvait-il rentrer ?

-C’était un piège... commença Lucie.

Un piège ? Mais pourquoi ? Et par qui ?

-... conçu par la société Video Game On Line et commandité par le gouvernement mondial. Ce n’est pas la première fois qu’elle fait cela. Sa stratégie est toujours la même : elle crée un jeu, fait croire à une disparition et sabote le boîtier de la personne qu’elle veut éliminer. Je ne suis qu’un avatar, un programme constitué de 1 et de 0, dont ils utilisent l’image pour vous attirer ici. Au passage, désolée de vous avoir fait assommer, mais les gardes étaient programmés pour vous tuer. A force d’y être confronté, on finit par comprendre beaucoup de choses, même en étant un simple personnage de jeu.

Rémi se sentait perdu dans une machination dont il ne voyait les tenants et les aboutissants, manipulé par des instances internationales qui ne devaient même pas connaître son nom, pris dans une toile tissée bien avant sa venue ici. Voyant son air égaré, Lucie poursuivit son explication.

-Vous avez déjà inventé une histoire, n’est-ce pas ?

Les mots de la jeune fille aux yeux verts rappelèrent à sa mémoire quelques souvenirs, des enfants esseulés au poste de police, à qui il racontait des aventures toutes droit sorties de son esprit. Mais cela n’avait aucun rapport avec la conjuration.

-L’Imagination est une vertu condamnée dans votre société actuelle.

Les mots étaient glaçants dans la bouche de la jeune fille. Mais le pire était qu’elle avait raison. Au nom du progrès, on ne demandait plus aux enfants d’inventer des histoires au moyen de leurs jouets, ils mimaient à présent grâce à eux, quelques contes tous faits, lus ou vus sur leurs tablettes. Petit à petit, le temps passant, on avait condamné l’Imagination au profit de la Raison, clôturant les esprits en leur faisant oublier l’évasion. « L’Imagination est une vertu condamnée ». Elle avait raison. Et contrôler cette fantaisie était contrôler les esprits.

-Nous devons sortir d’ici, déclara fermement Rémi.

Lucie le regarda avec son sourire triste.

-Vous n’êtes pas le premier à avoir essayé.

Elle avait raison, encore une fois. Il n’avait aucun moyen de rentrer chez lui. Atteré, le lieutenant de police se rassit. Etait-il condamné à finir ses jours dans ce monde virtuel, pour la simple raison qu’il avait une Imagination trop fertile ? Avait-on donc si peur de ses créations fantaisistes pour le condamner à l’exil ? Le désespoir fit ressurgir les souvenirs ; quelques soldats de plastique prenaient d’assaut une étagère-château fort, s’égarant dans les dunes de ses pulls mal pliés. Un oiseau mal griffoné sur un cahier d’écolier s’envolait par la fenêtre d’une classe dans le ciel gris de pollution. Rémi sentit le casque s’échauffer, mais n’y prêta pas attention. Perdu dans sa mémoire, il se repassa le film de son adolescence en accéléré, des romances de contes de fée qu’il s’imaginait, allongé sur son lit de la chambre n°9 325. Sa tête commençait à le brûler. Il devint adulte, entra dans la police, mais ses histoires ne le quittaient pas. Il vivait au milieu d’une foule de personnages qu’il avait créés au fil du temps. Parfois, il en ressortait quelque-uns pour divertir les enfants échoués au commissariat, qui oubliaient leurs larmes pour un instant. L’Imagination était un trésor. Il fallait la sauvegarder et non la détruire. L’air commençait à sentir le brûlé. Il fallait l’enseigner dès le plus jeune âge, plutôt que de faire réciter les règles de vie en communauté. Soudain tout devint noir. Puis, peu à peu, la lumière revint. Rémi avait réintégré son monde.

Plus tard, il fit arrêter les dirigeants de la société Video Game On Line, ainsi que les faux joueurs. Mais sa lutte contre ceux qui voulaient faire disparaître l’Imagination ne s’arrêta pas là car, comme l’avait fait remarquer Lucie, les ficelles étaient tirées de bien haut, au niveau du gouvernement international. Sa vie entière, il tenta de démêler l’écheveau et de convaincre d’autres personnes de la nécessité de son combat. Mais cela est une autre histoire...

Bien entendu, cette aventure n’a jamais eu lieu. Ce n’est qu’une fable un peu grossière sortie de mon imagination, une petite histoire pour divertir et donner à réfléchir. Car l’écriture et le dessin, comme tous les autres arts, sont des armes, mais les plus belles et pacifiques qui soient.

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