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La conteuse de Calais

Écrit par PICANON Elyo (2nde de Rillieux La Pape)

LA CONTEUSE DE CALAIS

À quelle tribu appartenait celle-ci ? Jason arracha ses semelles à la terre gluante et se dirigea vers elle.

Elle se tenait au pied d’un grand arbre et se tordait le cou comme pour apercevoir le sommet. Il fit comme elle mais ne vit rien.
— Tu cherches quelque chose ?
— Non, j’écoute les bruits. Quand le vent joue dans les arbres ça me rappelle l’Afrique et toutes ces nuits où j’entendais les lions chasser et les éléphants barrir. Dans ma jungle à moi il y a tellement de végétation qu’on a l’impression qu’il n’y a pas d’horizon alors qu’ici, avec toute cette mer autour on se demande ce qu’il y a plus loin.
Elle ajouta en riant :
— Et puis chez moi quand il y a du vent les arbres ne sont pas décorés de sacs plastiques.
Jason était surpris. Il n’avait jamais pensé à la jungle africaine car chaque fois qu’il entendait parler de la jungle de Calais, il y mettait de lui-même la dimension du livre de Mowgli ou celui du poumon de la terre amazonienne. Tout compte fait ce coin de misère humaine ne méritait pas du tout le surnom de « jungle ».
— Je m’appelle Aminata Souleymane, je suis ici depuis un an, je vais te raconter mon histoire.
Elle venait d’un pays en pleine guerre civile dans lequel des guerriers détruisaient les villages et tuaient les habitants. Une nuit le sol avait tremblé plus fort quand les cavaliers aux longues épées avaient bondi sur leurs victimes et mis le feu aux habitations. Ce qu’elle ne pourrait jamais oublier c’étaient l’odeur du sang et les hurlements. Son père et elle s’étaient enfuis pour se cacher dans la jungle en se nourrissant de graines et en buvant l’eau de pluie. Un jour, un camion bringuebalant s’était embourbé dans un marigot. Le père l’avait aidé à se dégager et le chauffeur les avait emmenés dans un camp de réfugiés qui les avait pris en charge. Ils vécurent quelques temps sous des tentes surpeuplées car chaque jour des centaines de réfugiés investissaient le camp qui ne pouvait plus les nourrir. Aminata et son père durent reprendre la route.
Ils arrivèrent aux portes du désert, celui du lointain Soudan, la représentation de la chaleur de l’enfer. Il y avait du sable, toujours du sable et encore du sable. Ils avaient soif et les nuits étaient glaciales. Elle ne se rappelait même pas combien de jours ils avaient erré. Et ils rencontrèrent les chercheurs d’or du désert, leurs 4x4 et leurs grands futs d’eau potable. Pour avoir le droit de manger ils avaient du travailler gratuitement et porter les détecteurs de métaux à la recherche de pépites. Les nuits ils dormaient sous des bâches plastiques, à côté des chameaux. Et le miracle se produisit lorsque son père découvrit une énorme pépite, grosse comme un poing. Jamais encore les autres n’en avaient vu de cette taille. Le chef des prospecteurs le fit monter dans son 4x4 pour négocier la vente de son caillou à Khartoum. Avant de partir le père promit à Aminata qu’à son retour ils partiraient dans une grande ville européenne, qu’elle irait à l’école et qu’ils auraient enfin à boire et à manger pour toute la vie. Cette pépite représentait le prix de leur liberté.
Il revint deux jours plus tard, des billets de banque plein son sac. Des gens bien intentionnés les mirent en relation avec un passeur, pour traverser la mer, pour fuir à jamais ce pays en guerre.
Aminata ne lâcha jamais la main de son père. Même quand le passeur lui fendit le crâne d’un coup de rame. Quand la barque se retourna, précipitant le corps de son père dans les abimes, Aminata se raccrocha à une planche de bois. Elle dériva longtemps jusqu’à l’arrivée des gardes-côtes.
Comment était-elle arrivée dans la jungle de Calais ? Elle ne s’en souvenait plus. Elle savait juste qu’au plus profond du désespoir elle entendait les rugissements des lions la nuit dans son village et la bonne odeur des galettes de mil.
Emerveillé par le courage de sa jeune amie Jason n’avait qu’une envie : revoir bien vite Aminata, si jolie quand elle souriait. Ils se quittèrent avec la promesse de se revoir. Aminata ne reprit pas le sol boueux plein de détritus qui menait aux tentes bidonvilles. Poussé par la curiosité Jason la suivit de loin, jusqu’au centre ville, devant une très belle villa. Par la fenêtre ouverte il entendit distinctement :
— C’est à cette heure ci que tu rentres Aminata, on commençait à se faire du souci ! Va vite te laver les mains, c’est l’heure du goûter.
Sur la porte d’entrée Jason remarqua une plaque de cuivre brillante qui indiquait : « Docteur Souleymane, pédopsychiatre »

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