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WHITEHEAD Colson

Etats-Unis

Underground Railroad (Albin Michel, 2017) / Nickel Boys (à paraître Albin Michel, 2020)

© Michael Lionstar

En quelques années, ce passionnant romancier new-yorkais, qui croit "au pourvoir rédempteur de l’art" (selon ses propres mots), s’est imposé dans le paysage littéraire mondial. Remarqué par son style novateur, la portée et l’ambition de son propos, il offre œuvre après œuvre une implacable parabole de la condition afro-américaine passée et présente, et porte d’un regard neuf, et souvent satirique, sur l’Amérique contemporaine, ses mythologies et sur le siècle tout entier. Si des figures littéraires comme Toni Morrisson l’inspirent, il ne s’interdit aucun genre et, passionné d’horreur et de science-fiction, jongle volontiers avec l’imaginaire. Qualifié de « puissant et presque hallucinatoire » par le New York Times, salué par Barack Obama, son dernier roman met en scène l’Underground Railroad qui mena plus de 100 000 esclaves vers l’émancipation. En matérialisant le célèbre réseau clandestin par une véritable voie ferrée, l’auteur revient sur les fondements et la mécanique du racisme, livrant une œuvre politique et humaniste couronnée du Prix Pulitzer et du National Book Award. Événement de la rentrée littéraire de septembre, la traduction de Nickel Boys est attendu chez Albin Michel.

Né en 1969 à New York, où il vit encore aujourd’hui, Colson Whitehead rejoint le Village Voice à sa sortie d’Harvard en tant que critique pop culture. Il y fait ses classes tout en démarrant une carrière d’écrivain remarquée. En 2015, il devient collaborateur du New York Times Magazine pour une rubrique sur le langage. Quinze ans après son premier roman, L’Intuitionniste, il publie Underground Railroad, qui sera acclamé par la critique aussi bien nationale qu’internationale et bientôt adaptée en série dramatique par Barry Jenkins, le réalisateur de Moonlight.

Publié en France chez Albin Michel, The Underground Railroad il a été récompensé par le National Book Awards en 2016 et le prix Pulitzer de la fiction en 2017. Couronné du prix Arthur C. Clarke pour la science-fiction, il a également été recommandé par Oprah Winfrey et Barack Obama. Colson Whitehead s’y inspire des recherches historiques et des témoignages sur ce réseau de refuges et de passeurs qui mena plus de 100 000 esclaves noirs vers l’émancipation dans les Etats du Nord. L’auteur prend la métaphore au premier degré et imagine un réseau souterrain de voies ferrées qu’emprunte Cora, esclave dans un État du Sud, pour s’évader. Cette touche d’irréel lui permet de décortiquer le piège du système esclavagiste et de dénoncer l’eugénisme et le nationalisme blanc, à travers l’itinéraire haletant de Cora vers la liberté.

Il reviendra pour la rentrée littéraire de septembre avec un nouveau roman chez le même éditeur, Nickel Boys.


Bibliographie

  • Nickel Boys (2019, Doubleday)
  • Underground Railroad, traduit de l’américain par Serge Chauvin (2017, Albin Michel)
  • Zone 1, traduit de l’américain par Serge Chauvin (2014, Gallimard)
  • Sag Harbor, traduit de l’américain par Serge Chauvin (2014, Gallimard)
  • Apex, traduit de l’américain par Serge Chauvin (2014, Gallimard)
  • Ballades pour John Henry, traduit de l’américain par Serge Chauvin (2005, Gallimard)
  • L’Intuitionniste, traduit de l’américain par Serge Chauvin (2003, Gallimard)
Underground Railroad

Underground Railroad

Albin Michel - 2017

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.
De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.
 
L’une des prouesses de Colson Whitehead est de matérialiser l’« Underground Railroad », le célèbre réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite qui devient ici une véritable voie ferrée souterraine, pour explorer, avec une originalité et une maîtrise époustouflantes, les fondements et la mécanique du racisme.
À la fois récit d’un combat poignant et réflexion saisissante sur la lecture de l’Histoire, ce roman, couronné par le prix Pulitzer, est une œuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

Traduit de l’américain par Serge Chauvin


Revue de presse

  • « Un roman puissant et presque hallucinatoire. Une histoire essentielle pour comprendre les Américains d’hier et d’aujourd’hui. » The New York Times
  • « Sur le fil de la mémoire vive et du conte, Underground Railroad nous plonge aux racines du mal américain et nous fait mesurer combien fragile est la résilience des afro-américains, plus d’un siècle et demi après l’abolition de l’esclavage. » Les Echos
Zone 1

Zone 1

Gallimard - 2014

La Dernière Nuit a eu lieu. Le fléau s’est répandu. Et dans le désert du monde d’après, les rares humains survivants luttent au jour le jour pour échapper aux zombs, ces morts-vivants cannibales et contagieux. Pourtant, l’espoir commence à renaître. Dans la Zone 1, tout en bas de Manhattan, Mark Spitz et ses camarades ratisseurs éliminent les zombs traînards, première étape d’une patiente entreprise de reconquête. Mais la victoire est-elle seulement possible ? Et pour reconstruire quel monde ? Les personnages sont hantés par le passé, ou inversement refoulent le souvenir du cauchemar et des êtres perdus. Mais avant d’en être réduits à survivre, avaient-ils vraiment vécu ? Mark Spitz se sent fait pour ce chaos absurde grâce à sa médiocrité même, et éprouve une étrange empathie pour les traînards. Et parfois, il lui vient à l’esprit la pensée interdite…

Colson Whitehead offre ici un authentique et palpitant conte de terreur, dont la noirceur et la tension permanente sont accentuées par un humour macabre et sardonique et une invention verbale exceptionnelle, faite d’argot militaire, d’euphémismes officiels, d’images audacieuses pour rendre compte de l’impensable, donner une forme au pire. Mais ce tableau d’apocalypse, cette fable aux multiples interprétations est aussi une méditation sur ce qui fonde l’humanité. En vrai moraliste, Whitehead pose ici plus crûment que jamais la même question lancinante : que faisons-nous de nos vies ? Et la démesure de l’horreur confère à cette vision un lyrisme endeuillé, une gravité et une puissance proprement visionnaires.

Traduit de l’américian par Serge Chauvin


Revue de presse

« En ces temps de surexploitation du zombie, où se côtoient réussites majeures (World War Z) et produits de pur mercantilisme (quatre-vingt-dix-neuf pour cent du reste) faisant de cette monstrueuse figure mythique un parfait symbole de la société consumériste moderne, on ne manquera pas d’opter pour Zone 1, qui dévore précisément les partisans de cette recherche incessante du profit pour en recracher les lambeaux à la face du monde. » Bifrosthttps://www.belial.fr/blog/zone-1


Apex ou Le cache-blessure

Apex ou Le cache-blessure

Gallimard - 2008

Un consultant arrive en ville. Son métier ? Trouver le nom le plus accrocheur pour un nouveau produit. Et dans le genre, il est le meilleur. C’est lui qui a eu l’idée d’appeler Apex un pansement tout à fait révolutionnaire.
Le voilà donc chargé d’arbitrer un conflit : la paisible bourgade de Winthrop doit-elle conserver son nom historique ou entrer dans le vingt et unième siècle en se rebaptisant New Prospera, comme le souhaite le magnat de l’informatique qui y a installé son QG ?
Mais le consultant n’est plus que l’ombre de lui-même : il a quitté son entreprise, il boite, il doute. Depuis qu’il a subi une "infortune", mystérieusement liée à Apex. Et il découvre peu à peu que la ville, elle aussi, cache un secret.

Satire ravageuse de la publicité et de son emprise sur nos vies, Apex est aussi une méditation sur l’histoire occultée de l’Amérique et le nécessaire travail de mémoire. Mais surtout, ce roman constitue une réflexion magistrale sur les pouvoirs du langage. Chaque phrase est une aventure, chaque mot est à savourer. Un feu d’artifice verbal qui suscite la jubilation, pour un regard lucide et décapant sur notre monde.

Traduit de l’américain par Serge Chauvin.


Ballades pour John Henry

Ballades pour John Henry

Gallimard - 2005

John Henry est un héros mythique de la culture noire américaine. Un jour de 1872, ce colosse perceur de tunnels, "né un marteau à la main", défia un marteau piqueur : il le gagna de vitesse, puis mourut d’épuisement. Depuis, d’innombrables ballades ont immortalisé sa légende. Jusqu’en 1996, où la petite ville de Talcott, théâtre présumé du fameux duel, organise un Festival John Henry. Parmi les invités, J. Sutter, un "parasite", pigiste mercenaire et pique-assiette patenté. Lui aussi vise un record : assister pendant un an d’affilée à une promo par jour. Mais sous la futilité de cette entreprise, le drame couve...

Et tandis que le roman entremêle les trajectoires de J., de John Henry et de toutes ces vies, réelles ou inventées, affectées par sa légende - de l’historien au compositeur, du bluesman au philatéliste -, c’est toute la geste d’un peuple qui renaît, hanté par cette figure aussi insaisissable qu’une chanson.

Satire acerbe d’une société contemporaine qui a réduit la culture populaire à une marchandise, fresque historique en forme de puzzle, réflexion élégiaque sur la mémoire et ses vestiges, Ballades pour John Henry est un roman immense et visionnaire. Il use de tous les tons et de tous les langages pour nous offrir un regard neuf sur l’Amérique et sur le siècle.

Traduit de l’américain par Serge Chauvin.


L'Intuitionniste

L’Intuitionniste

Gallimard - 2003

Lila Mae Watson inspecte les ascenseurs de la grande ville, et elle ne passe pas inaperçue. Parce qu’elle est femme, parce qu’elle est noire, parce qu’elle se fie à ses intuitions. Et parce qu’elle ne se trompe jamais.
Alors, quand l’ascenseur d’un gratte-ciel s’écrase, en pleine campagne électorale, Lila Mae ne croit ni à l’erreur humaine ni à l’accident. Fugitive et enquêtrice, elle s’aventure dans un monde de complots et de rivalités occultes. C’est ainsi qu’elle va découvrir le secret de Fulton, le génial inventeur dont le dernier projet pourrait révolutionner non seulement la technique des ascenseurs, mais la société tout entière...

Sous des dehors de thriller philosophique au comique grinçant, Colson Whitehead développe l’utopie noire d’un univers parallèle. Mais au fil de la lecture, ce monde imaginaire, cette époque indéterminée rappellent de façon troublante un passé américain récent, aux enjeux encore brûlants.
La puissance visionnaire, l’éclat d’un style novateur, la portée et l’ambition du propos font de ce premier roman l’une des révélations majeures de la jeune littérature américaine.

Traduit de l’américain par Catherine Gibert