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Les écrivains haïtiens en appellent au monde

On sait les liens qui nous unissent à Haïti et à ses écrivains, que nous retrouvons chaque année à Saint-Malo. Et c’est le cœur navré que nous assistons à la dégradation de la situation dans l’île. Les signataires, Lyonel Trouillot, Kettly Mars, Yanick Lahens, Gary Victor, Frankétienne, James Noël… en appellent au soutien de tous.

Une tribune publiée le 2 octobre 2019 sur LePoint.fr


" Nous, écrivains haïtiens, en écho à une pétition qui avait été initiée par le Centre Pen Haïti à la date du 15 juin 2019, attirons l’attention des citoyens du monde sur la situation haïtienne. Suite à l’élection de Jovenel Moïse à la présidence d’Haïti, avec un très faible taux de participation, moins de 20 % des électeurs potentiels, le président et son parti le PHTK, bénéficiant d’une majorité parlementaire écrasante, ont géré les affaires du pays de manière telle qu’aujourd’hui toutes les instances de la vie nationale, les représentants de tous les cultes, les institutions de défense des droits humains, les professeurs des universités, des collectifs d’artistes et d’intellectuels, les partis de l’opposition toutes tendances confondues, les syndicats, des associations du secteur des affaires, réclament leur démission. Le président est accusé de corruption par un rapport de la Cour supérieure des comptes.

La jeunesse et le peuple haïtien dans son ensemble réclament la tenue du procès Petro Caribe autour de la disparition de plus de trois milliards de dollars. Depuis plus de sept mois, le président et le Parlement n’ont pas pu installer un gouvernement dans les conditions exigées par la Constitution. Privée de tout soutien institutionnel, la population a recours depuis des mois à des manifestations auxquelles le président n’a répondu que par le silence et la répression. Dans Port-au-Prince et les principales villes de province, c’est au quotidien des heurts entre des centaines, voire des milliers de manifestants et des individus en uniforme de police, souvent encagoulés. Des journalistes ont été blessés par balle. Des militants politiques sont ciblés, et des arrestations arbitraires ont lieu. En réaction, les manifestants se radicalisent. Le lundi 30 septembre, la répression policière a été particulièrement musclée contre les manifestants issus des milieux populaires. On a vu des policiers forcer des citoyens à ramper comme des bêtes, puis en embarquer un certain nombre pêle-mêle à l’arrière d’un pick-up.

Le président et le PHTK sont décriés pour n’avoir fait qu’un usage personnel du pouvoir politique. Aux yeux du pays, ils représentent corruption, répression et exclusion. Le président est dans l’impossibilité de se présenter à la population sans être caillassé et conspué. Toutes les activités du pays sont bloquées depuis plus d’une semaine. Rien ne fonctionne. Commerce, écoles, hôpitaux, services publics. Une population vivant déjà dans la pauvreté souffre ainsi de privations qui ne peuvent conduire qu’à une plus grande radicalisation. Le seul moyen pour le président fugitif de rester au pouvoir, c’est d’utiliser la police nationale comme arme de répression politique et d’utiliser les ressources publiques comme source de financement pour la répression contre la population. Ses appels tardifs à la négociation ont été rejetés par l’ensemble des secteurs organisés de la vie nationale.

La demande du peuple est claire : la démission du président et de ce qu’il reste du Parlement ; l’installation d’un gouvernement de transition orientant son action vers la réduction des inégalités, des mesures immédiates pour atténuer les souffrances des plus démunis ; la tenue de procès contre tous les actes de corruption dont sont coupables les dignitaires du PHTK ; la tenue d’une conférence nationale (les appellations varient) sur les problèmes du pays et le chemin à prendre pour l’engager vers l’équité républicaine. Nous le disons au monde : il n’y a pas de réconciliation possible entre le peuple haïtien et la présidence de Jovenel Moïse/PHTK. Le seul support dont bénéficie ce pouvoir décrié lui viendrait de puissantes ambassades étrangères. C’est au prix du sang du peuple, de la radicalisation, de la violence répressive que Jovenel Moïse resterait au pouvoir. Nous en appelons aux citoyens du monde afin qu’ils soutiennent la cause haïtienne. L’humanisme demande aujourd’hui de choisir entre un peuple et un président, entre un peuple et ses bourreaux."

Les signataires : Kettly Mars, Anthony Phelps, Lyonel Trouillot, Evains Wèche, Yanick Lahens, Évelyne Trouillot, Mehdi Chalmers, Gary Victor, Faubert Bolivar, Jocelyne Trouillot-Lévy, Frankétienne, Marie-Andrée Étienne, Guy-Gérald Ménard, Jean-Robert Léonidas, Louis-Philippe Dalembert, James Noël et Joël Des Rosiers.

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