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Amor Vincit Omnia

Écrit par TAFFUS Héloïse (1ère, Lycée cours Saint Charles de Orléans), sujet 1. Publié en l’état.

J’aimerais que tu m’aides à grandir.

Je voudrais que tu comprennes que ce n’est pas contre toi, que j’ai toujours été comme ça. C’est une réaction humaine que d’avoir peur de ce qui est différent.

Quand j’étais petit, il y avait beaucoup de personnes comme toi dans notre quartier. Elles n’étaient pas pareilles que nous et leur manière étrange de parler, leurs gestes incongrus, leur violence parfois, tout cela me terrifiait. Cela dérangeait mes parents, ils ne me laissaient pas passer dans cette rue qu’ils trouvaient trop mal fréquentée, et moi-même j’aurais préféré faire un détour de plusieurs kilomètres plutôt que de passer près de ces gens bizarres.

Plus tard, j’en ai souvent croisé dans la rue, au supermarché, ou dans les transports en commun. Toujours, j’ai vu cette même gêne dans le regard des passants, nos visages qui se détournent… Je n’étais pas le seul à avoir peur et cela me paraissait alors normal.

Pendant toutes ces années, je n’ai jamais réussi à m’y habituer et je pense qu’on ne s’y habitue jamais. Je serai toujours troublé devant toi et tous ceux qui te ressemblent. Dire ces mots me dégoûte mais c’est la vérité, et je ne veux pas te mentir.

Bien sûr je sais que comme tout le monde, on peut avoir des moments de doute mais malheureusement je ne pense pas que ce soit la raison de mon émoi.

Il faut être tolérant et accepter la différence. C’est un principe que je croyais suivre jusqu’à maintenant. Un peu comme chacun, égoïstement, j’ai pris ma passivité pour de la tolérance mais j’avais tort. C’est tellement facile de vanter la morale quand ça ne nous concerne pas.

Je n’ai jamais pensé au fait que nous puissions peut-être avoir des points communs. Tous les personnes qui sont « différentes » étaient, et sont toujours, dévisagées et incomprises du reste du monde. Il me paraissait inconcevable avant de te connaître qu’ils puissent avoir une vie comme tout le monde, des amis, une famille… Je ne pouvais les croire capable d’éprouver des sentiments, et j’avais tout sauf envie d’échanger avec eux.

Ces pensées sont tellement insensées ! Si on ne plongeait jamais dans l’inconnu, que se passerait-il ? Existerions-nous ? Je sais bien que c’est ridicule d’avoir peur des autres, surtout à mon âge. Je t’en prie, ne me juge pas comme je t’ai jugée. Sois indulgente, car c’est dur de faire face à ce que l’on a toujours craint, au fond de nous.

Et à côté de ces personnes différentes, il y avait les gens « normaux » dans leur petite vie bien tranquille, à laquelle j’ai toujours aspiré. Comme dans les clichés, j’imaginais un monde parfait. Je me suis fait des films, j’ai inventé mille et une histoires mais jamais je n’avais réellement cru à cette éventualité.

Si j’ai besoin de te dire tout ça aujourd’hui, c’est pour exprimer toute cette colère que je sens au fond de moi. Pourquoi toi, pourquoi moi ? Ton arrivée a été un déchirement. Quelque chose s’est brisé en moi. Je me suis posé des questions, toujours les mêmes. J’attendais une explication, que quelqu’un me dise que c’était une blague, un cauchemar, mais non. Ce genre de choses arrive aux autres mais pas à nous, je ne pouvais pas y croire. Mais face à toutes mes questions, je n’ai trouvé qu’un mur de compassion, d’indifférence et de peur.

Alors oui, je suis en colère. J’en veux à tout le monde pour n’avoir pas su me répondre, pour ne pas avoir compris ce que je ressens. Je t’en veux de ne pas être telle que je m’imaginais.

Mais surtout, je suis en colère contre moi-même. Je m’en veux de ne pas être joyeux comme les autres, de n’avoir pas su faire les choses normalement. Et plus que tout, je m’en veux de ressentir tant de colère et de tristesse envers toi. Comme si c’était de ta faute…

Au fond, je sais que je me sens coupable. Je ne suis pas heureux de ta venue et je m’en voudrai toute ma vie, alors j’espère qu’un jour toi tu me pardonneras.
Après tout, ce n’est qu’une épreuve comme on en connaît tous, et c’est ce qui rend la vie si extraordinaire. Je ne veux pas que notre chemin ensemble ne soit synonyme que de peine et de douleur, et je ferai tout pour cela.

J’espère que grâce à toi, je vais réaliser que le bonheur n’est pas définitivement hors de portée comme je l’ai cru au début. Je souhaite que tous les moments que nous allons passer ensemble soient heureux. Avec toi, je suis dans la découverte d’un univers qui m’était totalement inconnu et que j’ai longtemps espéré ne jamais connaître.

Bien que ton arrivée ne m’ait pas rempli de joie, sache que je serai toujours là pour toi, même dans les moments rudes. Je te protègerai contre tout ce qui pourrait se mettre en travers de ton chemin. Que je l’ai prévu ou non, tu es là pour moi alors je serai là pour toi.

En échange, je voudrais que tu m’apprennes à observer, à découvrir. Je veux que tu ouvres mon esprit et mon cœur. J’avais oublié que la perfection n’existe pas, et que c’est justement dans tous les défauts que réside la beauté.

Tu sais, il va me falloir du temps. Je ne peux toujours pas me faire à cette idée et je sais bien que je ne suis pas le seul. J’ai peur. Je ne sais pas ce qui va se passer ensuite, personne ne le sait. J’attends. J’ai espéré mais plus maintenant, je sais que cela ne sert à rien. Cependant je te fais confiance pour m’emmener plus loin que je ne suis jamais allé.

Je veux changer. Je veux évoluer et ne plus me comporter comme un enfant. Je suis prêt à démarrer une histoire avec toi, le livre est encore vierge et nous allons l’écrire ensemble. Je ne peux plus me fier à tous ces vieux préjugés.

Je sais bien que tout est nouveau pour toi et que tu dois sûrement te demander pourquoi est-ce que je te dis toutes ces choses d’une voix si sérieuse. D’ailleurs non, je ne sais pas ce que tu penses et peut-être que je ne le saurai jamais, mais ce n’est pas ce qui importe.

Je veux que tu comprennes que tu représentes beaucoup pour moi, même si c’est si difficile à admettre. Alors voilà, je vais le dire une bonne fois pour toutes. Je vais apprendre à dire ces mots si durs à entendre et encore plus à employer. Oui, on m’a dit que tu étais autiste, handicapée, malade, différente, pas normale. Et malgré cela, je t’aime.

Peu importe que tu ne saches jamais me dire ces mots, peu importe ce que les autres pensent. Car si depuis bientôt un mois, j’ai du mal à dormir la nuit, c’est aussi que depuis un mois tu es rentrée dans ma vie. Depuis ce jour, tu es et tu resteras à jamais la personne qui m’est la plus chère au monde. Ma fille. L’amour triomphe toujours.

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