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Théâtre de guerre

Écrit par : FUSTER FRAPPART Claire (Term, Lycée Paul Lapie, Lunéville)

« S’il le faut, nous nous défendrons maison après maison. »

Un mois que cet ordre avait été diffusé à la télévision, par les radios, dans les journaux. Un mois à peine avant que nos frontières ne cèdent. Puis notre armée. Puis le front tout entier, les villages, les hameaux, les fermes une à une. Nous avions défendu nos banlieues, nos faubourgs, avant de nous replier dans le centre des villes. Nous nous étions battus rue par rue, avant que chacun ne remonte chez lui pour se barricader.

« S’il le faut, nous nous défendrons maison après maison. »

Voilà. C’est fait. Nous y sommes. Avec Jules et Chloé, nous avons bloqué la porte avec l’armoire de notre chambre. Ma fille a fermé les volets. Il nous reste trois lampes de poche. Nous les allumerons à la nuit, quand le jour ne passera plus entre les lattes.
Avant de remonter, nous sommes passés par l’épicerie. Il restait quelques boîtes sur le sol. Des chips du temps de paix. Quatre bouteilles d’eau. La boutique avait été dévastée par un obus de mortier. Nous vivons au troisième étage. Les voisins du deuxième ont barricadé leur appartement. Il n’y a plus que nos deux familles dans l’immeuble.

— On se réunit ! a dit Juliette, ma femme.

Sur la table de la cuisine, elle a ouvert le grand sac que les enfants portaient à deux. Dans notre retraite nous avions ramassé trois grenades, un fusil d’assaut avec deux chargeurs, le revolver d’un policier tué par l’ennemi, un pistolet 9 mm avec un chargeur de 8 balles.

— Et nos couteaux, a murmuré Chloé, en posant un coupe-légumes et le hachoir sur la table.

J’ai observé ma famille sans un mot, mes amours, ma vie. Dans l’obscurité, un troupeau d’humains à bout de forces. Jules, mon fils de 14 ans. À lui le revolver. Il l’a pris avant que ma femme ne le lui tende. Juliette s’est emparée du pistolet sans me quitter des yeux. J’ai donné une grenade à Chloé. Elle en a voulu une deuxième. Les engins de mort couvraient ses paumes de main. C’est elle qui lancerait la première par la fenêtre, lorsque les soldats arriveraient devant notre immeuble. J’ai saisi le fusil d’assaut. Je l’ai posé dans un coin de mur.

— Et maintenant ? a demandé Chloé.

— On les attend, a répondu ma femme.
Il était 16 heures lorsque leurs cris ont percé notre rue.

— Ils arrivent, a dit Jules. Ses yeux brillaient d’une joie féroce. (…)

— Chloé, mets toi à la fenêtre et dès que je te fais signe, tu lances la grenade vers les soldats !
Je continuais à donner les ordres : Jules, quant à toi, garde la porte, écoute et si tu entends du bruit dans le couloir tu me préviens.

Je les vois, excités : ce qu’ils voyaient dans les films et les jeux vidéo se passait réellement. Ils découvrent pour la première fois la vraie guerre, les vrais sons des tirs, les sensations que la guerre procure.

Dire qu’il y a quelques mois, le monde était beau. Les gens étaient heureux. On voyait les animaux se promener, les personnes se parler en toute amitié, le ciel était bleu.

Tout le contraire d’aujourd’hui. Le ciel est gris, il n’y a plus de vie, les gens crient, hurlent de peur, de souffrance, un monde, une guerre comme dans les films.

— Papa ! Ils sont devant l’immeuble ! me dit Chloé.
Je ne les avais pas vus, perdu dans mes pensées.

— Prépare-toi à jeter la grenade ! Attends... Vas-y ! lui ai-je crié.

Chloé a jeté la grenade, on entend les soldats crier à leurs camarades de partir.
La grenade explose, faisant une dizaine de morts.

Je réfléchis en regardant ma famille. On ne peut pas rester là, ils peuvent rentrer à tout moment. Que faire ? Le problème est qu’ils gardent toutes les entrées

— Papa, on fait quoi maintenant ? me demande Jules.

— On attend mon fils, on attend.

Je ne veux pas les effrayer plus, je ne laisse rien paraître.

Des coups de feu se font entendre, Chloé et Jules regardent par la fenêtre.

— Papa, viens voir ! Un petit garçon et sa mère sont entourés pas les soldats, il y a quelqu’un par terre.
Papa ! Il y a plein de sang ! crie Chloé.

Je lui réponds que j’arrive, puis me dirige vers elle.

Je vois l’homme par terre. Sûrement le père de l’enfant. Il a été criblé de balle, les soldats se sont acharnés sur lui. La femme et l’enfant sont en pleurs, assis près du corps.
À ce moment-là je me dis que cela aurait pu être mes enfants et moi.
Je prends alors une lourde décision.

— Les enfants, Juliette, je vais sortir. Referme derrière moi. Je vais aider cette femme et son enfant je ne peux pas les laisser comme ça. Je leur explique, tout en tremblant.

Juliette s’approche de moi et me dit :

— Non n’y vas pas ! Ne risque pas ta vie pour des personnes que tu ne connais pas !

— Écoute, ce sont des personnes comme nous, ils ne méritent pas de mourir. Si je ne les sauve pas je m’en voudrais toute ma vie, tu comprends ? Si c’était nous, tu voudrais que quelqu’un nous aide, n’est-ce pas ?
Juliette tourne la tête vers les enfants.

— Venez les enfants, dit-elle. On va libérer la porte pour que papa puisse sortir.

Chloé et Jules sont terrifiés, mais ils ne disent rien. Ils ont compris pourquoi je fais ceci.
Ils aident donc Juliette à enlever l’armoire. Pendant ce temps, je prends le fusil d’assaut avec ses deux chargeurs.

— Je vous aime. Je reviens vite.

Je pars, ils ferment la porte et remettent l’armoire. Pour rentrer on a pensé à un code, je tape quatre fois sur la porte avec un rythme : trois coups, une pause et un autre coup.

Je suis dans les escaliers de l’immeuble, je descends sans faire de bruit. À l’avant de l’immeuble il y a quatre soldats qui montent la garde. Je décide donc de sortir par l’arrière sans me faire repérer. Je suis sorti, il faut que je sauve ces gens.
Il y a un bidon de pétrole à une cinquantaine de mètres de moi, j’ai un briquet. Je peux faire diversion, et prendre la femme et l’enfant. Je me dirige vers le bidon, un soldat m’a vu, bizarrement il n’a pas prévenu ses coéquipiers. C’est louche, pourquoi ne pas prévenir ses collègues ?

Je continue mon chemin. Une fois arrivé, je regarde autour de moi s’il y a un torchon, ou quelque chose qui pourrait me permettre de retarder l’explosion. Par terre un torchon sale.

— Super, ça fera l’affaire.

Je couche le tonneau, place le torchon dans le trou. Il y a cinq soldats dans un véhicule, j’allume le torchon que j’ai légèrement imbibé de pétrole, et le fais rouler en direction du véhicule.

— Il faut que je me dépêche, ça ne va pas tarder à exploser, me dis-je.

Les soldats étant occupés à aller voir ce qu’il se passe, je cours discrètement vers la femme et le petit garçon.

— Vous allez bien, vous n’êtes pas blessés ? lui demandais-je.

— Je vais bien mais mon mari est mort. Ils lui ont tiré dessus, dit-elle en pleurant, tremblante et ensanglantée.

— J’ai vu ce qu’il s’est passé, votre enfant va bien ? J’approche le petit garçon vers moi.

— Il s’est blessé à la jambe, me dit-elle en me montrant la blessure.

— D’accord suivez-moi, je vais porter votre fils. Il ne faut pas qu’on se fasse repérer ! On va rentrer dans l’immeuble d’en face, lui dis-je en partant en direction de l’immeuble.

— Je vous suis, je vous en supplie je viens de perdre mon mari, je ne veux pas perdre mon enfant !

— On va le soigner mais il faut se dépêcher.

On arrive devant l’immeuble, j’entends un coup de feu. Je suis terrifié, nous rentrons vite dans l’entrée.
Nous montons au troisième étage, je fais le code pour dire à ma femme et mes enfants que c’est moi.
Après quelques instants d’attente, ils ouvrent, on rentre et je pose l’enfant sur la table que nous venons de nettoyer.
Je prends ma femme Juliette et mes enfants, Chloé et Jules, dans les bras.
— On a eu peur pour toi, me dit ma femme.

— Je vais bien, mais l’enfant est blessé.

— Tu es aussi blessé, tu as la main en sang, viens voir que je regarde, me dit ma Juliette.
Je me pose des questions, comment ai-je pu être blessé ? Tout à coup, je repense au bruit de balle que j’ai entendu en rentrant.

— J’ai du être blessé par balle, lui dis-je.

— Oui, elle t’a touché en bas des côtes. Tu saignes, mais je vais te mettre un pansement, ça n’a pas l’air très grave, me dit-elle rassurée.

— Je vais le faire, occupe toi de l’enfant, il perd beaucoup de sang.

On entend le petit faire des bruits d’étouffement. Il est en train d’agoniser.

— Papa le petit ! Il est tout blanc, il y a de la mousse qui sort de sa bouche ! crie Jules.

Je cours voir l’enfant, je lui mets deux doigts dans la bouche pour qu’il puisse respirer. Mais rien n’y fait, il perd connaissance. Je commence un massage cardiaque. Le petit ne se réveille pas. Après dix minutes de massage, je décide d’arrêter.
Je tombe assis par terre et je fixe la table, j’ai les mains tremblantes.

— Non ! Mon fils ! dit la mère du petit garçon en hurlant.

Juliette la prend dans ses bras pour la réconforter même si c’est impossible après ce qu’il vient de ce passer.
Dans ma tête, plein d’images : Jules couché à la place de l’enfant mort. Je m’en veux énormément de ne pas avoir pu sauver ce petit. On aurait dû s’occuper de lui en premier.
Tout d’un coup un grand bruit se fait entendre, puis des coups de feu. Je cours vers la fenêtre pour voir ce qu’il s’y passe. Je vois des soldats en abattre d’autres. On dirait qu’ils sont venus nous sauver.

— Venez voir des soldats sont venus nous sauver ! dis-je.

Tout le monde vient à la fenêtre. Un soldat crie aux personnes enfermées : Vous pouvez sortir ! Vous ne risquez plus rien !
Nous décidons de descendre. Je prends le petit car il ne mérite pas de rester ici.
Je me fais soigner par un médecin, la dame, ma femme et mes enfants sont nourris et ont à boire.

…ET COUPEZ ! C’est dans la boîte ! Jules tu devrais avoir plus peur quand tu regardes le petit, mets un peu plus d’émotions dans ta voix, elle doit trembler.
Le père, quant à toi, on devrait voir sur ton visage la douleur que tu ressens quand tu es blessé.
Mais la scène est bien, on va la refaire, soyez plus dans la peau des personnages, on veut vraiment ressentir les émotions, la douleur, la peine, vraiment tout.
Dans cinq minutes on la refait, les maquilleuses et les coiffeurs vont s’occuper de vous. Allez vous désaltérer. On remet correctement les lumières.
Fin.

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