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Colibri

Écrit par RICHET Elisa (2 nde, Jean Rostand de Chantilly)

Colibri

À quelle tribu appartenait celle-ci ? Jason arracha ses semelles à la terre gluante et se dirigea vers elle.

Tout a changé, tout n’est plus beau. En un instant tout ce en quoi Jason a toujours cru est tombé, son monde, sa bulle, ces murs qui le protégeaient. Dans sa tête, le vide, profond et noir, sans fin. Rien n’est plus pareil maintenant.

Il s’approche d’elle doucement, la frôle, la regarde et remarque qu’elle aussi est perdue. Cette fillette à la mine sombre qui semble regarder au loin, qui cherche l’espérance. Il s’assoit avec elle et observe les gens. Sa gorge est serrée, il ne peut dire un mot. Le temps semble mort et des bribes de souvenirs se bousculent dans sa tête mais sans jamais réussir à vraiment s’assembler. Un mélange de pleins de sentiments grossit dans son ventre et il a mal.

La petite fille à côté de lui reste stoïque, les yeux fixés dans le vague, sa robe bleutée voletant dans le vent froid, elle tremble. Jason lui prend la main, juste parce que comme elle, il tremble.

− Toi aussi tu as peur ?
− Oui.

Il la regarde, tente de plonger ses yeux dans les siens et essaye de voir une minuscule lueur dans ses prunelles. Mais le garçon se butte à un regard bestial, une âme dépourvue de vie, une âme qui en à trop vue.

Des tas d’hommes et de femmes passent à côté d’eux dans une frénésie animale. Il suffit d’un insignifiant morceau de nourriture pour engendrer un conflit territorial des plus féroce. Chacun plonge dans la foule, rouant son voisin de coups, piétinant des enfants innocents. Mais que pouvons nous faire contre l’instinct de survie ? Rien.

Ici tout s’entremêle, se croise, s’interpelle et se lasse. Les toits en tôle des vielles bicoques branlantes tremblent dans un bal effrayant, des animaux piaillent, aboient et meurent. Des tourbillons de boue se forment dans des flaques d’eaux stagnantes, dessinant sur le sol d’étranges silhouettes noires qui regardent le ciel. Des familles se cachent, des mères pleurent et les nuages répandent cette douleur, faisant pleuvoir le ciel, frigorifiant les gens. Ici le monde n’est plus le même, la vie n’est plus comme avant.

Soudain Jason se lève et marche, posant mécaniquement un pied devant l’autre en essayant de ne penser à rien. Des enfants amaigris errent dans les ruelles, entaillant leurs pieds nus, ouvrant dans leurs chairs de larges sillons rouges vifs qu’ils ont, avec le temps, appris à ignorer.

Jason voit en eux de petites proies blessées, laissées là, attendant une mort certaine, attendant que la société humaine, prédateur cruel, leur hôte enfin la vie. Il regarde avec pitié ce troupeau perdu, cherchant avec désespoir leurs pâturages, cherchant à échapper au lions.

Au loin, ils ont construits des murs. Tout ce beau monde, ces personnes de choix qui n’ont rien à craindre. Ils ont crées des frontières. Pour se protéger ? Non, juste pour se rassurer, être bien sûrs qu’ils sont encore les maîtres, pour ne pas se mélanger à ces pauvres gens. Alors on les enferme, on s’assure que la boîte est bien hermétique, que même les cris de douleurs ne peuvent pas s’échapper pour empêcher les gens de dormir.

L’adolescent en oublia sa soif, sa faim et les douleurs dans son corps. Il avance, s’enfonçant dans ce monticule de puanteur, l’esprit dérangé par toutes ces pensées d’horreurs. Il sent sous ses pieds la boue gluante qui s’accroche à ses semelles comme de la colle, rendant chaque pas un peu plus dur que le précédent.

Soudain un colibri se pose sur sa joue, il est peint de mille et une couleurs indescriptibles. Dans un buisson à fleurs parfumées, Jason aperçoit son nid, battit au pied d’un baobab gigantesque qui domine une flore verte et saine. Autour de lui, des lianes et des branches s’entremêlent et de petits insectes lumineux volettent dans le silence, éclairant cette forêt luxuriante...

Jason se secoue la tête, il délire. Il accélère la cadence, entendant le son strident de la terre qui couine sous lui.

...Le ciel est clair, d’un bleu turquoise magnifique et le soleil envoie ses rayons les plus puissants afin de réchauffer le monde, délivrant de larges zébrures dorés dans les nuages. Une fleur tombe délicatement sur la tête du garçon, délivrant son parfum sur son torse, le faisant sourire...

La pluie tombe et le ramène à lui, dégoulinant sur ce torse qui ne sentait plus que la sueur

...Quelque chose le frôle, un magnifique toucan se pose alors sur une liane et le regarde, les yeux perçants, mystérieux et beaux...

Il cligne des yeux, se tape la joue, il lutte en essayant de ne penser à rien. Jason s’effondre, s’éclaboussant de boue. Il hurle, se roule et avale la pluie sale qui dégouline sur son front. Il se métamorphose soudain en animal féroce, griffant le sol à grand coups de bras.

...Il aperçoit soudain un jaguar caché dans un bosquet de plantes, déployant sa magnifique robe tacheté, hypnotisant ses yeux ...

L’adolescent hurle plus fort encore, plantant ses ongles plus profondément dans la terre, se tordant de douleur et de haine. Les passants ne le remarquent même pas, ils passent, inlassablement, allant et venant comme des automates.

Dans un dernier spasme, Jason aperçoit au loin, derrière ce tas de pourriture infâme, un petit bout de tissu bleu dépassant de la terre, gisant là comme un reste de la civilisation. Aux pieds de ce débris insignifiant gisais le corps inerte de la fillette, les ossements d’une petite gazelle égorgée par des crocs, un petit bout de chair que les hommes c’étaient bien trop vite empressés de goûter...

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