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Boualem Sansal, par Yahia Belaskri

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Son exigence droite, quels que puissent être les risques, sa présence fraternelle, si chère à tous – il me semble qu’il a toujours été de l’aventure, comme nous étions à ses côtés lorsque, bravant les interdits et les postures obligées, il lança en 2012 son « appel pour la paix », lui, présent à Saint-Malo, à Bamako, à Brazzaville, à Rabat, membre aujourd’hui du jury du prix Littérature-monde. Un homme libre, une des voix majeures d’aujourd’hui.
Michel Le Bris.

Je ne sais plus où j’ai rencontré Boualem Sansal pour la première fois. Pas à Alger, non. En France certainement, à Paris peut-être. J’avais lu son premier roman Le Serment des barbares, puissant, puis les autres. Il me semble que la première fois, j’étais journaliste et voulais l’interviewer. Lorsque nous nous sommes rencontrés, cela s’est passé naturellement, simplement, avec éclats de rire, tapes à l’épaule. Il faut dire que l’oranité nous lie, en plus d’être écrivains et algériens. Nous avons fait l’émission radio et depuis nous sommes amis. On se croise, on se lit, on s’écrit, on échange, on se consulte.
Un soir, de passage à Paris, il vient à la maison. Il y a là Maïssa Bey, écrivaine de talent, femme d’exception, et la famille. Ce fut un moment chaleureux, les anecdotes pleuvaient, les rires se déployaient et le couscous passait bien. On a fait le tour de l’Algérie : d’Oran à Annaba, en passant par Alger, Djelfa, Constantine.

Nous nous revoyons régulièrement, à Paris ou ailleurs, lors de salons ou de rencontres littéraires, notamment lors du festival Étonnants Voyageurs, un événement qu’il n’aime pas rater. À Saint-Malo, à Brazzaville ou à Rabat, c’est la même personne généreuse qui prête l’oreille et donne l’accolade, c’est le même sourire pour l’employé, le lecteur ou le ministre, c’est la même chaleur pour le copain juif, athée, catholique ou musulman ; d’ailleurs, peu lui importe d’où vient la personne qui lui fait face.

Ses qualités littéraires sont connues, appréciées, distinguées ; ce dont je veux parler, c’est de l’homme, de sa gentillesse, de la douceur de son regard, de sa disponibilité, et là viennent à mon souvenir trois séquences émouvantes. D’abord, son coup de téléphone un jour de septembre 2011 pour me dire qu’il souhaitait que je sois présent lors de la cérémonie de remise du Friedenspreis (prix des libraires allemands). Le 16 octobre, je débarquai à Francfort. Dans une salle pleine et où trônait, vide, le siège de l’ambassadeur d’Algérie, avec mon épouse nous étions les seuls Algériens présents. À notre rencontre, il s’est jeté sur nous et l’étreinte était sincère. « Je suis heureux que vous soyez là », a-t-il dit. L’émotion nous étreignait tous.

Le deuxième événement avait pour cadre le Sénat, à Paris. Boualem intervenait dans le cadre d’une action pour la paix au Moyen-Orient. Bien entendu, là aussi l’accolade a été franche, fraternelle. Lorsqu’il est monté à la tribune, son premier mot a été pour moi, faisant se retourner tout le public. Il est vrai que j’étais le seul Algérien présent.

La troisième séquence a eu lieu à Brazzaville, lors du festival Étonnants Voyageurs qui s’est tenu au Congo en 2013. Une expérience émouvante, tant les jeunes Brazzavillois nous ont étonnés par leur gentillesse et leur soif de connaissance et de savoir. Un soir, un dîner officiel était donné en l’honneur des écrivains et de l’équipe Étonnants Voyageurs. Il est venu vers moi et m’a soufflé à l’oreille de l’accompagner. Sans bruit, nous nous sommes éclipsés et avons pris un taxi qui nous a déposés devant une maison où habitait un Algérien, Youcef. Là, avec lui et son épouse Béatrice, nous avons mangé des pizzas et avons passé une merveilleuse soirée pleine d’amitié et de joie.

Avec Boualem, tout est ainsi : simple, naturel. Il ne lui en faut pas beaucoup : un sourire, une poignée de main, encore mieux un « abrazo grande », comme disent les Espagnols, et cela suffit à son bonheur. L’homme qui traîne sa chevelure blanche derrière la nuque, le regard doux et le rire franc, pacifique et honnête. Il écrit et, par là, donne libre cours à son imaginaire. Il dérange, titille, bouscule les certitudes, exhume ce qui est occulté, dénonce les dérives sectaires et autres. Il tient son rôle d’écrivain, cela déplaît. Tant pis. Une chose que personne ne peut contester à quiconque : le droit d’être fragile, ce que Roberto Scarpinato appelle « le droit de ne pas renoncer à sa propre humanité ». Boualem Sansal n’y renonce pas, c’est en cela que c’est un humaniste

Yahia Belaskri

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